Décryptage

Jeanne d’Arc, star de cinéma

26 mai 2017
Par Lucie
Jeanne d’Arc, star de cinéma
©dr

Dans Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc, présenté à la Quinzaine des réalisateurs, Bruno Dumont propose une relecture originale et décalée de la légende de celle qui bouta les Anglais hors de France. Une comédie musicale anachronique qui rappelle que Jeanne d’Arc, en plus de sainte, est une icône sacrée du cinéma.

Jeanne sage et classique

C’est Georges Méliès qui ouvre le bal des films consacrés à Jeanne d’Arc à travers un court-métrage éponyme de dix minutes dès l’année 1900. Seize ans plus tard, Cecil B. DeMille qui vient de commencer sa florissante carrière de réalisateur, se lance à son tour dans un biopic XXL pour l’époque (près de 2h20 !). Mais c’est le film de Carl Theodor Dryer en 1928 qui va longtemps servir de référence. Entièrement muet alors qu’il a été tourné comme un film parlant, La Passion de Jeanne d’Arc aborde uniquement le dernier procès de la guerrière et fait d’elle une martyre. Un parti pris qui sera à nouveau traité dans Le Procès de Jeanne d’Arc de Robert Bresson avec Florence Delay. Quant au Jeanne au bûcher de Roberto Rossellini, il offre en 1954 à la bergère en armure, les traits d’Ingrid Bergman pour la quatrième fois. L’actrice l’avait en effet incarnée dans la version de Victor Fleming en 1948. Le film de Rossellini, ésotérique, sobre et solennel, offre une Jeanne apaisée qui revient sur sa vie alors qu’elle a péri sur le bûcher. Rarement incarnée par une actrice de l’âge réel de l’héroïne, Jacques Rivette en fait fi à son tour avec son dyptique Jeanne la Pucelle en 1994, où Sandrine Bonnaire revêt l’habit d’homme, de sa rencontre avec le Dauphin à son exécution à Rouen. Une vision classique que Philippe Ramos reprendra en 2011 dans Jeanne captive avec Clémence Poésy et Thierry Frémont, en insistant exclusivement sur l’emprisonnement de celle qui mit fin au siège d’Orléans.

Jeanne super-héroïne des temps modernesJeanette

Mais d’autres réalisateurs ont choisi une relecture plus rock and roll de la demoiselle. C’est le cas de Luc Besson avec sa superproduction Jeanne d’Arc en 1999 (gros succès public avec près de trois millions d’entrées). Le casting ne lésine pas sur les stars : Milla Jovovich, John Malkovich, Vincent Cassel ou encore Dustin Hoffman. Un film entre bruit et fureur où Jeanne, coupe à la garçonne et regard pénétrant, invective son armée, subit quelques hallucinations visuelles et sonores et s’érige en étendard humain avec un courage hors du commun. Bruno Dumont, lui, a surpris toute la Croisette avec Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc en reprenant la formule qui a fonctionné dans ces dernières productions, du P’tit Quinquin à Ma Loute : des acteurs non-professionnels, les grèves de Hauts-de-France pour décors naturels, des chorégraphies endiablées sur fond de métal ou d’électro, le tout sur un texte alambiqué et poétique de Charles Péguy. Si le film a divisé, il a le mérite de relancer la mythologie autour de Jeanne d’Arc sans verser dans l’hagiographie. 

Article rédigé par
Lucie
Lucie
rédactrice cinéma sur Fnac.com
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