La disparition de Sonny Rollins à l’âge de 85 ans ce 25 mai 2026 marque la fin d’un chapitre essentiel de l’histoire du jazz. Dernier survivant de la génération des géants du bebop et du hard bop, le « Saxophone Colossus » aura révolutionné l’art de l’improvisation pendant plus de sept décennies. De ses chefs-d’œuvre des années 1950 à ses expérimentations les plus audacieuses, retour sur cinq albums indispensables.
Introduction
Le monde de la musique est en deuil. Le légendaire saxophoniste new-yorkais Sonny Rollins s’est éteint à l’âge de 95 ans dans sa maison de Woodstock. Il était la toute dernière figure majeure de l’âge d’or du jazz, le dernier géant d’une époque glorieuse où il croisait le fer avec Miles Davis, John Coltrane, Thelonious Monk ou Clifford Brown.
Malgré des problèmes respiratories, Sonny Rollins avait continué à jouer au-delà de ses 80 ans et aura traversé les époques avec une longévité exceptionnelle. Reconnaissable à sa silhouette imposante et son style volcanique, celui que l’on surnommait le « Saxophone Colossus » laisse derrière lui une œuvre immense, caractérisée par un sens de l’improvisation thématique inégalé et une liberté absolue.
Pour célébrer la mémoire de ce monument du 20e siècle, voici une sélection de ses 5 albums absolument indispensables, à écouter et réécouter pour mesurer toute l’étendue de son génie.
Saxophone Colossus (1956) : le chef-d’œuvre absolu
Saxophone Colossus est l’album qui a définitivement assis sa réputation de géant et lui a donné son surnom. Enregistré en une seule session mythique avec une rythmique de rêve (Tommy Flanagan au piano, Doug Watkins à la contrebasse et Max Roach à la batterie), ce disque est une perfection du hard bop.
Way Out West (1957) : l’audace du trio sans piano
Pour cet album enregistré en Californie, Rollins tente un pari fou pour l’époque : se passer de piano. Accompagné uniquement par Ray Brown (contrebasse) et Shelly Manne (batterie), il s’impose un espace de liberté immense où son saxophone doit occuper tout le terrain harmonique.
The Freedom Suite (1958) : le manifeste politique et musical
Toujours dans cette formule exigeante du trio (avec Max Roach et Oscar Pettiford), Rollins signe ici l’un des tout premiers disques de jazz explicitement engagés pour les droits civiques des Afro-Américains. La face A est occupée par une suite de près de 20 minutes, une suite de variations thématiques d’une puissance inouïe.
The Bridge (1962) : le retour du maître
En 1959, au sommet de sa gloire, Rollins s’isole du monde, insatisfait de son propre jeu. Pendant deux ans, il va s’entraîner des heures durant, de nuit, seul face au vent sur le pont de Williamsburg à New York. The Bridge est le fruit de cette retraite spirituelle et musicale. Son style y est plus épuré, plus mûr, soutenu par le guitariste Jim Hall.
Sonny Meets Hawk! (1963) : le choc des générations
Cet album est une rencontre au sommet entre Sonny Rollins et son idole de toujours, Coleman Hawkins (le père du saxophone ténor en jazz). Vingt-six ans séparent les deux hommes. Plutôt que de jouer la carte de la nostalgie, Rollins pousse Hawkins dans ses retranchements avec un jeu volontairement éclaté, presque free jazz par moments. Un dialogue d’une tension dramatique fascinante.