Réaliser un premier long-métrage est souvent l’épreuve du feu : budget serré, tâtonnements techniques et recherche de style. Pourtant, certains cinéastes font figure d’exception, livrant, dès leur coup d’essai, une œuvre majeure qui marquera l’histoire du cinéma. Voici 10 premiers films cultes à voir absolument.
Il est rare que la perfection soit atteinte du premier coup. Habituellement, un réalisateur affûte son regard au fil des années. Mais il existe des exceptions : des prodiges qui, dès leur entrée dans l’arène, ont imposé une vision singulière et une maîtrise totale. Du huis clos sous tension de Sidney Lumet à l’horreur sociale de Jordan Peele, zoom sur ces pépites qui ont propulsé leurs auteurs parmi les plus grands.
Citizen Kane, Orson Welles (1941)
À la mort du magnat de la presse Charles Foster Kane (Orson Welles), un seul mot s’échappe de ses lèvres : « Rosebud ». Intrigué par cette énigme, un journaliste nommé Thompson (William Alland) se lance dans une enquête pour retracer la vie de cet homme immensément riche, puissant, mais finalement très seul. À travers les témoignages de ceux qui l’ont connu, le puzzle d’une existence complexe se reconstitue.
Il est difficile de croire que Citizen Kane est l’œuvre d’un jeune homme de 25 ans qui n’avait jamais touché une caméra. Orson Welles (qui signera plus tard les non moins cultes La Soif du Mal ou Le Procès) a tout simplement révolutionné la grammaire du cinéma : utilisation inédite de la profondeur de champ, narration éclatée, maquillages évolutifs… Souvent cité comme le meilleur film de tous les temps, Citizen Kane est le mètre-étalon absolu du premier film réussi.
12 Hommes en colère, Sidney Lumet (1957)
Au terme d’un procès pour meurtre, douze jurés se réunissent dans une salle étouffante pour délibérer. L’accusé, un jeune homme d’un quartier pauvre, risque la chaise électrique. Si onze jurés le croient coupable, le juré numéro 8 (Henry Fonda) émet un doute. Seul contre tous, il va tenter de démonter l’accusation point par point et de convaincre ses pairs de revoir leur jugement.
C’est sans doute l’un des huis clos les plus célèbres de l’histoire du cinéma. Pour son premier film, Sidney Lumet (qui nous offrira plus tard Serpico) réalise une prouesse technique et narrative. 12 Hommes en colère parvient à maintenir une tension insoutenable pendant 1h30 sans jamais quitter une pièce, reposant uniquement sur la puissance des dialogues, le jeu des acteurs et une mise en scène qui resserre l’étau sur les personnages.
À bout de souffle, Jean-Luc Godard (1960)
Michel Poiccard (Jean-Paul Belmondo), une petite frappe insolente, vole une voiture à Marseille et abat un gendarme sur la route. En cavale à Paris, il retrouve Patricia (Jean Seberg), une étudiante américaine dont il est amoureux, et tente de la convaincre de s’enfuir avec lui en Italie tout en échappant à la police qui resserre son étau.
C’est le film manifeste de la Nouvelle Vague. Avec À bout de souffle, Jean-Luc Godard (réalisateur ultérieur du Mépris et de Pierrot le Fou) envoie valser toutes les conventions académiques de l’époque. Tournage caméra à l’épaule, lumière naturelle, dialogues improvisés. Un vent de liberté qui souffle encore sur le cinéma d’auteur aujourd’hui.
Reservoir Dogs, Quentin Tarantino (1992)
Après un braquage de bijouterie qui tourne au fiasco, une bande de malfrats se retranche dans un entrepôt désaffecté pour tenter de comprendre ce qui s’est passé. L’un d’eux est grièvement blessé, et la paranoïa s’installe : il y a forcément une taupe parmi eux. Mr. White (Harvey Keitel), Mr. Orange (Tim Roth), Mr. Blonde (Michael Madsen) et Mr. Pink (Steve Buscemi) vont alors régler leurs comptes dans un bain de sang verbal et physique.
Avec Reservoir Dogs, Quentin Tarantino (qui réalisera ensuite Pulp Fiction et Kill Bill) ne se contente pas de faire un film de gangsters : il réinvente le genre. Tout ce qui fera la patte Tarantino est déjà là : la narration non-linéaire, la violence stylisée, la bande-son vintage et surtout ces dialogues interminables et percutants sur des sujets triviaux. Un coup d’essai brut de décoffrage qui reste, pour beaucoup, son œuvre la plus pure.
Virgin Suicides, Sofia Coppola (1999)
Dans une banlieue américaine proprette des années 70, les cinq sœurs Lisbon vivent sous la coupe de parents religieux et stricts (James Woods et Kathleen Turner). Fascinés par ces figures mystérieuses et inaccessibles, un groupe de garçons du quartier observe leur quotidien. L’histoire bascule lorsque la plus jeune des sœurs met fin à ses jours, entraînant la famille dans une spirale tragique et envoûtante.
