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Le top des romans d’apprentissage (3/3) : le roman de mœurs

02 juin 2022
Par Sébastien Thomas-Calleja
Le top des romans d’apprentissage (3/3) : le roman de mœurs

Apprendre à vivre en lisant des romans. Le personnage principal, jeune la plupart du temps, suit un parcours initiatique qui va le mener d’une situation donnée à une évolution, puis à son épanouissement. Souvent caractérisé par une ascension sociale ou le conte philosophique, le roman de formation se retrouve aussi dans le roman de mœurs. Un genre que l’on retrouve tout au long de l’histoire de la littérature mondiale.

« – Eh bien, et ce mariage ?


– Quel mariage ?


– Le vôtre !


– Moi ? Jamais de la vie !


Elle fit un geste de dénégation.


– Quand cela serait, après tout ? On se réfugie dans le médiocre, par désespoir du beau qu’on a rêvé ! »

Vivre pour le meilleur

Emblématique du roman d’apprentissage, L’Éducation sentimentale de Gustave Flaubert explore avec dextérité les méandres de l’âme humaine, à travers les espoirs exaltés de Frédéric Moreau dans une France en pleine effusion révolutionnaire.

Autre chef d’œuvre du romantisme, Le Rouge et le Noir de Stendhal, dans lequel l’ascension de Julien Sorel, en proie aux passions humaines, dépeint une chronique de la France du XIXe siècle. Un thème présent également dans cet autre monument littéraire de l’auteur : La Chartreuse de Parme, et le destin de Fabrice del Dongo.

C’est bien plus tard, en 1900, que Colette explorera le genre, à travers le cycle de Claudine, avec le mérite d’y mettre en scène un personnage féminin.

Une résonnance que l’on retrouvera chez Annie Ernaux en 1981, dans La femme gelée, aux prises avec les conventions sociales et sa volonté farouche de liberté.

Et bien sûr, comment ne pas penser aux héroïnes réalistes de Jane Austen, empreintes de romantisme, toujours suivant un chemin initiatique, comme dans Orgueil et Préjugés, Emma ou Raison et Sentiments.

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Le temps retrouvé

L’apprentissage de la vie que l’on retrouvera au début du XXe siècle, dans l’œuvre fleuve de Marcel Proust, À la Recherche du temps perdu, fresque sociale, morale et littéraire à travers le village de Cambray.

La Confession d’un enfant du siècle, comme celle d’Alfred de Musset, dans son roman autobiographique publié en 1936, mettant un héros en proie à la désillusion amoureuse, et portrait d’une génération.

Les affres de l’amour, toujours, dans Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier.

Une quête de l’absolu que l’on retrouve dans Aurélien d’Aragon, publié en 1944. La poursuite cet idéal exprimé majestueusement dans la littérature anglo-saxonne, comme David Copperfield de Charles Dickens, en 1960, et le destin haut en couleurs d’un enfant, ou celui sauvagement romanesque de Tom Sawyer et d’Huckleberry Finn de Mark Twain, dont les aventures sont traversées par la liberté et le besoin d’exister.

 Le-grand-Meaulnes    Le-Monde-reel-Aurelien    Aventures-de-Huckleberry-Finn

La vie devant soi

La leçon de vie, c’est celle inculquée par le jeune Momo, espiègle et mutin, dans sa relation avec Madame Rosa, au sein du sémillant Goncourt de 1975, La vie devant soi de Romain Gary, obtenu sous le nom d’Émile Ajar. Les délices de l’adolescence, dans ce qu’elle garde encore d’innocence protégée, et ses supplices, dans son apprentissage d’une réalité brute de ses responsabilités, sont aussi magnifiquement représentées dans le chef-d’œuvre de de J.D. Salinger, L’attrape-cœurs, publié en 1951 aux États-Unis.Mais aussi, quand la découverte de la vie se fait lutte, face au mépris et au racisme dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur d’Harper Lee.

Des injustices cruelles et de la réaction vitale face à elles que l’on retrouve aussi quant à la sexualité du héros dans Maurice d’E.M. Forster, ou encore En finir avec Eddy Bellegueule d’Édouard Louis, dont la violence originelle de ce dernier ne peut être dissoute des inégalités sociales. Comme celles, parfois criantes, exprimées par Jack London dans Martin Eden, déchirant portrait d’un homme qui se hisse dans la société, sous l’impulsion de l’amour, mais sans jamais renoncer à ses valeurs morales. Ou encore face à la maltraitance sauvage et sans pitié d’un père dans My absolute darling de Gabriel Tallent. La découverte de la vie ne peut se faire qu’au prix d’un voyage au long cours, tumultueux et impétueux comme le désir d’exister. On pense bien sûr à Sur la route de Jack Kerouac, ou au transport immobile d’un amour d’été dans Price de Steve Tesich. Traité parfois de façon détournée comme le jubilatoire Monde selon Garp de John Irving, qui traverse l’histoire d’une famille américaine à travers son fantasque héros, ou encore le fascinant Parfum de Patrick Süskind, à travers Jean-Baptiste Grenouille, le héros anti-héros, doté d’un odorat exceptionnel, mais ne dégageant aucune odeur corporelle.

Qu’il soit malheureux, riche ou chanceux, l’homme ne cessera jamais de rechercher le sens de sa vie, la reconnaissance de sa conscience, et l’appréhension de sa destinée. Des classiques Années d’apprentissage de Wilhelm Meister de Goethe en 1795, au déroutant et bouleversant Être sans destin, du hongrois Imre Kertész, qui essaiera de conjurer la fatalité jusque dans l’absurde, le roman d’apprentissage traversera l’histoire de la littérature mondiale. Une histoire qui n’est pas près de s’arrêter, aussi longue que celle de l’humanité.

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Aller + loin : Le top des romans d’apprentissage : l’ascension du héros (1/3)

Le top des romans d’aprentissage (2/3) : le conte moral

Article rédigé par
Sébastien Thomas-Calleja
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