Révélé avec son album « Réparer », le chanteur The Doug cultive une écriture brute et sensible, nourrie par son enfance à Clermont-Ferrand et ses débuts dans le rap. Après une session acoustique bouleversante à l’Hyper Weekend Festival en début d’année, il revient pour nous sur son parcours, ses influences – de Elliott Smith à Kurt Cobain – et sa volonté de faire de la musique pour (se) faire du bien.
« C’était très émouvant. C’est peut-être le concert où j’ai eu le plus d’émotions depuis longtemps« . Quelques jours après sa Session intime donnée dans le cadre de l’Hyper Weekend Festival de Radio France, en partenariat avec la Fnac, The Doug peine encore à redescendre. Sur scène, le jeune chanteur originaire de Clermont-Ferrand, auteur du délicat album Réparer (2024), offrait un beau moment suspendu, magnifié par l’apparition surprise de la chanteuse Marguerite.
Passé par le rap, The Doug a depuis façonné un univers singulier, entre poésie du quotidien, désillusions et voix à fleur de peau. Nous avons papoté avec cette révélation francophone à suivre de très près.
Comment te présenterais-tu à quelqu’un qui te te connaîtrait pas encore ?
Je suis un chanteur né à Clermont-Ferrand en 2000. Mon nom de scène vient d’un ami de mon frère qui s’appelait Douglas, un Écossais. Quand j’étais petit, je trouvais ce prénom trop stylé, donc je lui ai un peu « volé ».
Au départ, je ne savais pas si j’allais faire de la musique en anglais ou en français, si je serais dans un groupe ou en solo. J’ai donc choisi un nom de groupe en anglais, alors qu’au final je fais de la musique seul et en français. C’est resté comme un personnage : The Doug. Et aujourd’hui, beaucoup de gens continuent de m’appeler comme ça.
En quoi Clermont-Ferrand a-t-elle influencé ta musique et ton parcours ?
Je pense que ça m’a influencé dans tout. Maintenant que je n’habite plus là-bas, j’arrive mieux à prendre du recul. Clermont, ce n’est pas une très grande ville comme Paris, Lyon ou Marseille. C’est une ville industrielle, marquée par Michelin, avec beaucoup de quartiers d’ouvriers. Il y a aussi une ambiance assez sombre, avec la pierre de Volvic et des bâtiments assez ternes.
Pour moi, c’est toute mon enfance. C’est une ville un peu perdue au milieu d’une campagne qui est elle-même assez vide. J’ai aussi grandi dans les alentours chez mes grands-parents. On ne ressent pas les choses de la même manière quand on grandit là-bas que quand on vit dans une grande ville.
Cette atmosphère nourrit-elle une forme de mélancolie ?
Oui, sûrement. Ce n’est pas forcément la joie tout le temps. Aujourd’hui j’adore y retourner, mais quand on est ado, on traîne un peu sans but, on erre. Il n’y a pas énormément d’activités. Je pense que ça m’a construit d’une certaine manière.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire de la musique ?
J’ai toujours chanté, depuis que je sais parler. Je chantais partout et tout le temps, ce qui devait être un peu pénible pour mes parents. Mais j’ai eu la chance qu’ils ne me disent jamais de me taire.
Mon frère a aussi joué un rôle : il voulait une guitare et a demandé à ma mère de lui en acheter une. Par mimétisme, j’ai voulu faire pareil. Donc j’ai commencé à chanter et à jouer de la guitare. Au lycée, j’ai commencé à rapper et à écrire mes premiers textes. J’avais besoin d’écrire. J’ai donc mélangé les trois : le chant, la guitare et le rap.
Justement, comment le rap est-il entré dans ta vie ?
C’était la musique du moment quand je suis arrivé au lycée, à la fin des années 2010. Je voyais des mecs rapper avec une enceinte, se mettre en cercle et improviser. Ça m’a donné envie d’essayer. Mais moi, j’écrivais sur ma guitare plutôt que sur des « type beats ». Sans vraiment connaître les accords, je jouais déjà des accords mineurs et des choses assez tristes.
