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La famille Houellebecq

17 janvier 2022

L’instant Lire à la Fnac : le rendez-vous de toutes les littératures à ne pas manquer. Baptiste Liger, directeur de la rédaction du magazine Lire, partage ses conseils de lecture. En ce début d’année, rencontrons la famille Houellebecq !

La galaxie Houellebecq

Baptiste Liger : « C’est l’évènement de ce début d’année, la parution du nouveau roman de Michel HouellebecqAnéantir. Mais derrière le nom Houellebecq, il y a une véritable constellation, pour ne pas dire une famille. Explications et illustrations.

On peut juger de la grandeur ou, tout du moins, de l’importance immédiate d’un écrivain à sa capacité à s’entourer, malgré lui ou pas, d’un certain nombre d’auteurs aux obsessions très variées mais qui sont proches de lui. Et c’est le cas, c’est le moins que l’on puisse dire, de l’auteur d’Extension du domaine de la lutte, des Particules élémentaires ou bien encore d’Anéantir.

Parmi les membres de cette galaxie, il y a, tout d’abord, ceux dont les romans s’ancrent clairement dans le sillon Houellebecq. Et s’il n’y en avait qu’un ce serait certainement lui, Patrice Jean, auquel on doit notamment L’Homme surnuméraire, un livre un petit peu culte dans un milieu de bibliophiles avec des héros masculins, dépressifs et malheureux qui ressemblent beaucoup aux personnages masculins chers à Michel Houellebecq. Petit scoop, Patrice Jean fera son retour en librairie dès le mois d’Avril. On en reparlera peut-être.

Il y a aussi tous ces auteurs que le Droopy de la littérature française a choisi d’aider, de parrainer. Ainsi, lors de la précédente rentrée littéraire, on a pu lire quelques mots signés Houellebecq sur la couverture du roman de Marin de ViryL’Arche de mésalliance.

Mais s’il y a bien un nom que Michel Houellebecq a défendu bec et ongles, c’est sans nul doute Pierre Mérot, l’auteur de Mammifères, qui avait eu le prix de Flore il y a quelques années et dont vient de paraître le nouveau roman, une sorte de récit épistolaire et amoureux intitulé Pars, oublie et sois heureuse, soit la relation très compliquée entre un prof sexagénaire et sa jeune collègue.

On n’oubliera pas les observateurs de la France contemporaine qui scrutent l’Hexagone et la société française jusque dans le moindre détail. Dans le domaine de la fiction, citons Aurélien Bellanger, auteur de La Théorie de l’information qui avait d’ailleurs, il y a quelques années, signé un essai sur Michel Houellebecq intitulé, si ma mémoire est bonne, Houellebecq, écrivain romantique.

Et, rayon sciences humaines, comment ne pas voir une grande proximité de regard entre Michel Houellebecq et les travaux très sérieux de Jérôme Fourquet que l’on voit beaucoup sur les plateaux télé. Lisez absolument L’Archipel Français, c’est évident, ou bien encore La France sous nos yeux dont on avait parlé récemment dans l’Instant Lire.

Et les femmes dans tout ça ? Me direz-vous. On ne va pas se mentir, les thèmes et obsessions de Michel Houellebecq restent désespérément masculins, ça c’est une chose entendue.

Toutefois, il a de véritables disciples féminines assumées et revendiquées, telles Solange Bied-Charreton que l’on avait repérée il y a quelques années avec les romans Enjoy et Nous sommes jeunes et fiers. Elle vient de faire paraître un essai très étrange sur le métro, Paris sous la terre, aux forts accents Houellebecqiens.

Mais aussi, Agathe Novak-Lechevalier, maître de conférence en littérature, s’il vous plaît, nous offre une étude étonnante et passionnante consacrée à l’œuvre de l’auteur de PlateformeHouellebecq, l’art de la consolation. Et, comme ce titre l’indique, elle ne se focalise pas du tout sur le côté sombre, noir, désespérant de Houellebecq, mais au contraire, elle nous montre que peut-être, à travers la lecture de ses œuvres, on peut trouver une sorte de joie, de vision positive du monde, ou bien encore une sorte de manière d’atteindre le bonheur.

Houellebecq comme moteur de développement personnel, il fallait y penser.

Anéantir de Michel Houellebecq

Gardez d’ailleurs cette thèse dans un petit coin de votre tête lorsque vous vous plongerez dans les quelque 700 pages d’Anéantir qui est porté par des thèmes très lourds comme la vieillesse, la mort, une société en déclin, le terrorisme aussi, mais qui malgré tout est baigné dans cet élément un petit peu inédit, en tout cas de manière aussi explicite chez Houellebecq, qu’est l’amour.

Michel Houellebecq, écrivain de l’amour, incroyable mais vrai. De quoi nous donner envie d’appeler Michel Houellebecq par ce petit sobriquet que certains utilisent dans le privé, Michou. Michou pour Michel Houellebecq, ça lui va au fond tellement bien. »

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