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Trois questions à Clara Dupont-Monod, lauréate du Prix Goncourt des lycéens 2021

25 novembre 2021
Par Sophie Benard
Trois questions à Clara Dupont-Monod, lauréate du Prix Goncourt des lycéens 2021
©Olivier Roller

Le dernier roman de Clara Dupont-Monod, S’adapter, vient d’être récompensé du Prix Goncourt des Lycéens, ce jeudi 25 novembre.

S’adapter (Stock) faisait partie de la dernière sélection du Prix Goncourt des Lycéens, face à Soleil Amer de Lilia Hassaine (Gallimard), La carte postale (Grasset) d’Anne Berest, S’il n’en reste qu’une (Grasset) de Patrice Franceschi et Le Voyage dans l’Est (Flammarion) de Christine Angot.

Véritable déclaration d’amour à la fratrie, S’adapter fait le récit de l’arrivée d’un enfant lourdement handicapé dans une famille. Clara Dupont-Monod s’est inspirée de sa propre histoire pour raconter l’ébranlement d’une famille face au handicap, et le chemin vers l’adaptation de chacun à cet enfant « inadapté ».

Tout juste lauréate du Prix Goncourt des Lycéens – créé par la Fnac et le Ministère de l’Éducation nationale, de la jeunesse et des sports – c’est une Clara Dupont-Monod rieuse bien que fatiguée qui a accepté de répondre à nos questions.

S’adapter, de Clara Dupont-Monod (Stock, 2021)

Comment décririez-vous votre texte à celles et ceux qui ne l’auraient pas encore lu ?

Ah ! Alors, c’est un peu difficile… Disons que c’est : la naissance d’un enfant handicapé racontée par sa fratrie et par les pierres de la maison. Ce qui m’intéressait particulièrement, dans le fait de raconter cette histoire, c’était le thème de la fratrie – d’abord parce que c’est un thème assez peu exploité littérairement parlant, mais aussi parce que dans une fratrie, un même événement n’est jamais vécu de la même façon par celles et ceux qui la composent, selon la place qu’ils occupent dans cette fratrie. La place dans la fratrie détermine beaucoup de choses, en fait.

Quelle signification revêt pour vous le Prix Goncourt des lycéens ?

Chaque prix a sa particularité et sa spécificité, bien sûr. S’adapter parle de l’adolescence, dans cette fratrie, et d’une adolescence assez isolée, en réalité. Gagner le prix Goncourt des lycéens, pour moi, c’est comme si plein d’adolescents avaient voulu dire à mes personnages : « on vous accepte, vous n’aviez pas d’amis, mais nous voilà ». Je ressens quelque chose de l’ordre de l’inclusion. C’est un livre sur la différence, et choisir ce livre, c’est une façon de dire que la différence ne leur pose pas de souci ; non seulement ils la choisissent, mais ils décident de l’aimer. Et ça, ça montre un lien à ce qui est a-normé que je trouve vraiment très beau, très poignant.

La dernière sélection du Prix Goncourt des lycéens comportait cinq ouvrages, dont quatre écrits par des femmes ; est-ce selon vous le signe d’une avancée, dans le milieu littéraire ? Les lycéens sont-ils moins rétrogrades que d’autres jurys ?

J’espère qu’ils ont d’abord couronné un texte ! C’est surtout le sujet du livre qui marque une avancée, à mon avis. Dans S’adapter, il y a non seulement une prise de risque littéraire – de faire parler les pierres par exemple, de choisir une histoire si particulière – mais il y a surtout cette réalité de la fratrie face à la différence. Et je pense que ce n’est pas anodin que cette jeunesse décide de se tourner résolument vers ce qui est inadapté, parce que c’est une façon de dire en creux qu’on l’est tous, inadapté. Et puis, s’il faut s’adapter à l’inadapté, c’est qui le plus inadapté, en fait ? C’est très touchant pour moi qu’ils aient compris ça.

S’adapter de Clara Dupont-Monod (Stock) – 200 pages – 18,50€ – Paru le 25/08/2021

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Article rédigé par
Sophie Benard
Sophie Benard
Journaliste