Entretien

On a rencontré les fondatrices de Plus fort·es ensemble pour la deuxième édition du festival

08 mars 2026
Par Lisa Muratore
Le festival Plus fort·es ensemble revient du 7 au 15 mars à la Nouvelle Seine.
Le festival Plus fort·es ensemble revient du 7 au 15 mars à la Nouvelle Seine. ©Juliette Guénon

Le festival Plus fort·es ensemble ouvrira ce samedi 7 mars à La Nouvelle Seine, et ce jusqu’au 15 mars. À l’occasion du lancement de la deuxième édition, L’Éclaireur a rencontré ses trois fondatrices, Jessie Varin, Soïzic Floch et Mélodie Molinaro. Trois femmes inspirantes, engagées et déterminées.

Vous êtes de retour pour la deuxième édition du festival. Quel regard portez-vous sur la scène stand-up (son inclusivité, sa sécurité…), un an après la première édition ?

Jessie Varin : Le festival est né d’une réflexion pour aller encore plus loin que le travail que nous avions fait autour de la charte des Comedy club, qui répondait à un #MeToo stand-up, qui venait d’être dévoilé dans la presse. Un peu moins de deux ans après, il est possible pour nous de faire un état des lieux. Je trouve que la scène stand-up a pris conscience de nos besoins et de celui des spectateurs de programmer des artistes singuliers, pluriels, d’avoir une inclusivité sur nos plateaux, de la diversité, de la parité et encore une fois d’avoir un milieu plus sûr et structuré. Et je trouve qu’on est plutôt en train de faire le chemin tous et toutes ensemble avec une vraie intelligence collective.

Soizic Floch : Mon regard reste à la fois optimiste et vigilant. Je remarque une prise de conscience certaine des comportements à éviter, notamment de la part des comedy clubs, pour garantir un espace plus safe pour toutes et tous. Les artistes ont pris la mesure du contexte dans lequel ils et elles évoluent et ont compris qu’ils et elles pouvaient poser leur limite. Les programmateurs commencent à saisir l’importance de tendre à la parité et à penser à plus de diversité sur les plateaux. Inévitablement, cela se ressent chez les artistes qui ont plus de chance de jouer. Cette diversité est une vraie richesse : elle permet de raconter davantage d’expériences, de points de vue et de réalités.

Quels critères ont guidé le choix des intervenant·e·s et des artistes cette année ?

J. V. : Un peu les critères évoqués juste au-dessus, c’est-à-dire avoir une pluralité d’expériences et de retour d’expériences autour de ces sujets-là, une diversité, tendre vers une parité, même si vous allez voir que nos intervenants et intervenantes sont plutôt des femmes, parce qu’il y a encore un stéréotype qui perdure : le fait que les VHSS [les violences et harcèlements sexistes et sexuels, ndlr] ne concerneraient que les femmes.

Mélodie Molinaro : Pour les intervenants, on a choisi des personnes spécialisées en fonction des thématiques, donc des avocats, psychologues avec lesquels moi j’ai l’habitude de travailler dans le cadre de Derrière le rideau, par exemple. Et concernant les artistes, des personnalités solaires, douces, bienveillantes qui ont aussi une parole engagée, que ce soit dans les médias ou dans leurs activités artistiques.

S. F. : Je dirais la diversité des parcours des uns, des unes et des autres, afin que tout le secteur puisse se sentir écouté et représenté.

Un moment fort que vous attendez particulièrement cette année ?

J. V. : Je pense que chacune d’entre nous a un peu son temps fort qui va répondre à des problématiques un peu plus personnelles et liées à son parcours professionnel. Moi, c’est la table ronde Dans ce comedy club, le dimanche 8 mars à 15h. Pour faire un état des lieux deux ans après avec des artistes, des programmateurs autour de la table. J’espère qu’il y aura des gens aussi intéressants dans la salle pour enrichir la session de questions-réponses.

M. M. : Dans les moments forts qu’on attend, en tout cas que j’attends particulièrement cette année, il y a la table ronde Inclusivité sur les plateaux, parce qu’on va y aborder des choses très urgentes et importantes dans la modernité dont on a besoin sur les plateaux de télé ou dans les théâtres. Et sinon l’atelier sur la coordination d’intimité, qui doit devenir un travail obligatoire et une présence obligatoire sur les plateaux de théâtre.

S. F. : Oui, la table ronde Inclusivité sur les plateaux le samedi 14 mars de 14h à 16h. Cette rencontre interrogera le manque de représentation, afin d’imaginer des pratiques plus justes et plus inclusives. Avec les regards croisés du comédien Mehdi Djaadi, du psychologue engagé Morgan Noam, de l’agent Marie Mingalon et du comédien Charles Peccia-Galetto. La discussion sera animée par Dorith Naon.

Marlène Schaff est la marraine de cette nouvelle édition. Pourquoi était-ce un choix évident ?

M.M. : Elle incarne notamment, de par sa présence en tant que professeure d’expression scénique dans Star Academy, une bienveillance, une douceur, une pédagogie à travers laquelle elle met en valeur l’authenticité de chaque artiste. Elle a été ma professeure, donc je connais son rapport au métier, je vois comment elle enseigne, et puis je la sais engagée dans les causes qu’on défend au festival. On sait qu’elle est engagée en tant que femme artiste. C’était donc évident pour nous d’avoir cette personnalité solaire pour mettre en lumière ce festival important. Elle nous a dit oui tout de suite, donc on était ravies.

