Critique

Heated Rivalry : cette série gay et torride est-elle à la hauteur de sa réputation ?

06 février 2026
Par Marion Olité
“Heated Rivalry”, le 6 février 2026 sur HBO Max.
“Heated Rivalry”, le 6 février 2026 sur HBO Max. ©Crave/HBO Max

Précédée d’un buzz mondial, cette romance gay aux scènes très hot, qui prend place dans le milieu du hockey sur glace de haut niveau, a enflammé un public international, LGBTQ+, mais aussi féminin. Mais toute cette hype est-elle justifiée ?

Vous les avez forcément aperçus quelque part. Ces dernières semaines, les minois de Hudson Williams et Connor Storrie ont envahi les réseaux sociaux. Les acteurs de Heated Rivalry sont devenus les nouvelles coqueluches de la pop culture, objets de memes et d’édit enflammés sur TikTok, invités aux derniers Golden Globes ou porteurs de la flamme des Jeux d’hiver 2026 de Milan-Cortina. Ils sont partout !

Tout a commencé au Canada, quand la plateforme Crave a diffusé fin 2025 sa nouvelle série originale. Adaptée des romans Game Changers de Rachel Reid par le showrunner Jacob Tierney, Heated Rivalry suit sur plusieurs années une liaison secrète entre deux joueurs professionnels rivaux de hockey sur glace, le Canadien Shane Hollander (Hudson Williams) et le Russe Ilya Rozanov (Connor Storrie).

Keanu Reeves et Patrick Swayze, nouvelle génération

Pour une production comme celle-ci, dont le succès repose en grande partie sur la tension sexuelle entre les deux acteurs principaux, il s’agissait de ne pas se louper côté casting. Scénariste et réalisateur des six épisodes, Jacob Tierney a déniché deux nouveaux venus, Hudson Williams et Connor Storrie, dont l’alchimie crève l’écran.

Hollywood raffole de nouveaux visages, d’autant plus quand ceux-ci évoquent des gloires anciennes : c’est le cas de ces deux apollons, Internet ayant fait son travail en comparant leurs physiques avec ceux de Keanu Reeves et Patrick Swayze dans leur jeunesse.

La ressemblance est en effet frappante. Au-delà de leur physique avantageux, les deux acteurs brillent dans leur partition respective. Connor Storrie, Américain, a étudié la langue russe et travaillé son accent pour ses dialogues en anglais. Il incarne à la perfection Ilya Rozanov, un jeune homme en apparence arrogant et qui va peu à peu ouvrir son cœur à Shane.

Dans un rôle plus introverti, Hudson Williams, qui a confié que son personnage était sur le spectre de l’autisme, est tout aussi convaincant. Ensemble, les deux comédiens font des étincelles, exploitant toutes les micro-expressions de leur visage pour retranscrire l’émotion et le désir que leurs attachants personnages éprouvent l’un pour l’autre.

Des scènes de sexe révolutionnaires

On n’avait pas vu un couple aussi bien assorti depuis Robert Pattinson et Kristen Stewart dans la franchise Twilight. La comparaison avec la très prude romance vampirique s’arrête ici. Heated Rivalry joue dans une autre catégorie en ce qui concerne ses scènes intimes. Après une montée en tension maîtrisée durant la première moitié du premier épisode, Ilya et Shane ont un premier rapprochement sexuel, annonciateur de bien d’autres.

Heated Rivalry.©Crave/HBO Max

D’abord filmées de façon léchée, en clair obscur sur une lumière rouge tamisée, puis de façon de plus en plus intime, les scènes de sexe entre les deux athlètes évoluent au fil de la relation et sont l’une des grandes réussites de la série. Elles sont plus explicites et variées (avec ou sans pénétration) que dans les séries qui proposent des romances LGBTQ+, comme Heartstopper ou Sex Education, sans l’être nécessairement plus que certaines romances hétérosexuelles, comme Normal People ou Bridgerton. Si à l’écran, ces scènes paraissent « naturelles », elles ont en réalité demandé un travail très précis aux acteurs. Tantôt hot, tantôt émouvantes, parfois les deux en même temps, elles ont été chorégraphiées avec la coordinatrice d’intimité Chala Hunter.

