Critique

« Le Chasseur de baleines », un beau récit initiatique aux confins du monde

27 janvier 2026
Par Catherine Rochon
"Le Chasseur de baleines", un beau récit initiatique aux confins du monde
©Singularis

Récompensé dans de nombreux festivals, « Le Chasseur de baleines » du réalisateur russe Philipp Yuryev sort enfin sur nos écrans ce 28 janvier 2026. Un film poétique et immersif qui explore l’éveil du désir et la soif de liberté d’un ado sur les rives du détroit de Béring.

Le jeune Leshka (Vladimir Onokhov) fixe son écran. Face à lui, une jolie blonde aux grands yeux bleus lui sourit, l’aguiche, sans un mot. Leshka est amoureux. Mais comment déclarer sa flamme à sa promise aussi mutique qu’inaccessible ? Car l’ado de 15 ans se trouve reclus dans un village paumé du côté du détroit de Béring, entre la Russie et l’Amérique.

Sur ce bout de terre aux confins du monde, il vit de la chasse à la baleine, trimballe un petit chariot plein de viande d’une maison à l’autre, fait des escapades sur la vieille moto de son meilleur ami. Une existence simple et âpre que l’arrivée d’internet, la découverte d’un site de camgirls – et le frémissement des hormones – vont venir troubler. Le jeune homme se met soudainement à rêver d’un ailleurs. Et de s’évader vers cette Amérique étrange et désirable.

Il aura fallu pas moins de six ans au premier film du jeune réalisateur russe Philipp Yuryev pour sortir en France. Sans doute la faute – en partie – à la pandémie de 2020 qui aura mis un coup d’arrêt à la mise en lumière de cette petite pépite venue du froid. Présenté (et applaudi) de festival en festival depuis plusieurs années – il a notamment remporté le Grand prix du jury au Festival de cinéma européen des Arcs, Le Chasseur de baleines débarque tardivement sur nos écrans. Un parcours qui n’a rien d’anormal pour un long-métrage aussi singulier, et qui fait finalement écho à son caractère hors du temps.

Une odyssée poétique

Mêlant comédie, road-movie et drame, ce coming-of-age autour d’un jeune héros mutique ne ressemble à rien d’autre. Le titre du film lui-même est trompeur : Le Chasseur de baleines parle moins de chasse que de quête, presque mythologique. Bourré de jolies idées de mise en scène, le film prend des airs d’odyssée aussi onirique qu’inquiétante à mesure que Leshka s’aventure hors de sa zone de confort, aveuglé par le mirage américain.

 Chasseur-de-baleines

Scrutant les visages marqués par la rudesse du climat au plus près, avant de s’ouvrir à l’immensité de la mer et de la toundra, Philipp Yuryev compose une poésie minérale, où la nature et la lenteur deviennent de véritables matières sensibles. 

Mais au-delà de sa maîtrise formelle, Le Chasseur de baleines aborde avec pudeur les questions de la construction de la masculinité et de l’éveil du désir dans un environnement coupé de tout, loin des excès et des vices du monde moderne. Il émane de cette épopée modeste à hauteur d’adolescent une vulnérabilité profondément touchante, une beauté brute et contemplative qui happe et désarme. Une très jolie surprise.

Article rédigé par
Catherine Rochon
Catherine Rochon
Responsable éditoriale