Critique

 Elvis, de Baz Luhrmann : (presque) fabuleux !

20 juin 2022
Par Erick Grisel
 Elvis, de Baz Luhrmann : (presque) fabuleux !
©Warner Bros.

Ce biopic fait revivre, dans toute sa splendeur, le roi du rock’n’roll. Mais, malgré la magie de ses images et la divine interprétation d’Austin Butler, il ne convainc pas tout à fait…

Ses « wriggling » faisaient chavirer les foules. Elvis Presley fut la première idole masculine au sex-appeal assumé à une époque où la ligue pour la vertu s’offusquait de toute représentation sexuelle sur scène ou à l’écran. « Si Dieu t’a donné ce physique et ce talent, c’est qu’il n’y a rien d’immoral là-dedans », dit la mère d’Elvis à son fiston dans le film, à l’issue d’un concert où il se fait arrêter pour indécence. Cette explosion de sensualité dans le monde ultraconservateur des États-Unis des années 1950, le réalisateur Baz Luhrmann en fait son affaire, filmant son interprète principal, dans les premières scènes de concert, à hauteur de bassin. Et elles pulsent, elles scintillent, elles en mettent plein les yeux, ces scènes de concerts ! Jamais lyp-sinc n’a jamais été aussi bien exécuté : Rami Malek dans le biopic sur Freddy Mercury et Renée Zellweger dans celui sur Judy Garland sont ainsi détrônés.

Naissance d’une star : Austin Butler

Avec son visage poupin à la Justin Bieber, l’acteur Austin Butler n’était peut-être pas physiquement le choix idéal, au départ, pour incarner Elvis. Des stars telles que Harry Styles ou Miles Teller, d’abord pressentis pour le rôle, avaient sans doute plus de traits en commun avec l’idole rock’n’roll. À voir Austin Butler s’approcher du micro dans les premières scènes du film, on se dit que cela va être compliqué. Et c’est là tout le talent de Baz Luhrmann : il nous met dans la peau du premier public d’Elvis, nous fait douter avant de nous transporter. Car la performance d’Austin est sidérante. Alors, certes, l’investissement d’un comédien dans son rôle est un argument promotionnel rebattu, mais il prend tout son sens avec cette anecdote racontée par Baz Luhrmann lors du dernier Festival de Cannes : « C’est juste avant de commencer la promotion du film que j’ai réalisé qu’Austin n’avait pas dans la vie le même accent du sud qu’Elvis. »

Austin Butler : un mimétisme sidérant avec l’idole qui a bluffé Priscilla Presley elle-même.©Warner Bros

Pas d’Elvis sans la musique noire

C’est l’autre réussite du film : replacer la carrière du King dans le contexte historique d’une époque où le racisme transpirait. « Cet homme se conduit comme un noir », s’exclame à un moment, outré, un détracteur du chanteur. On l’avait oublié : c’est au contact de B.B. King, Little Richard ou Big Mama Thornton qu’Elvis a peaufiné son talent. Et qu’on ne compte pas sur Baz Luhrmann pour nous livrer tels quels les grands classiques du rockeur. Comme pour Moulin Rouge, il mélange les genres musicaux et fait intervenir une B.O. ébouriffante et éclectique, avec des artistes aussi variés qu’Eminem, Stevie Nicks ou Tame Impala. Si les premiers titres du film ont été enregistrés par Austin lui-même, ceux du final, à Las Vegas, sont le résultat d’un mariage technique entre la voix de l’acteur et celle du King. Présente à Cannes, Priscilla Presley elle-même, unique épouse du chanteur, a déclaré avoir été subjuguée par la performance de l’acteur.

Entre Elvis et son manager, le colonel Parker, une relation tordue qui débouchera sur un procès retentissant.©Warner Bros

Des rebondissements scénaristiques trop convenus

Alors, qu’est-ce qui cloche dans ce biopic de deux heures et trente-neuf minutes ? Sa longueur justement, puisque le scénario tourne en rond, usant jusqu’à la trame le canevas bien connu du biopic sur les stars déchues : un jeune surdoué devient une star, il perd son intégrité, fait un come-back puis plonge à nouveau pour ressusciter jusqu’au marasme final. On peut aussi regretter ce procédé sonore utilisé par Luhrmann pour donner du rythme à son film : comme un bruit de soufflerie, un « woof », qui, accompagné d’un mouvement de balayage de la caméra, marque le passage d’une scène à une autre. On en aurait bien pris moins.

Quant à Tom Hanks dans le rôle du Colonel Parker, le manager véreux, il aurait pu (dû ?) être la grande surprise du film. Au lieu de ça, il se contente de le traverser d’un seul bloc, visiblement congestionné par ses prothèses faciales. Et, finalement, la seule chose que l’on retient de son personnage, c’est son goitre. C’est d’autant plus dommage que les rapports troubles, quasi de domination, que Parker entretenait avec son talentueux poulain sont une partie de l’histoire du chanteur inconnue du public. Qui était vraiment Elvis ? Ployant sous sa propre flamboyance, ce biopic peine à livrer une réponse.

Elvis, de Baz Luhrmann, sortie en salles le 22 juin prochain.

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