Heated Rivalry.©Crave/HBO Max

Présente durant le tournage pour préparer en amont tous les mouvements prévus lors des scènes d’intimité, pour mettre les acteurs à l’aise et leur fournir des accessoires adaptés (comme des sous-vêtements rembourrés), elle explique dans une interview accordée à Elle.com : « Les scènes ont été écrites avec une grande précision, fidèles au livre. Jacob a vraiment mis en scène l’action dans le scénario. Représenter la joie et la sexualité queer sans les insinuer ni les suggérer à l’écran est rare. La sexualité, la joie et l’amour queer sont encore trop peu représentés dans les médias. Le sexe est un élément essentiel du parcours émotionnel, physique et psychologique de ces personnages. Il reflète fidèlement l’expérience humaine. »

Pourquoi les femmes adorent-elles (autant) Heated Rivalry ?

Les scènes de sexe de Heated Rivalry ont le grand mérite d’être à la fois très très hot et dans le consentement. Plus expérimenté que Shane, Ilya met son partenaire à l’aise. Si la communication des émotions entre les deux hommes représente un enjeu phare de la deuxième partie de la saison, leurs diverses parties de jambes en l’air passent par la verbalisation de leur consentement.

Heated Rivalry.©Crave/HBO Max

Certains médias se sont demandé pourquoi les femmes, grandes fans de la série (le roman original est écrit par une femme), s’intéressent à une fiction où elles ne sont pas représentées – ou seulement à travers le prisme de la meilleure amie avec laquelle on tente de coucher pour réaliser que ce n’est pas possible ? Réponse : pas seulement pour l’excellente reprise du hit lesbien de Tatu, All the Things she Said, présent dans la bande-son.

Heated Rivalry.©Crave / HBO Max

D’une part, tout comme les hommes gays ont appris à se projeter dans les héroïnes de comédies romantiques, les femmes queers et hétérosexuelles ont appris à se projeter dans les personnages masculins, majoritaires dans la fiction. D’autre part, la relation entre Shane et Ilya est pleine de désir, de communication et absolument dénuée de misogynie. Voilà qui est reposant et qui fait rêver beaucoup de femmes hétérosexuelles. Heated Rivalry propose des représentations de masculinités attractives, loin du retour des machos de l’ère Trump.

Une série sexy et politique

Si on peut lui reprocher une mécanique un peu trop bien huilée, avec des ellipses de temps à vous donner le vertige (l’histoire se déroule entre 2008 et 2017) et quelques occasions manquées (les JO en Russie méritaient plus de développement), Heated Rivalry est dans l’ensemble une réussite artistique. Avec sa bande-son pop et électro et ses séquences sportives aux allures de préliminaires, elle s’inscrit dans le renouveau de la romance sportive, initié en 2024 par le très sexy et queer Challengers de Luca Guadagnino. Il est clair que la compétition de haut niveau et la tension sexuelle font bon ménage… Probablement l’adrénaline.

Heated Rivalry.©Crave / HBO Max

L’intrigue de Heated Rivalry peut paraître légère au premier abord – une romance très physique sur fond de hockey –, mais l’orientation sexuelle de ses personnages change tout et en fait une série politique, dans notre société où les athlètes gay restent au placard toute leur carrière et subissent une homophobie de vestiaire quotidienne.

C’est particulièrement vrai dans la série pour Ilya, sportif bisexuel russe qui entretient une relation compliquée avec sa famille. Il a beau subvenir aux besoins de son frère, ce dernier ne cache pas sa biphobie, conduisant Ilya à devoir choisir entre être lui-même et conserver des liens avec sa famille.

Heated Rivalry.©Crave / HBO Max

Ce personnage nous permet de comprendre à quoi peut ressembler la vie d’une personne LGBTQ+ dans un pays comme la Russie, où règne une homophobie d’État. La jeunesse russe s’est empressée de télécharger Heated Rivalry et se la passe sous le manteau, la série devenant ainsi un symbole de résistance. La représentation compte. En abordant le sujet de l’homophobie dans le milieu du sport, sans violence – notamment à travers le très bel épisode 3 centré sur le parcours d’un hockeyeur gay au placard, plus âgé que Shane et Ilya – Heated Rivalry a inspiré des sportifs de la vraie vie. Le hockeyeur américain Jesse Kortuem a effectué son coming-out, en remerciant la série d’exister. Cette semaine, un arbitre de foot a demandé son compagnon en mariage pendant un match du FC Cologne. Qui a dit que le sexe et l’amour ne pouvaient pas changer le monde ?

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