Sélection

Daniel Balavoine : 40 ans après sa mort, ses plus belles chansons résonnent encore

12 janvier 2026
Par Manue
Daniel Balavoine : 40 ans après sa mort, ses plus belles chansons résonnent encore
©Marlyse Press Photo

Il y a quarante ans, Daniel Balavoine disparaissait dans un accident d’hélicoptère au Mali, sur les terres même de son engagement humanitaire. En à peine dix ans et huit albums, il a imprimé la chanson française de sa marque unique. En ce début d’année 2026, l’artiste est remis à l’honneur avec la sortie d’un best of, « Le meilleur de Daniel Balavoine ». De quoi se rappeler combien ce chanteur a été – et demeure – essentiel à la chanson française.

Le succès de Daniel Balavoine ne s’est pas imposé d’emblée. Avant de devenir une voix incontournable de la chanson française, l’artiste a d’abord connu l’indifférence du public. Ses deux premiers albums chez Barclay passent presque inaperçus à leur sortie. Un relatif échec commercial qui contraste pourtant avec l’ambition artistique déjà à l’œuvre, notamment sur Les aventures de Simon & Gunther. Ce disque-concept, situé dans un Berlin chargé de tensions, révèle un musicien en avance sur son temps, porté par une vision narrative et esthétique rare dans le paysage français de l’époque, et qui n’est pas sans rappeler les grandes fresques conceptuelles de David Bowie.

Si ces débuts discrets témoignent d’un artiste déjà habité par une vision forte, ce sont bien ses chansons qui feront de Daniel Balavoine une figure essentielle de la musique française, disparue bien trop tôt. Des hymnes populaires aux titres les plus intimes, retour sur les chansons qui ont forgé sa légende.

Lady Marlène – album Les aventures de Simon & Gunther (1977)

Cet album naît d’un voyage en Pologne en 1976. « Dans mon hôtel, j’ai vu des gens qui vendaient clandestinement des revues pornos. Dans les grands magasins, j’ai vu des rayons avec mille fois la même paire de gants ou le même imperméable… Ça m’a remué le cœur, je me sentais mal, j’ai eu envie de gueuler, j’ai pris le prétexte du Mur de Berlin parce que c’était la seule chose qui me paraissait concrète à ce point-là, c’est-à-dire quelque chose qui est vraiment bâti contre la liberté individuelle et qu’on peut toucher du doigt« , racontait Balavoine dans une interview.

Malheureusement, le disque, trop original et sans doute trop conceptuel pour le public français de l’époque, ne triomphe pas – et Eddie Barclay s’en énerve un peu. Il somme l’artiste de produire un album à succès, sinon au revoir.

SOS d’un terrien en détresse – album Starmania (1977)

Un certain Michel Berger est en train d’écrire une comédie musicale, Starmania, et commence à chercher ses interprètes. Avec sa compagne France Gall, il tombe sur une émission musicale où Daniel Balavoine chante Lady Marlène. Là, ils sont subjugués par la voix et l’amplitude de sa tessiture : « Quand il est entré pour chanter Lady Marlène avec un grand orchestre, nous avons eu un choc […] Il a commencé à chanter d’une voix qu’on n’avait jamais entendue, avec un timbre nouveau et une tessiture tellement large et aigüe qu’on est resté bouche bée », confiait France Gall au Parisien.

Le rôle de Johnny Rockfort devait initialement revenir à Johnny Hallyday – préférence des producteurs. Mais l’audition de Balavoine, arrivé en blouson de cuir avec un livre de la bande à Baader, inverse la tendance. Starmania a trouvé son Johnny Rockfort.

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Le Chanteur – album Le Chanteur (1978)

Avec ce titre devenu un standard de son répertoire  – et qui demeure, aujourd’hui encore, l’un de ses plus célèbres –, Balavoine, lucide et amer, chante les ambitions et les craintes d’un artiste en devenir.  

