Critique

Phoenix, ou ce que la fiction dit de la radicalité écologique

12 février 2026
Par Sarah Dupont
“Phoenix”, à partir du 12 février 2026 sur france.tv.
“Phoenix”, à partir du 12 février 2026 sur france.tv. ©France Télévisions/Nicolas Velter

Plus qu’un thriller, la nouvelle minisérie de France Télévisions traite la crise climatique comme un conflit politique et moral. En faisant de la radicalité une réponse à l’inaction, elle questionne l’usage de la violence et les impasses de l’engagement face à l’urgence climatique.

S’il fallait dégager une clé de lecture pour Phoenix, elle pourrait tenir dans l’apocryphe attribué à Margaret Mead : « Ne doutez jamais qu’un petit groupe d’individus conscients et engagés puisse changer le monde. » Ajoutée le 12 février sur la plateforme, la nouvelle minisérie de France Télévisions livre un écothriller porté par Natacha Lindinger et François Berléand. Le récit s’articule autour d’un kidnapping d’enfants de dirigeants de multinationales orchestré par de jeunes activistes décidés à forcer une prise de responsabilité face à la crise climatique. Une œuvre radicale, rare, puissante, qui s’attaque frontalement au greenwashing et à l’inaction des élites.

Quelle est l’intrigue de Phoenix ?

Face à l’impasse des mobilisations écologistes pacifiques, le groupe Phoenix choisit la clandestinité. Dans les Alpes, quatre multinationales – chimie, fast-fashion, banque et pétrole – annoncent un projet de « sauvetage » d’un glacier, présenté comme un investissement majeur pour la planète, financé à hauteur de 12 milliards d’euros. C’est ce dispositif que les militants prennent pour cible, en enlevant les enfants de leurs dirigeants afin de contraindre ces PDG à reverser cette même somme à une association environnementale.

Phoenix.©France Télévisions/Les Films du Cygne et Storia Television/Nicolas Velter

Dès l’ouverture, la série pose son regard là où il dérange. Le monologue de Mathias, major d’une école d’ingénieurs parisienne, ouvre une charge contre un modèle économique persistant, fondé sur la croissance et l’extraction. Et annonce une fiction qui dénonce l’impunité des puissants et l’incapacité de ce système à se transformer autrement qu’à la marge.

La série s’inspire-t-elle d’une histoire vraie ?

Si les entreprises et leurs dirigeants sont fictifs, Phoenix laisse planer peu de doute. Entreprises à l’empreinte carbone colossale, fausses promesses, mécanismes de compensation, foi dans la géo-ingénierie… La série s’appuie sur des réalités observables par chacun et autrement documentées. En bref, l’imaginaire convoqué correspond point par point aux termes actuels du débat climatique.

François Berléand dans Phoenix.©France Télévisions/Les Films du Cygne et Storia Television/Nicolas Velter

Ce refus de la fable lui donne une densité politique remarquable. Le show ne cherche pas l’allégorie, mais la friction, en installant une tension crédible. La confrontation entre technosolutionnisme et sobriété n’est pas un simple arrière-plan idéologique : elle structure l’ensemble du récit.

Radicalité, engagement et lignes de fracture

Le terrain moral exploré gagne en profondeur au fil des épisodes. Phoenix ne se contente pas d’évoquer la radicalité : elle en fait un point de tension central. Le recours à la violence peut-il, à un moment donné, devenir un moyen légitime de se faire entendre ? Cette interrogation fait écho à l’excellent roman de science-fiction de Kim Stanley Robinson, Le ministère du Futur, qui explore, lui aussi, la tentation d’une radicalité, y compris politique, face à l’inaction.

Marie Colomb dans Phoenix.©France Télévisions/Les Films du Cygne et Storia Television/Nicolas Velter

Ce dilemme irrigue l’ensemble du récit et entre en résonance avec une crise climatique qui cristallise aujourd’hui des tensions à l’échelle du globe, jusqu’à voir émerger – souvent à des fins disqualifiantes – la notion d' »écoterrorisme ». Phoenix se garde bien d’imposer une réponse univoque, laisse coexister les positions et renvoie le téléspectateur à son propre jugement.

Une mise en scène tenue

Sur le plan narratif, la série adopte un rythme maîtrisé, progressif, qui installe un suspense suffisant pour maintenir l’attention jusqu’au bout. Elle s’offre en outre un cadre exceptionnel – les paysages alpins et le lac d’Annecy – filmé comme des espaces directement concernés par ce qui se joue. Côté interprétations, Léo Legrand incarne un Mathias habité, dont les excès se dessinent petit à petit.

François Berléand et Léo Legrand dans Phoenix.©France Télévisions/Les Films du Cygne et Storia Television/Nicolas Velter

Marie Colomb apporte une nuance, plus fragile, mais tout aussi déterminée. François Berléand, enfin, compose avec justesse la figure du scientifique lucide et inquiet, coincé entre rigueur, compromis et pressions politiques.

Fondamentalement, Phoenix n’est pas un polar pensé pour la résolution de son intrigue. Sa force tient plutôt à la cohérence entre propos et mise en scène, et à son refus des réponses simples. En traitant la crise climatique comme un enjeu éminemment politique, conflictuel et inconfortable, la série dépasse le simple thriller pour interroger, sans détour, les rapports de pouvoir qui la traversent. Éclairant.

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