La chanteuse franco-algérienne Souad Massi a depuis vingt ans bâti une discographie lumineuse, empreinte de liberté, de justice et de poésie. Des albums où l’acoustique occupait toujours le premier plan. Avec « Zagate » (sortie le 6 mars 2026), changement de braquet. Enregistré chez nos voisins anglais, ce nouvel album se révèle bien plus électrique que tout ce à quoi elle nous avait habitués jusqu’ici.
En 2001, Raoui, le premier album de Souad Massi aux couleurs folk, avait su séduire un large public friand d’émotions brutes, de vibrations « exotiques » et peut-être aussi d’une forme de chanson éloignée de cette variété grand public souvent lymphatique ou redondante.
La presse la qualifiait alors de « Joan Baez ou Tracy Chapman du Maghreb ». C’était une époque où les réseaux sociaux en étaient encore plus ou moins au bouche-à-oreille. Et ça fonctionnait pas mal, de mémoire de disquaire. En tout cas, la demande croissante du tout premier CD de cette jeune chanteuse franco-algérienne totalement inconnue de ce côté-ci de la Méditerranée, et en dehors des radars de la déferlante raï en cours, nous donnait le tournis.
On était au tout début du 21e siècle. La révolution numérique semblait pleine de promesses et rebattait les cartes des historiques chapelles musicales. Si le terme est discutable, la world music fédérait les gens et des musiciens venus de tous les horizons. Et à la Fnac, on avait donc grand plaisir à commander Raoui par cartons entiers pour des client·e·s aussi curieux·ses que mélomanes.
Nouveau virage, nouveaux rivages
Après une série d’albums studio pour différentes maisons de disques, quelques best of, un live acoustique, des projets scéniques autour des musiques arabo-andalouses dont elle s’inspire largement, et même quelques musiques de films (Mauvaise foi, Azur & Asmar…), nous voilà donc en 2026, à la veille de la parution de son huitième album, le génial Zagate.
Génial car, au fil de ses albums depuis toutes ces années, Souad Massi fait toujours les bons choix. Elle s’entoure et collabore avec des noms parfois prestigieux, et d’autres moins connus du grand public, mais qui illustrent parfaitement les besoins et les envies de métissages de celle qui est aujourd’hui l’une des grandes voix du Maghreb, et plus largement des musiques dites du monde.
Un cheminement artistique sans faute, singulier, où les questions intimement liées au parcours de Souad Massi (son identité franco-algérienne, entre autres) se percutent avec d’autres plus existentielles, plus politiques aussi parfois. Loin des modes, des postures et des tourbillons éphémères de façade, c’est bien cette artiste éprise de justice et de liberté qui demeure.
Hier Francis Cabrel, Salif Keita, Paul Weller, Mehdi Haddab, Jean Lamoot, Ismaël Lo, Marc Lavoine, Pascal Danaë, Piers Faccini, Naïssam Jallal, Moktar Samba… Aujourd’hui, c’est au tour de deux plumes majeures du paysage musical francophone de faire corps avec la chanteuse : Gaël Faye et Youssoupha.
L’histoire et la réussite de ces onze nouveaux titres seraient peut-être incomplètes si, en chef d’orchestre, producteur, arrangeur et guitariste, on ne trouvait pas également l’excellent Justin Adams. Ce talentueux Britannique, qu’on a vu à l’œuvre dans des registres parfois très éloignés (musiques italiennes, touarègues, fado, africaines, cap-verdiennes, orientales…), possède ce don pour transformer la moindre texture, la moindre note, la moindre vibration en quelque chose d’incroyablement juste et bluffant.
Chaâbi-folk, grooves afrobeat, rock binaire, chanson arabe, proto-slam en français dans le texte ou mélopées arabo-andalouses, Zagate s’écoute d’une traite, captivant l’auditeur du début à la fin. Un peu comme Raoui nous avait scotchés… il y a plus de vingt ans.