Nouvel enfant de la fratrie Bridgerton à avoir le droit à sa saison et sa grande histoire d’amour, Benedict a pourtant déjà volé le cœur de bien des spectatrices et spectateurs. Et à cela, rien de plus normal : c’est de loin le plus humain, car le mieux écrit.
« Why is Benedict loved so much by the viewers ? » Cette question, posée presque innocemment sur Reddit, en dit long sur le potentiel d’un personnage qui n’a même pas encore eu le droit à sa propre saison toute à sa gloire. Car les fidèles sérivores le savent : à chaque nouveau chapitre de La chronique des Bridgerton sur Netflix, un nouvel enfant de la famille (ainsi que son ou sa partenaire) est mis en avant et pulvérise tous les scores de popularité.
C’est d’autant plus vrai chez les personnages masculins – Eloise est si magnétique qu’elle n’a pas besoin de saison attitrée pour marquer les esprits. Mais Anthony, lui, a dû attendre la saison 2 de la série, d’être débarrassé de ses rouflaquettes et d’un rôle de frère protecteur très encombrant pour être vu comme un amant passionné, dont les monologues font toujours autant d’effet, même quelques années plus tard (« You are the bane of my existence. And the object of all my desires. » En français : « Tu es le fléau de mon existence et l’objet de tous mes désirs. »).
Même son de cloche pour son petit frère, Colin, vu comme mignon, mais un peu naïf et surtout trop indécis avec Pénélope. Une fois sa saison arrivée, on le retrouve plus sûr et plus mûr, fort de quelques voyages et expériences lui permettant de montrer sa dextérité dans la célèbre scène de la calèche, digne d’un film de James Cameron – pour celles et ceux qui n’ont pas encore la référence, il n’est jamais trop tard.

Le personnage de Benedict Bridgerton, lui, est une exception à la règle. Il n’a que très peu de temps d’écran dans chaque saison, principalement dans des arcs secondaires, et une petite poignée de répliques ici et là. Pourtant, des forums et edits sur TikTok par myriades lui sont d’ores et déjà consacrés. Pas étonnant, donc, que « sa » saison – la quatrième, disponible sur la plateforme de streaming le 29 janvier – soit si attendue. C’est simple : depuis le lancement du programme, il est impossible de le détester. Et on vous explique pourquoi.
Charmante maladresse et fibre artistique
Premièrement, sa fibre artistique joue beaucoup. Contrairement à la plupart des personnages de la cour, y compris sa famille, Benedict n’est pas obsédé par la performance et l’ascension sociales. Alors que tout semble tourner autour du pouvoir, de la réputation, du mariage et des alliances familiales, le jeune homme vit par passion et pour sa création, passant ses nuits à dessiner. Dans la saison 2, sa principale quête est d’entrer à la Royal Academy, prestigieuse école d’art. Lorsqu’il reçoit sa lettre d’admission, le personnage n’a que faire des manières d’un gentleman et se montre excité comme un enfant.
C’est un fait assez rare dans la famille Bridgerton pour être souligné : enfin un protagoniste qui est heureux pour un accomplissement personnel et pas pour un flirt ou une romance ! Quand il découvre, scandale, que son entrée n’est pas liée à son talent, mais à l’argent de son frère Anthony, Benedict est effondré. Pas tant parce qu’il se sent humilié dans le milieu artistique ou trompé par l’une des personnes qui lui est la plus proche, mais parce qu’il doute de sa légitimité, de son talent. Et qu’il réalise la puissance du privilège et du népotisme dans un milieu qui lui semblait pourtant échapper à tous les carcans habituels.
Ces fameux carcans, Benedict n’aura de cesse de les fuir ou de les remettre très naturellement en question. Et cela passe d’abord par son apparence. C’est l’un des rares à porter des chemises très ouvertes et, dans un programme où chaque costume traduit une façon de vivre ou une opinion, ce n’est pas un détail. C’est une façon pour notre héros de proposer, à son échelle, une autre vision de la virilité, moins dans la domination, plus douce et propice à la fluidité.
S’il est très classe, Benedict est le plus souvent naturel et maladroit. On évoquait son enthousiasme régressif un peu plus tôt, mais ce n’est pas un fait particulièrement rare. À chaque apparition, il se veut facétieux et rempli de malice, ce qui le rend humain, attendrissant et même charmant. D’où, sans doute, cet edit « Benedict being cute af » sur YouTube, qui compile tous ses petits moments de maladresse et cumule 1,2 million de vues.
Un esprit libre
Par son arc narratif aussi, le spectateur découvre de nouveaux endroits beaucoup moins codifiés, à mille lieues des bals, certes très esthétiques, mais où la pression sociale est toujours à son comble. À ces festivités strictes, l’artiste préfère les studios d’artistes où les modèles posent seins nus, les salons privés et les fêtes beaucoup plus… underground.
Dans la première saison, il rencontre ainsi le peintre qui deviendra comme son mentor, Henry Granville. Si ce dernier lui permet de développer son art et d’affûter son esprit critique, il questionne également son ouverture d’esprit en défendant avec vigueur son amour pour son amant, Lord Wetherby, alors même qu’il est marié à une femme. Relation que Benedict comprend immédiatement, avec peut-être un peu d’étonnement, mais jamais de jugement. Il n’est pas choqué, il ne feint pas le puritanisme, il reste ouvert. « Le monde est plus vaste que ce que la société veut bien nous laisser voir », lui dira le pygmalion. Une phrase qui prendra pour Benedict tout son sens dans la troisième saison, quand, à son tour, il connaît le polyamour avec Lady Tilley Arnold, une veuve indépendante qui ne veut se soumettre à aucune règle, à commencer par l’exclusivité.

