Elle était danseuse en Australie, la voici devenue reine de la nuit à Paris. Portée par des missiles électro taillés pour le dancefloor, Sam Quealy dévoile « Jawbreaker », un nouvel album où disco, new wave et technopop s’entrechoquent. Alors que son concert du 6 mars à La Cigale affiche complet depuis des mois, rencontre avec cette artiste flamboyante et joyeusement politique.
Perruques XXL, looks de Barbie punk et nappes de synthés : Sam Quealy ne fait jamais dans la demi-mesure. L’artiste australienne s’est construit un personnage de diva aussi théâtrale qu’irrésistible. Propulsée par le tube Watch Me Now en 2023 – extrait de son premier album Blonde Venus – la voici de retour avec un nouvel album, Jawbreaker. Alors qu’elle mettra le feu à la scène de la Cigale ce 6 mars, elle revient sur son parcours, ses influences et cette envie de faire bouger les corps.
Tu as commencé comme danseuse à Sydney avant de devenir une artiste pop qui fait salle comble à Paris. Comment cette transition s’est-elle faite ?
J’ai commencé la danse très jeune, presque dès que j’ai su marcher. Je faisais du ballet de manière très intensive — je dormais même en grand écart ! J’étais complètement obsédée par l’entraînement. Plus tard, je suis devenue danseuse professionnelle, mais je faisais aussi de la musique et du théâtre en parallèle. J’ai étudié dans une école d’arts de la scène où nous travaillions ces trois disciplines, et je pense que c’est très évident dans mon projet actuel : je combine naturellement musique, danse et théâtre.
Quand je suis arrivée à Paris, c’était pour travailler au Paradis Latin. J’adorais l’expérience de showgirl, l’énergie de la scène et le glamour, mais je ne me sentais pas totalement accomplie créativement. Je continuais à écrire des chansons, mais surtout pour le plaisir. Puis est arrivée la pandémie, ce moment de bascule que beaucoup ont vécu. J’ai décidé de lancer mon projet musical officiel.
La « Technopop Princess », c’est à la fois un personnage et moi. La danse est omniprésente dans mes clips et sur scène, et même dans ma façon de composer : je pense toujours au personnage et à la performance. Mon travail est très visuel et scénique, et cela influence totalement la création musicale.
A quoi a ressemblé ton enfance en Australie ?
Très différente de Paris ! J’ai grandi dans une petite ville balnéaire, dans une culture très tournée vers le surf et le sport. Dans ma famille, il y a une vraie tradition liée au sauvetage en mer et au club de montagne – mon grand-père et mon père ont été présidents de leur club respectif. Mais moi, j’étais déjà obsédée par la scène et la musique. J’avais besoin de m’exprimer autrement que par le sport ou le surf.
J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont soutenue et donné énormément de confiance. Ils m’ont toujours dit que je pouvais tout faire. Je suis peut-être même trop confiante aujourd’hui !
Je suis partie d’Australie à 18 ans, après un spectacle à Hong Kong. Je savais que je devais voir le monde. À Paris, j’ai été profondément inspirée par la culture, les musées, la vie nocturne. Je me suis impliquée dans la scène voguing, j’allais aux balls, je dansais dans des clubs, je rencontrais plein de gens différents… Passer d’une petite ville isolée en Australie à Paris, carrefour culturel international, a été un choc créatif immense.
Pourquoi avoir choisi la France en particulier ?
Je suis venue à Paris pour son incroyable énergie. C’est une ville qui a une histoire très forte et une aura folle. Nous avons enregistré l’album Jawbreaker au Studio Ferber, où Serge Gainsbourg a travaillé. En jouant du piano là-bas, je voyais les traces de cigarettes sur les instruments, et c’est très inspirant de sentir la mémoire de ces grands artistes qui ont été là avant moi.
Pourquoi le titre de ce nouvel album, Jawbreaker ?
Un « jawbreaker », c’est un bonbon dur à l’extérieur mais sucré à l’intérieur. L’album reflète exactement ça : une façade badass, pleine de confiance et d’énergie, mais un cœur plus sensible et sincère. J’y montre une facette plus personnelle, même si je garde toujours cette énergie « je-m’en-fous » à l’extérieur.
Musicalement, qu’est-ce qui différencie ce nouvel album du précédent ?
