Entretien

Inspirations pop, spiritualité et résistance poétique : Mika fait le point

02 février 2026
Par Catherine Rochon
Inspirations pop, spiritualité et résistance poétique : Mika fait le point
©Universal

Trois ans après un disque chanté intégralement en français, Mika revient à l’anglais avec « Hyperlove », un album electro pop lumineux et ultra-efficace qui interroge notre rapport aux autres à l’ère du virtuel. Entre questionnements existentiels et prescriptions musicales, le chanteur se confie.

Lorsque nous le rejoignons en backstage après une séance de dédicaces à la Fnac des Ternes, Mika croule sous les cadeaux. Bouquets de fleurs, peluches, lettres… Le dandy libano-britannique est incontestablement populaire, comme en témoigne la cohorte de fans qui l’attendent à la sortie, à côté de son taxi. Il faut dire que Mika est sur tous les fronts. Juré dans The Voice, engagements (il a par exemple été le parrain du Téléthon en 2024), il met sa notoriété au service des autres, tout en restant l’artiste solaire et flamboyant que l’on connaît.

Trois ans après son album Que ta tête fleurisse toujours, il présente un septième album, Hyperlove, sorti le 23 janvier dernier. Une ode à la passion ? Plutôt un album de transition, qui navigue entre euphorie et introspection, sur lequel Mika parle de nostalgie, désir et liberté sur des nappes de synthés rétro-futuristes et des sonorités qui le racontent intensément. 

Nous avons parlé avec lui de son mood actuel, de ses inspirations et de l’inspiration pop ultime. Rien que ça. 

Tu as appelé ton album Hyperlove. En quoi diffère-t-il de ce que tu as exploré dans tes précédents disques ?

Il y a le mot « love », évidemment, mais ce qui est drôle, c’est que je ne suis pas du tout à la recherche de l’amour au sens romantique, ni du romantisme dans cet album. C’est plutôt une quête de l’âme, un état des lieux de mon propre état d’esprit.

Je me demande : est-ce que j’ai encore la liberté d’esprit que j’avais avant ? Est-ce que mon âme est libre ? Est-ce que j’ai un cœur intense mais léger ? Tout ça me permet de mieux comprendre le monde autour de moi, mais aussi les relations et les liens invisibles qui se créent avec les autres.

C’est une forme de « reset » personnel, pour me donner les meilleures bases possibles pour les années à venir. J’aime ces albums de transition, où l’on suit l’instinct sans penser aux conséquences ni aux codes commerciaux.

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On y perçoit parfois une forme de vibration douce-amère, presque de pessimisme… 

Je ne dirais pas pessimiste, plutôt réaliste, vu les temps qui courent. Comme une forme de résistance poétique face à certaines situations du monde que je n’aime pas.

Dire qu’on n’aime pas quelque chose, l’exprimer de façon éloquente, c’est déjà une manière de résister. Répondre poétiquement permet aussi d’imaginer un futur différent, ou au moins de le questionner. Donc non, ce n’est pas négatif : c’est lucide.

Est-ce que c’est l’amour romantique, familial ou spirituel qui t’a le plus inspiré ?

Plutôt la spiritualité.

Tu es croyant ?

J’ai la foi, mais je ne suis pas pratiquant. Et je ne suis pas très mystique non plus. Je me rends compte que ça peut sembler contradictoire d’écrire une chanson qui s’appelle Immortal Love, qui parle de l’âme éternelle, tout en disant que je ne suis pas mystique. Mais pour moi, c’est totalement cohérent.

Ça offre une perspective plus large, une vision à long terme, sans forcément passer par le mysticisme.

À quel point ton parcours multiculturel se retrouve-t-il dans la texture musicale de l’album ?

C’est la définition même du son de l’album. Il y a une ouverture à l’électronique, des chœurs, des touches orientales, un côté anglo-saxon, parfois plus latin dans les harmonies.

Ce mélange sert ce que je raconte, sans être enfermé dans un style précis. Je ne m’impose aucune contrainte sonore. Je viens de la musique classique, j’écris des chansons pop, mais je considère ma pop comme alternative.

Ces contrastes enrichissent la palette sonore, ce sont des parfums, des textures qui me définissent. Je ne veux pas me restreindre.

Quels albums pourraient être les parents spirituels de la pop intense d’Hyperlove ?

Je me suis beaucoup inspiré d’artistes qui ont fait des albums dans le vide, sans penser aux conséquences.

Il y a toute la musique classique et expérimentale, de John Cage à Steve Reich, en passant par Laurie Anderson. Ensuite, l’immensité et le côté rêveur des productions de Trevor Horn, que l’on retrouve chez Grace Jones ou sur Welcome to the Pleasuredome de Frankie Goes to Hollywood.

Et puis, dans la manière dont la voix dialogue avec les textures sonores, je dirais Talking Heads et David Byrne. Si je devais résumer : c’est joyeusement libre. Libéré, et libérateur.

Tu sembles critique vis-à-vis de la standardisation des albums à l’ère du streaming…

Oui, j’ai l’impression qu’il y a une réduction des palettes sonores aujourd’hui. Je ne comprends pas pourquoi on se limite, alors que le numérique permet justement de faire rêver encore plus.

Streamer un album ne veut pas dire faire six titres. Au contraire ! On peut imaginer différentes versions de disques, des albums longs, riches, généreux.

Tes pochettes sont toujours très travaillées. Quelles influences ont nourri l’univers visuel de l’album Hyperlove ?

Je me suis surtout inspiré de l’écriture. D’un journaliste en particulier : Hunter S. Thompson. Il avait ce regard dystopique, drôle, vif, provocateur. Il a écrit Las Vegas Parano et collaborait avec le magazine Rolling Stone. Je me suis demandé à quoi ressemblerait une pochette d’album si Hunter S. Thompson en était l’auteur.

 Mika-hyperlove

On sait que tu es boulimique de musique. Quelles sont tes dernières grandes découvertes ?

Cameron Winter, le chanteur du groupe Geese, qui a sorti un album solo. Il est incroyable, totalement sans filtre et il n’a que 23 ans. J’attends vraiment de le voir en solo, parce que son expression artistique me fascine. C’est ce qui m’inspire le plus en ce moment.

Le vinyle est redevenu l’objet roi. Quelle pépite recommanderais-tu pour faire découvrir la pop à quelqu’un ?

Pandemonium Shadow Show de Harry Nilsson, sorti en 1967. Un album qui n’a pas marché à sa sortie, mais qui a redéfini la pop. Il est devenu l’artiste préféré des Beatles, les a profondément inspirés, et a influencé la pop mélodique et psychédélique pour les décennies suivantes. Un disque qui n’a pas seulement marqué cinq ans de musique, mais quarante. Incontournable !

Article rédigé par
Catherine Rochon
Catherine Rochon
Responsable éditoriale
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