Dix-sept ans après le phénomène LOL, sa suite est portée et coscénarisée par Thaïs Alessandrin. Nous avons rencontré cette artiste sensible, sincère et bienveillante, qui livre un regard intime sur le vertige d’une génération tiraillée entre idéal et réalité.
Vous aviez 9 ans lorsque vous jouiez la petite sœur dans le premier LOL. Dix-huit ans plus tard, vous êtes l’héroïne de LOL 2.0. Que représente cette saga dans votre vie personnelle et dans votre parcours d’actrice ?
C’est très étrange. J’ai une mère [la réalisatrice Lisa Azuelos, ndlr] qui écrit majoritairement sur sa propre vie. Tout est évidemment romancé, ce ne sont pas exactement nos vies, mais on y retrouve les mêmes dynamiques. C’est parfois un peu étrange de voir son existence à l’écran, ces petits moments intimes utilisés et réinterprétés. Par exemple, le premier film s’inspirait beaucoup de l’histoire de ma grande sœur. En fait, c’est comme s’il y avait toujours eu cet œil extérieur qui nous avait suivies toute notre vie. D’ailleurs, la fiction a rejoint la réalité : pendant le tournage, ma sœur nous a annoncé qu’elle était enceinte pour de vrai. C’était une vraie mise en abyme, qui était presque flippante. [Rires] Du coup, on va accueillir le premier enfant de cette nouvelle génération dans un mois. Il y a le bébé film qui sort, puis ce vrai bébé en suivant. Je suis surexcitée !
LOL est devenu un film générationnel. À l’époque – ou peut-être plus tard – ce premier film a-t-il aussi résonné en vous d’une manière particulière ?
Tout au long de ma vie, on m’a sorti les répliques de LOL. Du coup, je suis toujours restée éloignée de cette œuvre. C’est ma mère qui l’avait réalisée, donc je ne ressentais pas le même engouement que les autres personnes de ma génération. C’était plus difficile pour moi de dire : “Je suis fan de ce film.” Je ne peux pas être fan d’un film de ma mère, même si je les aime énormément. J’ai toujours été presque gênée par son immense succès, sans trop savoir pourquoi. C’est au moment de l’écriture de ce deuxième volet que je l’ai vraiment redécouvert en me disant : “Waouh, c’est excellent en fait ! Ma mère est trop douée !” [Rires]
En revenant sur ce plateau, avez-vous eu le sentiment de retrouver un lieu familier de votre enfance, presque intime ?
Oui, il y avait cette impression de déjà-vu. J’étais trop jeune pour me souvenir complètement de ce tournage et, en même temps, j’avais l’impression d’avoir rêvé ce lieu. C’était assez fou.

Vous avez été filmée enfant, puis jeune adulte. Est-ce troublant de se voir grandir à l’écran ? Cela a-t-il influencé votre rapport à votre image, à votre corps ou au temps qui passe ?
Notre génération entretient un rapport permanent à l’image. On a grandi avec des caméras, des photos et des parents qui filmaient tout, tout le temps. Je n’ai pas vécu cette expérience plus intensément que d’autres. La seule différence, c’est que je ne suis pas la seule à avoir revu ces images de mon enfance : elles ont été partagées avec la France entière. [Rires]
Que raconte LOL 2.0 sur cette nouvelle génération, presque 20 ans après le premier film ?
Il parle de nos angoisses face à ce monde terrifiant qui nous entoure. Les réseaux sociaux ont créé chez nous une incapacité à la satisfaction. Quand tout va bien, on culpabilise d’être heureux dans un monde qui va mal. Quand tout va mal, on s’interdit de se plaindre parce que “ça pourrait être pire”. C’est une éducation à la culpabilisation permanente.
Pour y échapper, on se divertit avec des shoots de dopamine numériques qui fonctionnent comme une drogue, nous déshumanisent et nous permettent de ne pas voir ce qui va mal à l’intérieur. C’est une fuite exceptionnelle. Il y a une phrase dans le film qui résume bien cette situation : “C’est la comparaison qui vous tue. À notre époque, on essayait de construire une vie et c’était déjà dur. Vous, vous voulez en vivre 1 000 à la fois.” Nous sommes constamment tiraillés entre un idéal inatteignable sur les écrans et une réalité souvent glauque. C’est très difficile de construire son identité dans cet écartèlement.

