Critique

En attendant Bojangles : adaptation en demi-teinte d’un succès littéraire

10 janvier 2022
Par Marie Pénicaut
Romain Duris et Virginia Efira dans <i>En attendant Bojangles</i> de Régis Roinsard.
Romain Duris et Virginia Efira dans En attendant Bojangles de Régis Roinsard. ©Roger Arpajou/Curiosa Films

Après Populaire (2012) et Les Traducteurs (2020), Régis Roinsard porte à l’écran le roman à succès d’Olivier Bourdeaut vendu à plus de 300 000 exemplaires et récompensé par de nombreux prix littéraires.

Fin des années 1950, quelque part sur la Côte d’Azur. Georges (Romain Duris) et Camille (Virginie Efira) se rencontrent à un cocktail guindé, et tombent follement amoureux au premier regard. Aussi fantasques l’un que l’autre et bien décidés à se moquer des conventions sociales et de la réalité, ils dansent, font la fête, imaginent les plus délirantes des histoires – pour le plus grand plaisir de leurs amis et de Gary, leur fils de dix ans. Mais l’extravagance de Camille dévoile bientôt la réalité des troubles mentaux dont elle souffre.

« On n’échappe pas à la réalité »

            Le ton léger de la comédie rétro s’essouffle ainsi rapidement pour laisser place au drame. Mais là où le roman d’Olivier Bourdeaut faisait preuve de finesse, de légèreté et de poésie dans son traitement de la question sensible des troubles mentaux, le film de Régis Roinsard peine à ne pas tomber dans le pathos. On regrette qu’il sorte littéralement les violons, alors que Georges s’applique à suivre Camille dans toutes les extravagances de ses phases maniaques et à la soutenir du mieux qu’il peut dans ses phases dépressives. La deuxième partie enchaîne les scènes difficiles à regarder, tant on se sent impuissants face à la souffrance de Camille – et plus globalement face à l’absence de prises en charge adaptées des personnes atteintes de pathologies psychiques – particulièrement des femmes dans les années 1960.

Le roman d’Olivier Bourdeaut émerveillait par sa prose burlesque et légère, et grâce à l’adoption du point de vue narratif enfantin et malicieux de Gary sur la maladie de sa mère – qui n’est pas sans rappeler le merveilleux La vie devant soi (Mercure de France, 1975) de Romain Gary et le langage fleuri de Momo, son personnage principal. Mais est-il possible de rendre fidèlement cette poésie des mots à l’écran ? Le long métrage de Régis Roinsard y échoue en tout cas, faisant par là écho à l’adaptation décevante, en 2013, de L’écume des jours (Gallimard, 1947) de Boris Vian par le réalisateur Michel Gondry. Et si on salue l’éblouissante performance de Virginia Efira, époustouflante de justesse, on en vient à se demander s’il ne vaudrait pas mieux laisser les histoires intransposables là où elles devraient être, et rester : sur nos étagères et dans nos imaginaires.

Coup de projecteur sur les troubles mentaux

Si En attendant Bojangles a le mérite de visibiliser la question encore très taboue des troubles psychiques, en l’absence d’une pluralité de représentations, le risque est de venir renforcer les stéréotypes vus et revus à l’écran – de Fight Club (1999) à Shutter Island (2010)et qui contribuent à la stigmatisation des malades. Le film met cependant en lumière la souffrance que génèrent ces maladies pour les proches, particulièrement lorsque la prise en charge est inexistante ou inadaptée. Pour répondre à ce problème, l’Union nationale des familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam) a été créée dès 1963. L’association accompagne les familles et l’entourage de personnes vivant avec des troubles psychiques par un accueil de proximité géré par des bénévoles, un service national d’écoute téléphonique, des formations gratuites et la mise à dispositions d’une multitude de ressources sur le sujet.

En attendant Bojangles, de Régis Roinsard, avec Virginia Efira et Romain Duris. 2h05. En salles depuis le 05/01/2022.

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Article rédigé par
Marie Pénicaut
Marie Pénicaut
Journaliste