Cette chanson, pourtant devenue un succès, a connu un temps de création tumultueux. C’est en entendant un son de trompette, enregistré par erreur pendant les répétitions, qu’il trouve le fil rouge de son texte : les « trompettes de la gloire ».

Dans Le Chanteur, Balavoine incarne d’abord un artiste plein de rêves et d’ambitions, puis un chanteur à succès qui devient ringard et tombe aussitôt dans la déchéance, préférant finir malheureux. Il y dévoile toute la fugacité de ce milieu, de ce métier. 

Selon Fabien Lecœuvre, Balavoine se moque indirectement d’Eddie Barclay : « C’est parce que Barclay ne le trouvait pas beau que Balavoine avait écrit : « J’voudrais bien réussir ma vie… être beau, gagner de l’argent ! » (Balavoine, la véritable histoire, éditions du Rocher).

Le succès radiophonique puis commercial du Chanteur tient à Monique Le Marcis, programmatrice de RTL, qui le diffuse quotidiennement. Le single s’écoule à plus de 500 000 exemplaires, certifié disque d’or (le premier pour Balavoine). Et, derrière la légèreté apparente, on perçoit déjà son regard critique sur les médias et l’industrie musicale.

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Mon fils ma bataille – album Un autre monde (1980)

En écoutant cette chanson, on pourrait croire que Balavoine raconte sa propre histoire… mais non. Et c’est là toute la force d’interprétation du chanteur.

Il ne chante pas non plus le divorce de ses parents, survenu dans son enfance. C’est un film qui l’inspire, Kramer contre Kramer. Le père, joué par Dustin Hoffman, se bat pour avoir la garde de son enfant, face une justice et une mère (Meryl Streep) impitoyables.

C’est toute la douleur d’un père qu’il évoque avec force dans ce titre. Rappelons qu’à l’époque, en cas de divorce, la garde de l’enfant était principalement donnée aux mères, plus qu’aux pères. Balavoine s’empare d’un sujet sociétal fort, bien avant que celui-ci devienne un vrai débat de société. Pour écrire cette chanson, il s’appuie aussi sur le divorce de Colin Swinburne (guitariste du groupe Clin d’œil), qui s’est confié à lui.

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Je ne suis pas un héros – album Un autre monde (1980)

Je ne suis pas un héros est un énorme succès. Pourtant, cette chanson n’est pas écrite pour le chanteur – il ne devait d’ailleurs ni la chanter ni l’inscrire à son répertoire. Elle a été initialement écrite pour Johnny Hallyday (À partir de maintenant).

Lors d’une émission de radio, les deux artistes ont sympathisé : « J’ai vraiment écrit cette chanson en pensant à Johnny, à ses frasques, à sa vie … Tout m’inspire chez lui, sa rock’n’roll attitude depuis toujours, ses mots, son regard sur la musique […] J’adore cet artiste, c’est le plus grand !« , confiait Balavoine.

Pourtant, Johnny ne la sort pas en single, et le titre passe presque inaperçu – au grand dam de Balavoine. Ce dernier se la réapproprie et, ironie du sort, c’est le jackpot. Comme quoi…

Il y a quelques années, Universal décide de consacrer une belle intégrale au chanteur. Toutes les pistes sont réécoutées et remasterisées sous la supervision d’Andy Scott, le réalisateur attitré de Balavoine. En parallèle de la confection de cette intégrale, une belle découverte est faite : « En numérisant les multipistes de l’album « À partir de maintenant » de Johnny, la découverte a été faite : deux prises de voix d’Hallyday et Balavoine étaient sur la même bande 2 pouces », expliquait un communiqué.

Vivre ou survivre – album Vendeurs de larmes (1982)

Entouré de sa nouvelle équipe (même si Andy Scott reste le réalisateur), Daniel Balavoine quitte Paris pour Ibiza afin de s’isoler et d’enregistrer son album. Avec Vivre ou survivre, l’artiste prend un tournant musical, voulant démontrer qu’il n’est pas un simple chanteur de variété. Il s’engouffre alors dans la new wave encore balbutiante, sans réprimer ses pulsions rock.

