À l’occasion de la sortie du deuxième volume de son projet, Les dernières histoires d’amour de St Graal et de son double CD, L’Éclaireur a rencontré l’un des artistes à surveiller de près en 2026.
Il fait très froid, on s’est retrouvé dans un café de Montmartre avec Léo. Ça aurait pu être l’heure de l’apéro, mais non, c’était plutôt plaid et tisane au programme. Originaire d’Angoulême, St Graal est un jeune auteur, compositeur, interprète qui casse tous les compteurs. Plus jeune, pour tromper l’ennui, il commence par reprendre à la guitare ses morceaux de rock fétiches, avant d’arpenter les couloirs du Conservatoire, où il étudie même l’opéra et le chant lyrique. La musique devient pour lui un espace d’expérimentation et de transformation. Vers 19 ans, Léo se réinvente sous le nom de St Graal. À 27 ans, il affirme aujourd’hui une identité artistique à contre-courant, grunge, nourrie par une remise en question permanente des normes de genre et des codes sociaux.
Très vite, il est propulsé dans la lumière avec le titre Les dauphins, avant d’être couronné du Prix du public aux Inouïs du Printemps de Bourges, en 2022. Dans ses chansons, il raconte autant l’amour que la construction de soi, sa masculinité, sa bisexualité, ses failles et même des expériences de vie plus douloureuses… Ses chansons sont des cris du cœur qui touchent là où ça fait mal, mais aussi là où ça fait du bien.

Avec Les extraordinaires histoires d’amour, puis Les dernières histoires d’amour, St Graal signe un diptyque intime, aux confidences sans filtre, aux accents rock, pop et électro. Plus qu’un simple récit sentimental, sa musique dessine la quête d’un jeune homme qui déconstruit les modèles et codes hérités pour en inventer de nouveaux, plus fluides, plus honnêtes, plus actuels. À l’occasion de cette tisane, St Graal nous parle d’amour, de genre, de son rapport à la scène, mais aussi de son univers. Autant de choses qui l’ont aidé à devenir pleinement lui-même.
Vous êtes originaire d’Angoulême et vous allez bientôt vous produire à l’Olympia. Qu’est-ce que ça vous fait ?
Je suis trop content. L’Olympia, je ne l’avais pas forcément en tête comme une case à cocher sur une checklist. Pour moi, l’essentiel, c’est de faire des concerts. C’est vraiment ce qui me transporte le plus.
Justement, est-ce que vous aviez une checklist, plus jeune, de ce que vous vouliez accomplir ?
Quand j’étais petit, mon objectif, c’était de devenir intermittent. J’avais dit à ma mère que je voulais être chanteur, et elle m’avait expliqué que, pour ça, il fallait être intermittent. Je ne savais pas vraiment ce que cela voulait dire. Du coup, au collège, quand les profs demandaient ce qu’on voulait faire plus tard, je répondais “intermittent”. Dans ma tête, intermittent égal chanteur. Ce que je voulais, c’était vivre des aventures, toucher les gens. Et ça me paraissait déjà fou.
Vous avez un style rock, pop et électro et, pourtant, vous venez d’une formation très classique au départ.
Oui. À Angoulême, il n’y avait pas vraiment de cours de chant, à part le Conservatoire, avec des cours d’opéra et de chant lyrique. J’en ai fait pendant quatre ans. Ça m’a énormément appris, notamment sur la respiration, le souffle, la posture du bassin.
Même si je n’avais pas un timbre fait pour l’opéra, c’est un apprentissage très technique qui m’a quand même beaucoup appris. J’avais d’autres références et inspirations qui ont façonné ensuite ma musique.

Avez-vous toujours vu la musique comme un métier ?
Non, à la base j’ai fait des études pour devenir aide-soignant, puis j’ai travaillé comme aide médico-psychologique pendant cinq ans, auprès de personnes en situation de handicap, physique ou mental. C’est un métier de soin, qui m’a beaucoup appris et fait devenir encore plus sensible. Même si je l’étais déjà à la base, ce métier m’a aidé à vraiment garder les pieds sur terre. Ce sont des métiers qui façonnent. Ça m’a permis de prendre conscience de notre immense privilège : pouvoir vivre sans handicap, pouvoir faire tout ce qu’on fait. Et de relativiser aussi les coups durs.
Venez-vous d’une famille de musiciens ou d’artistes ?