S. F. : Marlène est une figure aussi exigeante que bienveillante. Son approche pédagogique porte des valeurs qui rejoignent pleinement celles du festival. Elle défend une pratique fondée à la fois sur l’exigence artistique, le respect des parcours et l’accompagnement des artistes. Elle est profondément engagée dans le partage et la transmission, ce qui fait d’elle une intervenante particulièrement précieuse pour cette édition.

Comment avez-vous pensé cette nouvelle édition ? En quoi innove-t-elle par rapport à l’année précédente ?

M. M. : On a beaucoup adapté notre programmation en fonction des besoins qu’on a identifiés tout au long de l’année dans nos différents métiers, que ce soit Soizic en communication, dans des projets culturels engagés, Jessie en tant que programmatrice de La Nouvelle Seine, moi en tant que comédienne et metteuse en scène.

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On a identifié différents types de problématiques sur les plateaux, derrière le rideau, ce qui nous a permis de savoir quoi mettre en avant. On s’est aussi adaptées à l’actualité, notamment des articles qui ont pu sortir sur des écoles problématiques. On a vraiment mis en avant cette table ronde Se former sans s’abîmer. On a aussi repris des ateliers ou tables rondes qui avaient bien fonctionné l’année dernière, comme Casting – Poser le cadre.

S. F. : Cette année, nous avons voulu proposer des temps forts encore plus concrets. Par exemple, l’an dernier, lors d’un atelier juridique, la question du dépôt de plainte avait été évoquée assez rapidement. Nous avons donc décidé d’y consacrer un temps spécifique cette année, afin d’accompagner les victimes de manière plus précise et concrète. Nous nous sommes aussi rendu compte que beaucoup d’artistes connaissaient mal leurs droits. À partir de ce constat, nous avons imaginé un temps fort avec Thalie Santé et la cellule d’écoute Audiens pour apporter des réponses claires et répondre directement à ce besoin. Pendant toute la durée du festival, un pôle informatif sera également présent, avec plusieurs associations – Elles imaginent, Derrière le rideau, La Scène indépendante ou encore la Fondation des femmes –, pour informer, dialoguer et sensibiliser les participants et participantes.

Les fondatrices du festival Plus fort·es ensemble. ©Agathe Van Viet

Quels ont été les principaux défis dans l’organisation de cette édition ?

J. V. : Les défis sont toujours un peu les mêmes quand on décide de monter un festival culturel, pédagogique et sociétal. C’est d’aller trouver des financements et des partenaires financiers qui nous accompagnent dans l’organisation de tout ça. On a mis un point d’honneur à payer tous nos intervenants et nos modérateurs. On a déployé de la communication autour de tout ça pour toucher le plus de personnes possible. Dans un climat politique tendu et avec des coupes budgétaires partout, je ne vous cache pas que ça a été un vrai défi d’aller trouver des partenaires financiers pour cette deuxième édition, mais on a réussi. Et heureusement que nous avons toutes les trois beaucoup de ressources et d’énergie pour porter ce projet.

M. M. : Les principaux défis sur l’organisation, c’est toujours l’urgence, les plannings chargés que nous portons chacune et le planning chargé de tous les intervenants et intervenantes… On essaie de toujours faire entrer des ronds dans des carrés. La baisse considérable des subventions dans le milieu culturel nous impacte forcément, donc on a essayé de redoubler d’efforts pour trouver des financiers différents. Même si aujourd’hui, en l’état, on n’a pas trouvé l’équivalent de ce qu’on avait l’année dernière, on tient bon !

S. F. : L’un des défis reste de trouver des intervenant·es prêt·es à aborder ces sujets publiquement, tout en veillant à ce que les discussions résonnent avec l’actualité du secteur cette année.

Quels sont vos rêves sur le long terme pour Plus fort·es ensemble ?

J. V. : Je ne sais pas si j’ai des rêves vis-à-vis de ce festival, mais j’en ai pour notre société, notre vivre ensemble. J’aimerais profondément continuer à interroger notre société sur le sexisme, la violence du patriarcat, le racisme et l’égalité des chances. Et il me semble que ce festival, ainsi que la création culturelle et artistique le permettent.

M. M. : On veut que le festival grandisse encore plus, qu’il soit plus soutenu par les institutions ou mécènes, et que le public soit au rendez-vous, car on sait que ces thématiques resteront essentielles à aborder. Il faut du temps pour faire bouger des choses.

S. F. : Une tournée Plus fort·es ensemble ! Que le festival s’exporte dans d’autres villes, dépasse le microcosme parisien, afin de faire circuler ces échanges et ces ressources plus largement sur le territoire. Paradoxalement : qu’il n’existe pas trop longtemps. Si un jour il devient inutile, cela voudra dire que les VHSS ne sont plus un sujet central dans le secteur, et que les choses auront réellement changé.

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Article rédigé par
Lisa Muratore
Lisa Muratore
Journaliste