Vivre ou survivre s’interroge sur la vie et ses complexités, notamment sur ces barrières qui peuvent s’ériger dans notre quête de l’amour et du bonheur. Comment ne pas être submergé par le temps, les regrets ? Comment trouver un sens à sa vie ? Ce sont toutes ces questions que le chanteur explore, nous exhortant, à chaque refrain (tel un mantra), à faire preuve d’opiniâtreté et de ténacité sur ce long fleuve intranquille. L’idée même du bonheur ne peut faire qu’écho à celle du malheur. C’est le propre de la condition humaine. Et c’est cette rage de (sur)vivre, cet optimisme rageur, que Balavoine veut transmettre.

« La seule chose dont on puisse être sûr, c’est d’être là. On ne choisit pas le moment où on arrive, le moment où on part. Si on peut un petit peu s’occuper de ce qu’il se passe entre les deux et le vivre, ne serait-ce que pour soi, le vivre avec respect et en se rendant compte qu’on a de la chance d’être là, je crois que c’est déjà le principal« , commentait le chanteur pour RTS.

Pour la femme veuve – album Loin des yeux de l’Occident (1983)

Pour son septième album, Loin des yeux de l’Occident, Balavoine est plus engagé que jamais. Les textes évoquent la torture avec Frappe avec ta tête, la drogue avec Poisson dans la cage, ou les dictatures d’Amérique du Sud avec Revolucion. Le tiers monde – comme on l’appelait à l’époque – et son lot d’injustice et de misère enragent le chanteur.

C’est sous l’angle de la femme qu’il exprime sa colère avec La femme veuve. L’artiste, que l’on sait très politisé, a pris en pleine face la misère du monde lors de son voyage en Afrique. Après sa rencontre avec l’Association Française des Volontaires pour l’Action Humanitaire (AFV), il ne peut ignorer la famine, la pauvreté et les guerres qui touchent ce continent.

À travers le portrait de trois femmes, il dénonce divers faits politiques et met en exergue le courage et la force des femmes face à la violence du monde. Il évoque la politique de l’enfant unique en Chine, qui bouleverse totalement l’équilibre démographique, et fait allusion aux camps de travail de l’URSS, aux guerres qui font rage, laissant des femmes veuves devenues, malgré elle, les seuls piliers d’une famille qu’il faut nourrir et élever dans des conditions précaires.  

Dieu que c’est beau (1984)

Ce titre, paru uniquement en 45 tours, ne figure que sur l’album live au Palais des Sports où il l’interprète (Balavoine au Palais des Sports). Daniel Balavoine a vu naître son fils. Le surgissement de la vie, la beauté d’un être qui vient au monde, les femmes qui donnent la vie : c’est cela que le chanteur acclame dans ce morceau faisant régulièrement référence à la Genèse.

Interviewé par Vita Sumus, il déclarait : « C’est une vision hollywoodienne de l’histoire d’Adam et Eve, et l’apologie du pêché sexuel, comme ça ceux qui n’auront pas compris le texte, là le comprendront. C’est une chanson là-dessus avec des tours et des détours. Quand je veux.« 

Dans les chœurs, on entend Frida, membre du groupe ABBA, et Kirsty MacColl, chanteuse britannique qui a collaboré avec les Pogues, les Smiths, etc.

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Tous les cris, les SOS – album Sauver l’amour (1985)

Oscillant entre espoir et désillusion, Tous les cris, les SOS explore la détresse humaine, inspiré d’un voyage en Afrique de Balavoine, confronté à la misère humaine, juste devant ses yeux.

La métaphore de la bouteille à la mer qui revient sans cesse à celui qui l’a lancée et qui se fracasse sur les rochers, évoque la souffrance et la solitude. La chanson aurait été écrite sur les rives du Loch Ness. Qui d’autre aurait pu donner à ce titre sa puissance émotionnelle ? Seul Balavoine, avec sa tessiture vocale et ses envolées.