Il n’était pas facile de se faire un prénom avec un père comme Francis Ford Coppola, mais Sofia Coppola (qui confirmera son talent avec Lost in Translation et Marie-Antoinette) y parvient magistralement dès Virgin Suicides. Elle impose immédiatement une esthétique éthérée, une mélancolie adolescente palpable et une identité musicale forte. Une fable poétique sur la perte de l’innocence.
American Beauty, Sam Mendes (1999)
Lester Burnham (Kevin Spacey) est l’archétype de l’américain moyen en pleine crise de la quarantaine : il déteste son travail, sa femme Carolyn (Annette Bening) le méprise et sa fille l’ignore. Sa vie morne bascule lorsqu’il s’entiche d’Angela (Mena Suvari), la meilleure amie de sa fille. Il décide alors de tout envoyer valser pour reprendre le contrôle de son existence, quel qu’en soit le prix.
Venu du théâtre, le britannique Sam Mendes (futur réalisateur de Skyfall et 1917) frappe un grand coup à Hollywood. American Beauty est une satire féroce et visuellement splendide du mode de vie américain qui réussit l’exploit de mêler cynisme noir et poésie. Résultat : 5 Oscars, dont celui du Meilleur Film et du Meilleur Réalisateur pour ce coup d’essai.
Donnie Darko, Richard Kelly (2001)
Donnie (Jake Gyllenhaal) est un adolescent brillant mais perturbé, sujet au somnambulisme et aux hallucinations. Une nuit, il échappe de justesse à la chute d’un réacteur d’avion sur sa chambre grâce à Frank, un lapin géant au visage monstrueux qui lui apparaît en vision. Frank lui annonce alors que la fin du monde aura lieu dans exactement 28 jours, 6 heures, 42 minutes et 12 secondes.
Film culte par excellence, Donnie Darko est un objet filmique non identifié qui mélange teen movie, science-fiction et réflexion métaphysique. Richard Kelly (auteur ensuite de Southland Tales) signe ici une œuvre labyrinthique sur le voyage dans le temps et l’adolescence. Porté par la reprise de Mad World, le film a marqué toute une génération par son ambiance mélancolique et son scénario complexe.
Ex Machina, Alex Garland (2015)
Caleb (Domhnall Gleeson), un jeune codeur talentueux, gagne un concours pour passer une semaine dans la résidence isolée de Nathan (Oscar Isaac), le PDG génial et solitaire de son entreprise. Il découvre qu’il a été choisi pour participer à une expérience fascinante : interagir avec Ava (Alicia Vikander), une intelligence artificielle logée dans un corps de robot féminin, pour déterminer si elle possède une véritable conscience.
Déjà scénariste reconnu (28 Jours plus tard), Alex Garland (Annihilation et Civil War) passe derrière la caméra avec brio. Ex Machina est un huis clos de science-fiction cérébral et tendu, loin des blockbusters explosifs. Le film interroge notre rapport à la technologie et la frontière entre l’homme et la machine avec une élégance visuelle froide et captivante.
Get Out, Jordan Peele (2017)
Chris (Daniel Kaluuya), un jeune photographe afro-américain, accepte de passer le week-end dans la famille de sa petite amie Rose (Allison Williams). L’accueil des parents (Catherine Keener et Bradley Whitford) semble d’abord chaleureux, bien que maladroitement insistant sur sa couleur de peau. Mais au fil des heures, l’atmosphère devient oppressante et Chris découvre que l’hospitalité de la belle-famille cache un secret terrifiant.
Venu du monde de la comédie, Jordan Peele (Us et Nope) a stupéfié le monde entier avec Get Out. Il utilise les codes du thriller horrifique non pas pour de simples pour livrer une satire sociale glaçante sur le racisme systémique aux États-Unis. Ce premier film, récompensé par l’Oscar du meilleur scénario original, a instantanément hissé Peele au rang de maître de l’horreur moderne.
Hérédité, Ari Aster (2018)
Lorsque la matriarche de la famille Graham décède, sa fille Annie (Toni Collette), son mari Steve (Gabriel Byrne) et leurs deux enfants tentent de faire leur deuil. Mais une atmosphère lourde s’installe dans la maison, et des secrets ancestraux terrifiants commencent à refaire surface, ciblant particulièrement la jeune Charlie (Milly Shapiro). Le destin de la famille semble scellé par une force obscure.
Avec Hérédité, Ari Aster (qui réalisera ensuite Midsommar et Beau Is Afraid) a traumatisé les spectateurs en s’éloignant des clichés de l’épouvante grand public. Il propose une tragédie familiale d’une noirceur absolue, où l’horreur psychologique côtoie le surnaturel le plus dérangeant.