Jessica Chastain est de retour au cinéma, le mercredi 28 janvier dans Dreams, un film de Michel Franco. Dans ce nouveau long-métrage, le réalisateur présente une plongée cauchermadesque dans le couple et l’Amérique modernes. Critique.
Après avoir filmé les retrouvailles de Sylvia et Saul dans Memory (2023), le cinéaste Michel Franco renoue avec l’oscarisée Jessica Chastain (La couleur des sentiments, Interstellar, The Tree of Life…) pour Dreams. Dans ce nouveau film, le réalisateur mexicain dévoile la liaison tourmentée entre Jennifer, une Américaine mondaine et philanthrope, et Fernando, son amant, un danseur étoile mexicain rencontré par le biais de sa fondation.
Secrète, mais terriblement passionnelle, cette relation va être bouleversée quand le jeune artiste incarné par Isaac Hernández décide de quitter illégalement le Mexique afin de rejoindre sa compagne aux États-Unis. En traversant la frontière, le danseur espère trouver la sécurité, le réconfort et, par-dessus tout, l’amour. Mais, rapidement, Fernando va se heurter à la froideur de Jennifer, soucieuse de garder sa relation secrète et de ne rien sacrifier de la vie qu’elle s’est construite.

La Belle et le Clochard ?
C’est le point de départ du nouveau long-métrage de Michel Franco (Nouvel ordre, Sundown…) dans lequel le réalisateur montre, presque de façon anthropologique, la collision de deux mondes. Deux existences qui fusionnent de façon électrique et sensuelle dans l’intimité, mais qui se révèlent désastreuses aux yeux du monde. Car la société tout entière fait peser son poids et ses diktats sur cette « Belle » et ce « Clochard » des temps modernes.
Différentes classes sociales, différentes origines, différentes langues… Si tout nous laisse croire que la romance pourra échapper aux obstacles de la société, l’ère trumpienne, les rafles de l’ICE (la police de l’immigration américaine) et les illusions perdues de Jennifer vont précipiter la séparation du couple, jusqu’à l’irréparable.
En filmant ce duo volcanique, Michel Franco donne non seulement à voir en filigrane l’Amérique dans ce qu’elle a de plus raciste et de malsain, mais il dynamite surtout la figure des amants en exposant les vices, les tromperies ainsi que les mécanismes de domination de ses personnages.
Le cinéaste dessine ainsi les contours d’une relation toxique et filme, par la même occasion, l’écroulement du rêve américain de Fernando. Toutefois, Michel Franco bâtit cette démonstration par petites touches. Grâce une mise en scène presque minimaliste, des dialogues précis, des jeux de regards, le réalisateur construit son film lentement, jouant sans arrêt avec les impressions des spectateurs.

Point d’orgue de cette évolution : le climax final dans lequel Michel Franco déjoue toutes nos attentes sur la violence du couple. Dans sa dernière partie, le film prend même des airs de huis clos malaisant, voire de long-métrage de vengeance brutal et malsain qui renverse les dynamiques de pouvoir.
L’importance des corps
Et au milieu, la danse. Les séquences de spectacle et de répétition apparaissent comme de vraies respirations dans un film étouffant de bout en bout de par sa démonstration et les thèmes qu’il aborde. Grâce à ces séquences, le réalisateur donne à voir la beauté des corps et du mouvement. Même chose dans les scènes d’intimité entre Jennifer et Fernando. Leurs interprètes n’hésitent pas à se mettre à nu alors que le réalisateur filme avec sensualité et naturalisme leurs ébats ; peut-être seuls véritables moments où Fernando et Jennifer ne font qu’un.
Toutefois, la beauté de leurs corps ne pourra jamais faire oublier la violence du film. En offrant une vision duelle de ses personnages, avec en filigrane la brutalité contemporaine de l’Amérique, Michel Franco donne à voir un long-métrage complexe et dense – mais jamais incompréhensible –, à la fois politique et intime. Jessica Chastain y délivre une prestation aussi subtile qu’habitée. Face à elle, la révélation : Isaac Hernandez est terriblement fascinant.