Comptant parmi les figures majeures du cinéma contemporain, Jim Carrey s’apprête à être distingué par l’Académie des César pour l’ensemble de sa carrière. Acteur caméléon, capable de passer du burlesque à de grands rôles dramatiques, il a profondément marqué Hollywood dans les années 1990 et 2000. À l’occasion de cette reconnaissance française, retour sur trois facettes méconnues de son parcours.
1 Pourquoi s’est-il écrit un chèque de 10 millions de dollars ?
Au début des années 1980, alors qu’il enchaîne les scènes de stand-up sans véritable percée à Hollywood, Jim Carrey rédige un chèque à son propre nom de 10 millions de dollars, libellé pour « services d’acteur rendus ». Il le postdate à Thanksgiving 1995 et le glisse dans son portefeuille.
Moins de dix ans plus tard, après une série de succès retentissants – Ace Ventura: Pet Detective, The Mask et Dumb and Dumber –, l’acteur négocie des cachets à plusieurs millions de dollars. Le rapprochement nourrit depuis le mythe d’une réussite « visualisée ».
2 Jusqu’où est allé le calvaire du Grinch ?
Sous les traits verdâtres de cette créature poilue, Jim Carrey livre dans Le Grinch une performance devenue culte. En coulisses, le tournage tient pourtant de l’épreuve d’endurance. Chaque journée commence par plusieurs heures de maquillage : lentilles, nez artificiel, fausses dents, doigts surdimensionnés, costume intégral en poils de yak… L’ensemble entrave sa respiration, réduit son champ de vision et installe une sensation constante d’enfermement.

L’acteur évoquera par la suite des crises d’angoisse et une fatigue extrême, au point d’envisager de se retirer du projet. La production fait alors appel à un spécialiste, « un homme qui entraînait les agents de la CIA et les membres des forces spéciales à résister à la torture », confie-t-il (propos rapportés par Variety). Le film, réalisé par Ron Howard, sortira finalement en 2000, laissant le souvenir d’un tournage éprouvant, à rebours de la féerie affichée à l’écran.
3 La « méthode Carrey » a-t-elle dépassé les limites ?
Dans Man on the Moon, biopic consacré à l’humoriste américain Andy Kaufman, Jim Carrey ne se contente pas d’enfiler le costume. Le film retrace la trajectoire d’un artiste qui brouillait sans cesse les frontières entre provocation, performance et mystification.
Et, pour lui donner corps, Carrey adopte une immersion radicale : sur le plateau, il reste Kaufman, parle et agit comme lui, endossant également le rôle de Tony Clifton, l’alter ego outrancier du comédien. Rapidement, jeu et réalité se confondent, au point que certains membres de l’équipe ne savent plus à qui ils s’adressent.
Le documentaire Jim & Andy: The Great Beyond, réalisé par Chris Smith et révélé en 2017, a donné à voir l’ampleur de cette démarche. On y observe un acteur absorbé par son personnage, maintenant la fiction au-delà des prises. Une expérience qui éclaire autrement la trajectoire d’un comédien souvent réduit à son exubérance comique, mais dont l’engagement artistique s’est parfois situé à la frontière de l’excès.