Le premier album, Blonde Venus, était très eurodance, hyperpop, très rythmé et direct. Le second est plus influencé par la new wave des années 80 et le disco. J’ai beaucoup écouté ABBA et je me suis inspirée de cordes disco, de lignes de basse funky et de rythmiques post-disco pour créer une atmosphère à la fois nostalgique et moderne. C’est mon interprétation personnelle de ces genres.
Tu collabores avec Marlon Magnée du groupe La Femme. Comment est née cette rencontre ?
On s’est rencontrés via un ami commun, un directeur artistique. À l’origine, nous devions juste faire un single ensemble, mais la connexion créative était tellement fluide que nous avons finalement travaillé sur deux albums. Il est incroyable aux claviers et très inventif, et j’adore sa manière de jouer. Tout s’est fait très organiquement, et c’est pour moi la meilleure façon de créer de la musique.
Tu composes pour le dancefloor. Testes-tu tes morceaux en club ?
Oui, j’ai déjà testé certains titres lors d’un DJ set à New York. C’est important de voir comment les gens réagissent, ce qui fonctionne sur le corps, et de pouvoir ajuster les mixes. C’est aussi un moment fun, où l’on ressent immédiatement l’énergie des morceaux.
Tu joues beaucoup avec l’esthétique « camp ». D’où te vient ce goût pour l’exubérance ?
J’adore les extrêmes. Tout est « trop » : le BPM trop rapide, les cheveux trop volumineux… J’aime la caricature de la féminité, un peu à la manière des drag queens. La culture drag m’inspire énormément, parce qu’elle assume la féminité de façon exagérée et joyeuse. Dans un monde parfois sombre, je veux offrir un projet qui soit une échappatoire, quelque chose de fun et de lumineux.
Quelles références visuelles ont nourri cet album ?
Il y a une forte influence du cinéma giallo des années 70, très stylisé et horrifique. La chanson Londontown a une atmosphère à la Gaspar Noé, intense et chaotique, avec une énergie de fête débridée. By My Side, le duo avec Marlon Magnée, s’inspire de Don’t Go Breaking My Heart d’Elton John et de la dynamique call-and-response en studio. Chaque morceau a son univers, mais l’album reste cohérent visuellement et soniquement.

Tu cites parmi tes inspirations des figures comme Marlene Dietrich, Jessica Rabbit ou Wonder Woman. Pourquoi ces icônes ?
Parce qu’elles ne s’excusent pas d’exister. Marlene Dietrich portait un costume pour homme dans les années 30, ce qui était un scandale, mais elle était puissante et assumée. Jessica Rabbit et Wonder Woman incarnent cette même assurance, sans compromis, et j’adore ça.
On pense à Amanda Lear, Debbie Harry ou Madonna en t’écoutant. T’ont-elles influencée ?
J’adore Amanda Lear pour son aura et sa voix grave. Madonna est évidemment la reine de la pop, le blueprint de tout artiste pop. Debbie Harry m’inspire pour son mélange de glamour et de rock. J’ajouterais aussi David Bowie, le performer australien Leigh Bowery et la chanteuse punk-new wave allemande Nina Hagen parmi mes influences.
Te considères-tu comme une artiste politique ?
Oui, d’une certaine manière. Je suis très liée à la communauté queer. À chaque concert, nous brandissons le drapeau trans pendant le titre Valentine. C’est essentiel pour moi de montrer mon soutien aux droits LGBTQ+. Mon projet parle d’acceptation de soi et de liberté, sans excuses, et cela résonne fortement avec cette communauté.
Quelle chanson du nouvel album te représente le plus ?
C’est difficile de n’en choisir qu’une ! Mais j’aime beaucoup Londontown et Strings of Terror. Ce sont celles qui reflètent le mieux mon énergie et ma sensibilité.
Y a-t-il des artistes australiens que tu recommanderais d’ajouter à nos playlists ?
J’adore Amyl and the Sniffers, la chanteuse Amy est incroyable et le groupe dégage une énergie punk très brute. J’aime aussi le groupe INXS, un classique toujours efficace et inspirant.
Et pour faire la fête, quel album serait ton must ?
Daft Punk. Ça marche à tous les coups, tout le monde adore, c’est universel pour faire danser et mettre l’ambiance.