Y a-t-il des rappeurs ou rappeuses qui t’ont particulièrement influencé ?
J’aimais beaucoup le rappeur Népal. J’écoutais aussi beaucoup de rap américain, des groupes comme Mobb Deep ou des artistes plus récents comme XXXTentacion. J’aimais bien Panama Bende, et je suis un grand fan de Limsa. Mais j’écoutais aussi beaucoup d’autres choses : du rock, de la techno, de l’électro… Je ne me suis jamais limité à un seul style.

On associe parfois le rap à quelque chose de dur ou de violent. Toi, tu arrives avec une guitare et une écriture assez poétique.
Je n’ai jamais voulu être un « bad boy », même quand je faisais du rap. À l’époque, il y avait un peu cette mode d’être « crédible », mais ce n’était pas mon truc. J’écrivais sur mon quotidien et je n’allais pas inventer une vie.
Ce qui m’attirait dans le rap, c’était surtout la technique d’écriture. Au début, je faisais souvent des structures couplet-refrain, avec un couplet rappé et un refrain chanté. Et ça me plaisait déjà beaucoup de composer des refrains.
Comment décrirais-tu ta musique à quelqu’un qui ne t’a jamais écouté ?
Je dirais que c’est d’abord ma voix, des mélodies assez ouvertes, avec des textes assez durs et très bruts.
Aujourd’hui, tu te vois plutôt comme chanteur ou rappeur ?
Je pense chanteur, à 100 %. Le rap, ce n’est pas seulement une manière de placer sa voix, c’est toute une esthétique et une culture. Par respect pour ça, je préfère dire que je suis chanteur, même si je viens du rap.
Ton album s’appelle Réparer. Réparer quoi au juste ?
Me réparer moi-même, déjà. Réparer les autres aussi, essayer de faire du bien. C’est aussi le nom de la chanson que je préfère sur l’album.
Je vois cet album comme quelque chose de transitoire, une sorte de clôture du début de ma carrière. Et ce qui me touche, c’est que beaucoup de gens me disent que cet album les aide. Ils m’écrivent ou viennent me voir après les concerts pour me dire qu’il résonne avec ce qu’ils vivent.
Quelles sont tes plus grandes inspirations artistiques ?
Dans la musique, mes deux grandes idoles sont Elliott Smith et Kurt Cobain. Ils n’ont pas très bien fini, malheureusement (Elliott Smith est mort en 2003 à l’âge de 34 ans, de deux coups de couteau portés à la poitrine et Kurt Cobain s’est suicidé en 1994 à l’âge de 27 ans– Ndlr)… mais j’adore leur manière de composer et leurs chansons si fortes.
Au cinéma, mon genre préféré reste le documentaire. J’aime bien dépeindre les choses de manière brute, sans trop de poésie. Pour moi, le beau, c’est le vrai.
Y a-t-il un documentaire récent qui t’a particulièrement marqué ?
Oui, Children Underground d’Edet Belzberg, sorti en 2001. Ça suit des enfants qui vivent dans le métro à Bucarest, en Roumanie, dans les années 1990. Ils vivent entre eux et se débrouillent comme ils peuvent. Le film montre une réalité très dure, mais aussi quelque chose de très beau dans leurs relations et leur humanité. Très touchant.
Tu travailles déjà sur la suite ?
Oui, je travaille sur le prochain album. J’ai déjà quelques chansons et j’ai aussi un nouveau label, donc il fallait faire la transition. J’espère pouvoir sortir quelque chose peut-être cette année.
Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?
J’aime beaucoup l’album de Turnstile, Never Enough, j’adore la chanteuse Nilüfer Yanya, et j’écoute pas mal de rock anglais et américain. J’attends avec impatience ce que va sortir le groupe irlandais Fontaines D.C. Je suis allé les voir en concert à Belfast pour la dernière date de leur tournée. C’était incroyable.