Chaque mois de janvier apporte son lot de sorties en format poche, mais derrière les têtes d’affiche se cachent des romans peu connus, souvent absents des meilleures ventes. Ce sont ces ouvrages passés sous les radars, mais non moins surprenants et passionnants, que nous avons choisi de remettre en lumière. Parmi eux se trouvent de gros coups de cœur personnels. Des pépites à glisser dans toutes les poches, prêtes à vous révéler leur beauté.
Le Harem du roi – Djaïli Amadou Amal (J’ai Lu)
Publiée initialement aux éditions Emmanuelle Collas, vous avez peut-être connu Djaïli Amadou Amal avec son roman Les Impatientes, pour lequel elle avait obtenu le prix Goncourt des lyçéens en 2020. Elle revient avec Le Harem du roi qui met en scène la façon dont l’ambition, le pouvoir et les traditions viennent briser une histoire d’amour. Boussoura et Seini forment un couple moderne et équilibré vivant à Yaoundé au Cameroun, jusqu’à ce que Seini soit rattrapé par son héritage : fils de roi, il doit devenir lamido, c’est‑à‑dire garant des coutumes. Il devient alors polygame et se constitue un harem sous les yeux effarés de sa femme Boussoura. Lieu de servitudes et de rivalités féminines, le harem est un moyen pour l’autrice de dénoncer le poids d’un patriacrcat oppressant dans cette région d’Afrique de l’Ouest. Porté par une écriture engagée, le livre offre un miroir saisissant des traditions qui emprisonnent les femmes et interroge, avec une grande sensibilité, le prix à payer pour le pouvoir.
Du côté sauvage – Tiffany McDaniel (Totem)
Arc et Daffy, jumelles rousses, naissent à une minute d’intervalle. Elevées dans un environnement instable, marqué par la pauvreté, la drogue et la violence familiale, elles se réfugient dans un monde imaginaire nourri par les récits de leur grand‑mère. Pourtant, les fantômes du passé les poursuivent. Adulte, Arc lutte toujours avec ses souvenirs lorsqu’on découvre le corps d’une femme noyée dans la rivière. Bientôt, les cadavres s’accumulent. Arc devra peu à peu se rendre à l’évidence : tenir la promesse qu’elle a faite à Daffy de les protéger des puissants remous « Du côté sauvage« de l’existence se révèle impossible. Un roman d’une force sombre, où Tiffany McDaniel, connue pour son premier roman Betty, explore avec une intensité poétique la vie de deux sœurs prises au piège des traumatismes familiaux et d’une communauté rongée par la violence. Sa plume lyrique éclaire même les passages les plus rugueux, rendant le roman à la fois éprouvant et inoubliable.
Les Nuits blanches et autres nouvelles – Dostoïevski (Points)
Depuis deux ans, l’auteur russe mondialement connu Fiodor Dostoïevski connaît un succès retentissant sur les réseaux sociaux. Porté par la jeune génération, ses livres cumulent des millions de vues. Une renaissance pour cet écrivain considéré comme un monument de la littérature. Cette surprenante prouesse provient de l’engouement d’un livre en particulier : Les Nuits blanches. Ce court roman narrant une histoire d’amour impossible, aussi brève qu’intense, touche un public attiré par les histoires romantiques et mélancoliques. Les éditions Points ont la bonne idée de rééditer ce chef d’oeuvre de la littérature sentimentale dans une très belle édition accompagné de deux autres nouvelles : Le Rêve d’un homme ridicule et Le Sous-sol. Une belle porte d’entrée dans l’oeuvre de cet auteur qui s’offre ainsi une nouvelle vie.
L’Agrafe – Maryline Desbiolles (J’ai Lu)
Dans un style virevoltant, Maryline Desbiolles nous raconte l’histoire d’une jeune fille qui court. Elle aime tant courir pour se sentir libre comme le vent qu’on la surnomme « l’athlète ». Mais un jour un chien la mord au péroné, un os de la jambe qu’on surnomme aussi l’agrafe. Boîteuse, elle continuera de courir comme elle peut, mais cet handicap va également l’obliger à plonger dans son passé. Le propriétaire aurait pu en effet retenir son chien. Pour se justifier il invoque le fait que son animal « n’aime pas les Arabes ». Un argument fallacieux et lâche qui introduit habilement la question du racisme et particulièrement la condition des harkis. L’Agrafe est un roman surprenant et plein de vie, tout en étant très actuel et passionnant.