Leurs échanges sont détonants, car en opposition totale avec les couples que peuvent former Daphne et Simon (pierre angulaire de la première saison) ou Kate et Anthony (héros tourmentés de la deuxième). S’ils flirtent, ils ne courtisent pas vraiment et ne se font pas non plus de promesses éternelles à base de fidélité. Ils échangeront ainsi des moments au lit avec un certain Paul, ami proche de Lady Tilley, ce qui confirmera les théories des fans, alors convaincus que Benedict était queer.
Au média Bustle, son interprète, le talentueux Luke Thompson, confie : « La sexualité masculine, en particulier, peut sembler très enfermée dans la manière dont elle est explorée. Soyons clairs : c’était une période extrêmement répressive. Selon nos termes modernes, le mot le plus proche pour la décrire serait quelque chose comme la pansexualité – être attiré par la façon dont quelqu’un pense et ressent, indépendamment de son genre. C’est un mot qu’on pourrait utiliser. »
Un amour au-delà des titres
Mais, aussi complexe et fascinante que fût Lady Tilley Arnold, elle n’est pas l’endgame de l’arc sentimental de Benedict, qui réalise, grâce à cette liaison très empirique et sensuelle, que même s’il apprécie la liberté, il a besoin d’attaches, de sincérité, de quelque chose qui a plus de sens. À n’en pas douter, sa grande histoire d’amour sera bien celle avec une certaine Sophie Beckett. Dans les livres de Julia Quinn, elle est une femme certes au plus bas de l’échelle sociale, mais qui n’est pas là pour être piétinée. Elle n’hésite pas à remettre son prétendant à sa place, et son statut social n’a pas d’impact sur ses décisions.

Preuve, s’il vous en fallait une supplémentaire, que Benedict, comme aucun autre personnage, estime les gens pour ce qu’ils sont et pas pour leur titre de noblesse ou le nombre de servants qu’ils ont. Leur dynamique sera surtout émotionnelle, là où sa sœur Daphne devait composer avec les traumas familiaux de Simon. Ou son frère Anthony avec son obsession, en tant que vicomte, pour les codes et l’honneur. Et si cette romance n’est pas aussi libertine que celle traversée dans la saison 3, elle promet son lot de surprises à faire jaser la cour et de donner de la matière aux écrits de Lady Whistledown. On ne s’en plaindra pas !