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Mort de Willie Colón : pourquoi il faut (re)découvrir le maître de la salsa new-yorkaise

09 mars 2026
Par Christophe Augros
Mort de Willie Colón : pourquoi il faut (re)découvrir le maître de la salsa new-yorkaise
©Deezer

Avec onze Grammy Awards à son actif, le légendaire Willie Colón, figure emblématique de la salsa, compositeur visionnaire et tromboniste au talent indéniable, s’est éteint le 21 février 2026 à l’âge de 75 ans. Mais comment ce fils du Bronx est-il devenu l’un des artistes les plus influents de la musique latino-américaine ? Portrait d’un immense musicien.

Né dans le quartier du Bronx à New York de parents portoricains, Willie Colón a toujours baigné dans la musique. Il joue d’abord de la trompette à l’âge de douze ans, puis se dirige vers le trombone vers quatorze ans. En 1967, il signe ses premiers enregistrements sur un petit label qui fera rapidement faillite.

C’est alors qu’il rejoint la maison de disques Fania Records, fondée par Johnny Pacheco, future référence du son latin à New York. 

Aux sources de la Fania et de la salsa new-yorkaise

Au sein de la maison de disques, il enregistre avec Héctor Lavoe deux albums majeurs : Lo Mato et Guisando. Cette musique urbaine, à la fois rythmée et jazzy, conquiert un large public durant les années 1970 et 1980. Lavoe restera son chanteur jusqu’au milieu des années 1970 avant de s’éloigner pour des raisons personnelles.

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Grâce à cette génération d’artistes, la salsa new-yorkaise s’impose comme un genre à part entière de la musique latine. La ville devient un foyer de création intense, redonnant fierté et visibilité à la communauté portoricaine qui, dès les années 1960, avait façonné un style singulier. Une expression artistique qui devient aussi un puissant facteur d’unité.

Influencée par le latin-jazz et le mambo des décennies 1940 et 1950, leur musique propose une alternative au rock de Santana et à une pop s’appropriant les sonorités latines. Ici, l’affirmation des racines afro-caribéennes est centrale. Sous l’impulsion de Johnny Pacheco et de Jerry Masucci, Fania dépasse rapidement le simple cadre musical pour revêtir une dimension culturelle, puis politique. Et Colón puisera durablement dans cet héritage.

Le concert de la Fania All Stars au Yankee Stadium en 1973 demeure culte – très grand moment de salsa. D’autres figures essentielles  participent à cet essor, tels Ray Barretto, Joe Bataan, Eddie Palmieri

Rubén Blades, la rencontre décisive

En 1969, Willie Colón et Rubén Blades se rencontrent dans les coulisses d’un concert au Panama. Six ans plus tard, ils décident d’entamer une première collaboration. Alors qu’il travaille sur son album The Good The Bad, The Ugly, Colón sélectionne la chanson El Cazanguero de Blades et l’invite à l’interpréter. La réussite commerciale est telle que ce dernier devient son chanteur officiel, succédant à Lavoe.

En 1977, Metiendo Mano marque l’année. Puis, en 1978, Siembra – référence incontournable du catalogue Fania – atteint les sommets des ventes et s’impose comme un classique du genre. Mais les tensions entre Blades et Jerry Masucci (président du label) détériorent l’équilibre du duo, qui finit par enregistrer séparément. Individuellement, ils ne retrouveront jamais l’impact de leurs œuvres communes.

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En 1982, Willie Colón obtient un Grammy pour le disque Canciones del Solar de los Aburridos, un retour au premier plan partagé avec Blades, porté par trois superbes titres dont Tiburón, Ligia Elena et Te Están Buscando. Par la suite, ils continueront à collaborer régulièrement, en studio comme sur scène.

Un musicien instruit et engagé

Dès 1975, Willie Colón approfondit sa formation en musicologie, composition et orchestration. Cette solide préparation lui permet d’occuper rapidement des postes-clés dans l’industrie musicale. En 1978, il est nommé musicien, producteur et tromboniste de l’année.

Trois ans plus tard, les professionnels des musiques latines aux États-Unis le consacrent musicien de l’année. Son album Fantasmas figure également parmi les meilleures productions de son époque.

Son savoir-faire, son éducation et sa polyvalence séduisent autant le public que ses pairs. Parmi les opus marquants de cette période figurent Solo (1979) et Doble Energía (1980). En 1981, un moment historique pour toute l’Amérique latine se produit : Willie Colón enregistre avec la diva Celia Cruz le fameux Celia & Willie. Leur alchimie fonctionne à merveille, faisant écho à ces duos mythiques qui ont marqué l’histoire d’autres genres, comme Marvin Gaye et Diana Ross côté soul ou Louis Armstrong et Ella Fitzgerald côté jazz.

En parallèle, il s’investit massivement en politique à partir des années 1990. En 1992, il propose sa candidature pour entrer au Congrès américain. En 2001, il se présente pour le poste d’avocat public de la ville de New York – sans succès – avant de devenir conseiller du maire Michael Bloomberg, représentant de la communauté latino au sein de la municipalité.

En 2012 et 2013, il s’exprimera avec vigueur sur les réseaux sociaux contre l’élection d’Hugo Chávez, puis Nicolás Maduro au Venezuela, preuve que l’héritage militant des années Fania continue de l’animer.

Dernières années et postérité artistique

Il est aujourd’hui admis que l’âge d’or de la salsa américaine – de New York à Miami – s’achève au début des années 1990. La trajectoire de Willie Colón suit cette évolution. Ses albums Color Americano (1990) et Honray Cultura (1991), enregistrés avec son nouveau groupe Legal Alien, reçoivent un accueil honorable. Son but est alors clair : lancer une nouvelle génération d’artistes pour assurer la relève.

En 1993, il publie Hecho En Puerto Rico avec d’anciens membres des Fania All Stars. Si le public fidèle répond présent, la jeunesse se tourne vers le hip-hop. Les salles restent pleines, mais les ventes déclinent.

En 2015, le magazine Billboard le désigne artiste latino le plus influent de tous les temps. Trois ans plus tard, le musicien publie son autobiographie et lance son propre label, Willie Colón Presents.

Pionnier de la salsa, ardent défenseur de la communauté latino new-yorkaise, il demeure un modèle culturel pour toute l’Amérique latine.

Article rédigé par
Christophe Augros
Christophe Augros
Disquaire à Fnac Chambéry
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