Amiante – Sébastien Dulude (J’ai Lu)
Sébastien Dulude propose un premier roman d’une grande sensibilité, où l’amitié entre deux enfants se déploie sur fond de paysages miniers aussi toxiques que synonymes de terrains de jeu. La beauté de l’été et de l’innocence y est constamment menacée par la violence sociale et familiale, tapie sous la poussière d’amiante. Porté par une langue poétique et incarnée, Amiante capte avec justesse ce moment fragile où l’enfance se fissure et se transforme pour entrer dans l’âge adulte. Un roman poignant, à la fois lumineux et mélancolique. Une belle découverte.
Les Stripteaseuses ont toujours besoin de conseils juridiques – Iain Levison (Liana Levi)
Grâce à un humour corrosif qui fait mouche et ne lâche jamais sa cible, Iain Levison signe une satire aussi drôle qu’acérée du système judiciaire américain. Un avocat commis d’office est embarqué dans un contrat aussi lucratif que douteux pour devenir conseiller. Avec un titre comme Les Stripteaseuses ont toujours besoin de conseils juridiques , on se doute que ce plan en cache un autre, bien plus répréhensible : une descente dans les zones grises de la loi, où intérêts économiques, corruption et hypocrisie institutionnelle se croisent. Le roman alterne entre suspense, ironie mordante et observation lucide des mécanismes de pouvoir. On rit, jaune parfois, mais on en redemande. Un vrai coup de coeur !
Le Tumulte et l’Oubli – Timothée Demeillers (Asphalte)
Les Sudètes, terre de fractures et de convoitises, deviennent, sous la plume de Timothée Demeillers, le théâtre où se fracassent les ambitions de domination du XXᵉ siècle. De 1938 à nos jours, Le Tumulte et l’Oubli ravive les mémoires et refuse l’effacement de cette région étroite à la frontière germano-tchèque. En donnant chair à l’Histoire à travers des personnages bouleversants, l’auteur compose une impressionnante fresque permettant de mieux comprendre les ruptures encore visibles en Europe centrale aujourd’hui. Le roman est inspiré de l’histoire familiale de l’auteur, notamment celle de sa grand-mère, Allemande des Sudètes expulsée après la guerre. Un roman puissant qui, au-delà du passé, nous alerte avec acuité sur notre actualité brûlante.
Retour à Belfast – Michael Magee (Le Livre de Poche)
On s’attache immédiatement à Sean, de retour dans sa ville natale après ses études, confronté à une Belfast où les accords de paix, vingt‑cinq ans plus tard, n’ont pas effacé les cicatrices du conflit. Sa jeunesse bute contre le chômage et le déterminisme social, cherchant l’oubli dans les addictions. Un roman réaliste et percutant, qui capte avec justesse l’héritage d’une violence encore à l’œuvre. Porté par une écriture sèche et nerveuse, Retour à Belfast frappe par sa finesse et sa lucidité, sans jamais céder au misérabilisme. Michael Magee écrit un premier roman juste et émouvant, traversé par une fragile lueur d’espoir.
Le Lit clos – Sophie Brocas (J’ai Lu)
Le Lit clos de Sophie Brocas se déroule à Douarnenez en 1924, lors de la grande grève des ouvrières des sardineries. Le roman suit Rose et Louise, deux femmes engagées dans ce combat contre les conditions de travail injustes. Dans l’élan de la grève, elles vivent une histoire d’amour, rendue possible par ce moment de liberté. Mais une fois le mouvement terminé, les traditions sociales et religieuses les séparent. Le roman montre la force du combat féminin et la fragilité des libertés conquises. Magnifiée par cet amour entre deux femmes, on accroche vite à cette fluide et belle histoire de lutte pour la dignité et la liberté de toutes les femmes.
Uvaspina – Monica Acito (10/18)
Uvaspina est le surnom de Carmine, un garçon sensible et marginalisé qui grandit dans une famille napolitaine instable, dominée par une mère théâtrale et un père distant. Lié à sa sœur Minuccia par une relation à la fois fusionnelle et cruelle, il cherche à comprendre qui il est dans un environnement familial et social oppressant. À travers son parcours, le roman explore la construction de l’identité, la violence des liens familiaux et le poids d’une Naples aussi fascinante qu’étouffante. Des quartiers populaires aux palais de la ville, Monica Acito met en scène la passion dans une langue brûlante. Un premier roman charnel tout en grâce, cruauté, tendresse et âpreté.