Louise revient vivre chez sa mère après une rupture et un échec professionnel. À quel point son parcours et ses fragilités résonnent-elles en vous ?
Sur le plan professionnel, ma vie n’a rien à voir avec celle de Louise. Je n’ai jamais essayé de monter une boîte dans la tech et je suis très loin de l’univers des start-ups ! [Rires] En revanche, je me suis beaucoup inspirée d’amis qui ont vécu cette expérience. Ils se sont investis à fond pendant parfois deux ans et ils ont détruit leur santé pour une entreprise qui a fini par s’écrouler. Je trouvais ça juste de raconter cette génération qui rêve grand après l’université, à qui l’on dit que “tout est possible” et qui réalise brutalement que ce n’est pas si simple. Ce désenchantement post-université a donc été mon point de départ pour écrire ce personnage. Cependant, les fragilités intimes et la rupture amoureuse résonnent énormément en moi. Ma rupture remonte à longtemps, mais j’y trouve un grand écho. J’ai utilisé beaucoup de mes propres failles, même si Louise les tourne presque en ridicule.
Elle évoque notamment l’anxiété et la neuro-atypie…
Oui, Louise dit : “J’ai des crises d’anxiété à cause de mon TDAH [Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, ndlr], du coup je fume des joints pour m’aider.” C’est quelque chose que je vis – mais c’est une très mauvaise habitude à ne surtout pas avoir quand on a cette neuro-atypie. J’ai vraiment un TDAH, et il faut savoir que c’est parfois très paralysant. Je sais qu’aujourd’hui, on met des étiquettes sur tout – HPI, TDAH… – et il y a un côté un peu ridicule à vouloir tout classer. Mais, d’un autre côté, il y a une vraie recherche sur le fonctionnement de ces cerveaux qui sont différents.

Le fait de poser des mots sur ce qu’on vit nous permet aussi de mieux l’appréhender et le dompter. Ce qui fait du bien, c’est de se dire : “Ok, je suis différent, mais je dois apprendre à aborder les choses à ma manière”, plutôt que de se renfermer en se répétant “Je suis nulle, je n’ai pas les codes de la société et je suis une merde.”
C’est ce que vous avez ressenti quand vous étiez plus jeune ?
Énormément. À l’école, je devais travailler deux fois plus pour obtenir les mêmes résultats que les autres. Je travaillais beaucoup à perte, je faisais beaucoup de crises d’angoisse. L’université a été très difficile pour moi de ce point de vue là. C’est pourquoi je pense qu’il est très important d’en parler. Ça permet, aussi, de créer des solutions pour réadapter le monde et la société à ces types de personnes, et de ne pas les laisser tomber. Parce que les laisser à la dérive peut avoir des conséquences dramatiques, comme l’addiction.
Le film aborde des thèmes très intimes – rupture, amitié, doutes, échecs personnels et professionnels. Quelle scène vous a le plus marquée d’un point de vue émotionnel ?
La scène du concert m’a bouleversée. Théo Delincak, qui joue le rôle de Joseph, est un ami très proche. Je le connais depuis la sortie du premier LOL. J’étais donc en CM2 ! Il a eu un grave accident il y a six ans, il est resté dans le coma pendant 12 jours, on a cru qu’il allait mourir… Le voir aujourd’hui devant une caméra, monter sur scène et chanter après avoir frôlé la mort, c’est incroyable. On se disait : “We made it”, on s’en est sortis. J’étais en larmes.