Outre la beauté du texte et de l’interprétation, il faut noter le sens de l’innovation du bonhomme. Le musicien est passionné de technologie, et celle-ci fait d’énormes avancées à cette époque. Balavoine utilise ici un Fairlight CMI IIx, premier échantillonneur numérique et pionnier de la MAO, permettant d’apposer tout un échantillonnage de sons (sifflements de trains, crissements de pneus, cloches, grelots…).

En plus de son Yamaha DX7, d’une batterie électronique et de percussions africaines, Tous les cris, les SOS varie entre pop synthétique et world music. En 2022, un sondage IFOP la classe à la sixième place des chansons préférées des Français – et c’est largement mérité. Lui, le fan de la pop anglaise, tel Peter Gabriel, arrive à son niveau.

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L’Aziza – album Sauver l’amour (1985)

Sauver l’amour est son plus grand succès commercial, mais aussi son dernier album. Sorti fin 1985, Balavoine ne pourra le défendre que quelques semaines avant sa disparition. Outre le titre éponyme de l’album, on retient bien sûr L’Aziza – un terme signifiant « tout ce qui est cher », « chérie », en arabe. Cette Aziza, c’est Corinne, sa compagne juive marocaine, et future mère de son second enfant.

Balavoine s’attaque de manière originale au racisme, un sujet qui le fait bouillir et qu’il ne comprend pas. Dans les années 80, les tensions, la crise et les fractures communautaires font rage, tandis que les idées du Front National séduisent. De l’autre côté, SOS Racisme lutte. Au milieu, il y a Balavoine et L’Aziza.

« Ce qui me gêne dans SOS Racisme, c’est de chercher à faire croire aux gens qu’on peut mélanger les races sans qu’il y ait le moindre problème. Or, ce qui fait la beauté des races, c’est leur différence. Il y a un énorme fossé entre les races, mais il faut apprendre à le franchir. J’aime les Arabes, ce sont des gens fantastiques qui ont souvent bien plus de dignité que ceux qui en parlent de manière assez écœurante », confiait l’artiste à Paris Match.

SOS Racisme donnera le prix de la Chanson anti-raciste à L’Aziza, mais pour Balavoine, elle n’est pas un pamphlet contre le racisme : c’est une ode à la mixité culturelle, au respect de l’autre (dans sa religion, dans ses origines culturelles) et à la tolérance.

Peu d’artistes ont su si intelligemment pousser des coups de gueule, essayer d’éveiller les esprits à un certain humanisme, bousculer les politiques de tous bords, et surtout mêler paroles et actions. Peu d’artistes ont eu sa droiture.

Peu d’entre eux ont construit une carrière si riche en si peu de temps. Peu ont su traverser les époques et les générations avec leurs hymnes, à la fois coups de griffes et coups de poing, mais aussi et surtout avec leurs invitations à sauver l’amour – un amour et une tolérance qui sont déjà exsangues à l’époque.

Voici ce que disait François Mitterrand, alors Président de la République française, à propos de Daniel Balavoine : « J’ai d’abord apprécié le chanteur de la colère, et de la tendresse, qui avait su trouver des mots et des sons en accord avec les sentiments de la jeunesse de son temps. J’ai ensuite rencontré et apprécié le révolté et l’homme de cœur, celui qui avait mis toute sa notoriété au service de la plus grande cause, celle de la justice et de la lutte contre la faim dans le monde. La jeunesse de France n’oubliera pas de sitôt celui qui lui a donné une si grande leçon de vie en allant au bout de ses passions. » (Paroles et musique n° 66, juin 1987)

Que dire de plus, à part vous inviter à vous replonger dans l’œuvre de cet artiste exceptionnel. En seulement dix ans, Balavoine a créé un patrimoine musical riche de textes et de musiques qui marquent les esprits et les époques. Quarante ans plus tard, l’histoire n’étant qu’un bis, re-bis, re-re-bis, repetita, elle trouve encore un écho dans notre société.

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Article rédigé par
Manue
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