Pas du tout, mais ils sont très mélomanes. Mon père écoute beaucoup de métal, du néo-métal, des choses assez extrêmes, mais aussi du rap et même des artistes français un peu absurdes. Ma mère a des goûts très variés aussi : ça peut aller des Beatles à Bob Marley, de M à Barbara. J’ai grandi dans une vraie culture musicale. Même s’ils ne pratiquaient pas eux-mêmes, j’étais bercé par la musique, et mes parents sont quelque part des artistes en herbe. Tous les deux m’ont beaucoup soutenu dans mon projet. Ils m’ont aussi poussé à faire une formation et un diplôme qui me plaisait pour avoir un filet de sécurité. Aujourd’hui, je suis très heureux de ce que je fais. Je n’ai pas forcément envie de grandeur absolue, de remplir 40 Zéniths. Je trouve déjà incroyable de pouvoir vivre de ce que je fais, de kiffer le présent. Je suis très fier de mon équipe et de tout ce que l’on construit petit à petit tous ensemble. Ça me va comme ça.
« Pour moi, le genre n’a pas d’intérêt central dans l’amour. »
St Graal
Dans votre image et dans vos textes, vous vous moquez souvent des notions de masculinité et de genre. Quelle place cela occupe-t-il pour vous ?
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais, dans mes chansons, la personne à qui je parle n’est jamais genrée. De base, je suis bisexuel, ou plutôt pansexuel, mais je dis bi pour simplifier. J’aime qui j’aime, sans me poser de questions. Pour être honnête, je ne réfléchis pas vraiment au genre. Je parle de moi, de mes expériences. Si je parle d’une fille, puis d’un garçon juste après, c’est naturel, je n’y pense pas, c’est comme ça. C’est d’ailleurs le thème du titre Les garçons et les filles. J’ai volontairement mis deux opposés pour montrer ça. Pour moi, le genre n’a pas d’intérêt central dans l’amour. Je m’attache aux personnes.
« Ouais, j’ai peur des garçons et des filles, des sentiments fragiles, cachés sous mon pull-over, c’est game over. »
St GraalChanson Les garçons et les filles
D’ailleurs, c’est quoi l’amour selon St Graal ?
Je ne me reconnaissais pas trop dans les chansons d’amour actuelles. J’avais envie d’écrire sur ce que je connaissais vraiment, sur ce que j’ai vécu. Mais s’il y a une histoire d’amour qui peut toutes les guider, c’est l’amour de soi. Je le dis souvent en concert : s’aimer soi-même, c’est l’une des plus belles histoires d’amour qu’on puisse vivre. Et je trouve ça très dur d’aimer quelqu’un si on ne s’aime pas un minimum soi-même. Bien s’aimer, ça aide à régir toutes ses histoires d’amour après, c’est essentiel.
Vous abordez aussi le désamour, parfois de façon très frontale, notamment dans une chanson très dure qui s’intitule Arnica.
Oui, cette chanson parle d’une agression que j’ai subie très jeune. L’écriture de ce texte a été une forme de médicament, de thérapie, pour moi. C’était très intense, mais aussi un exutoire. Le deuxième volet du projet, Les dernières histoires d’amour, parle beaucoup de reconstruction après une rupture. On passe par des phases rudes : les relations toxiques, l’excès de fêtes, le besoin de se prouver des choses… Et puis, peu à peu, on se reconstruit. Il y a aussi quelque chose de très lumineux dans les ruptures, on n’y pense pas, mais, souvent, une rupture c’est aussi pour le mieux.
Y a-t-il une chanson de ce projet qui vous tient particulièrement à cœur ?
Je dirais Contre-soirée. Musicalement, j’en suis très fier. Et surtout, ça parle de ces soirées où je me travestissais pour plaire, où je n’étais pas moi-même. Jusqu’au moment où tu comprends que ça ne rime à rien, que t’es pas à ta place et pas toi-même. On ne dirait pas, mais je suis quelqu’un de très timide. Aujourd’hui, je n’ai plus envie de plaire à qui que ce soit. Mes vrais liens, je les ai créés sur la route, en tournée, avec mon équipe, avec mes collaborations, avec Théa, Elodie Charmensat, Ilan, Margaux Jaudinaud, avec ma famille musicale et artistique.
Le Contre Soirée Tour de St Graal continue dans toute la France, et passera le 26 mars 2027 à l’Olympia.