Avez-vous ressenti des attentes ou une forme de pression en revenant dans un film culte, aux côtés d’acteurs tout aussi iconiques, comme Sophie Marceau ?
Tout le monde me demande : “Ça fait quoi de rejouer avec Sophie Marceau ?”, mais, à 9 ans, je ne me rendais pas compte de ce que cela impliquait de partager le plateau avec des acteurs aussi impressionnants. Je n’avais pas encore vu les films de Sophie et je n’avais pas d’idoles ni de comédiens que j’admirais particulièrement. Là, je l’ai vécu comme une première fois. Jouer avec des artistes que j’admire au plus haut point, comme Sophie Marceau, Alexandre Astier ou encore Françoise Fabian était très touchant. D’autant plus que je les voyais interpréter des répliques que j’avais écrites.
En revanche, j’étais ultrastressée. J’ai passé deux ans à me mordre les doigts comme ce n’est pas permis, à douter, à faire des crises d’anxiété en me disant : “Les gens vont juste se rendre compte que c’est nul, ils vont détester ce film et se dire ‘Mais c’est qui cette fille de qui prend de la place pour faire de la merde ?’” Je me suis dit toutes les choses les plus négatives possibles à propos de moi-même.
D’un point de vue objectif et extérieur, ce deuxième film est très réussi, il résonne énormément en nous et le thème de la rupture est particulièrement bien traité !
C’est une thématique universelle, qui touche tout le monde ! J’ai mis beaucoup de moi dans ce film. Par exemple, le moment où Louise explose les écrans avec une batte de baseball s’inspire de ma propre expérience, quand mes copines m’ont emmenée dans une rage room après ma rupture, parce que j’avais emmagasiné trop de colère en moi durant des mois. C’est un des moments les plus satisfaisants de ma vie. [Rires]
Mais, honnêtement, je pense que cette peur de décevoir a été un moteur, pour ma mère et moi. Chaque fois, on se disait : “Il faut faire mieux, pour les fans du premier film.” On a beaucoup retravaillé le scénario, encore et encore, pour leur offrir la meilleure suite possible. Donc, ces deux ans de stress en valaient la peine.

Comment avez-vous travaillé avec Sophie Marceau pour faire exister cette relation mère-fille à l’écran, qui fait écho au duo iconique formé autrefois avec Christa Theret ?
Sophie Marceau est une actrice exceptionnelle. Elle est tellement talentueuse. En une seconde, elle vous fait ressentir une chaleur maternelle incroyable. Avant de jouer la première scène, j’avais une appréhension : celle de ne pas réussir à installer l’intimité physique que j’ai avec ma mère – on est très tactiles, on se fait beaucoup de câlins, on n’a pas peur de se toucher – avec Sophie. Ma mère lui en a parlé en douce – parce qu’elle fait tout dans mon dos ! – et Sophie, adorable, est venue me faire un énorme câlin avant qu’on commence à jouer. Ça m’a rassurée et ça m’a permis d’oser la toucher.
Vous l’avez dit : la réalisatrice du film est votre mère, Lisa Azuelos. Comment trouve-t-on l’équilibre entre relation familiale et relation artistique sur un plateau, en tant qu’actrice et coscénariste ?
C’est ce qui a été le plus dur. Il fallait gérer le rapport actrice-réalisatrice, mère-fille et coscénaristes, car nous réécrivions les scènes jusqu’à la dernière seconde. Notre relation mère-fille a un peu disparu et ça nous a manqué. D’habitude, nous sommes le bureau des plaintes l’une de l’autre. Ma mère, c’est la personne que j’appelle tout le temps : quand j’ai une peine de cœur, quand j’ai une peine de travail… Mais, par peur d’ajouter de la pression à l’autre, on n’osait plus se confier.
Au bout d’un mois de tournage, on a explosé et je lui ai dit : “J’ai besoin de ma mère.” Elle m’a répondu : “J’ai besoin de ma fille.” On a décidé d’arrêter de faire semblant d’être juste des collègues et de se rappeler qu’on était une équipe. À partir de là, tout s’est débloqué.