Décryptage

Game Pass Explorer #3 : Dordogne

23 janvier 2024
Par Valentin Boulet
Game Pass Explorer #3 : Dordogne
©Fnac

Le Game Pass, c’est aussi l’occasion de se pencher sur ces jeux qui retiennent souvent notre attention à l’occasion de leur présentation, et dont la sortie est ensuite invisibilisée par l’enchainement des blockbusters. Mais ce catalogue regorge de pépites, à condition de l’explorer un peu. Ce mois-ci, on s’intéresse à Dordogne.

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Et si on soufflait un peu, en 2024 ? L’année 2023, exceptionnelle par bien des aspects, n’aura laissé que peu de place aux productions plus modestes et aux jeux indépendants. Et même si les hostilités ne vont pas tarder à démarrer pour cette nouvelle année, profitons de ce calme avant la tempête pour se plonger dans ces titres que l’on a aperçu de loin sans prendre le temps de les lancer. Ca tombe bien, c’est l’un des principaux avantages du catalogue Xbox Game Pass, dans lequel on peut encore trouver Dordogne.

Sorti en juin dernier, Dordogne est un petit jeu d’aventure narratif développé par le studio bordelais Un Je Ne Sais Quoi, qui avait retenu l’attention à l’occasion de son annonce pour deux raisons principales. D’abord, parce qu’il s’agit d’une production 100% française, que ce soit pour le développement ou pour l’édition. Mais aussi et surtout grâce à sa direction artistique, puisque le jeu est une succession de tableaux en peinture aquarelle, entièrement réalisés à la main par Cedric Babouche, réalisateur et directeur artistique du projet, dans lesquels on pourra se balader ou résoudre de courtes énigmes.

Mimi et mamie sont sur un bateau

Dans Dordogne, on suit le parcours de Mimi, jeune trentenaire qui vient de perdre son job, mais surtout sa grand-mère, dont elle ne parvient pas à se souvenir, puisqu’elle ne l’a pas vu depuis ses 12 ans et un été passé à ses côtés en Dordogne. A l’occasion de sa mort, elle cherche à comprendre pourquoi les liens ont été coupés, en retournant en Dordogne pour fouiller la maison avant qu’elle ne soit vidée. Son père ne veut pas qu’elle s’y rende, et on comprend vite que tout l’enjeu du scénario sera de comprendre ce qu’il s’est passé entre son père et sa grand-mère.

Alors qu’elle redécouvre la maison dans laquelle elle a passé l’été 1982, notre héroïne se replonge dans son enfance, ce qui nous donne l’occasion de l’incarner, au travers d’un gameplay qui jonglera entre la Mimi adulte, et la petite fille de 12 ans, qui a plutôt l’air d’en avoir 7 ou 8 d’ailleurs, au rythme de ses découvertes.

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Evidemment, le rapport au souvenir est un élément central du jeu, et notamment ce flou qui entoure nos souvenirs d’enfance. « J’ai l’impression de me souvenir de la vie de quelqu’un d’autre », s’étonne Mimi au détour d’une découverte. De quoi suggérer que se replonger dans sa conscience d’enfant nécessite un effort que seuls les souvenirs incarnés, par un objet, un lieu ou un son, parviennent à libérer.

C’est d’ailleurs par ces biais que se découvre la narration, au travers de vielles cassettes audio retrouvées, ou d’anciennes lettres précieusement conservées. Quelques cinématiques animées viennent aussi enrichir la mise en scène, avec des dialogues entièrement doublés en français, mais également en anglais, avec d’ailleurs quelques petits problèmes techniques qui laissent échapper un mot ou une phrase de la mauvaise langue.

Le jeu trouve surtout sa profondeur dans le rapport qu’il installe au temps, avec une lenteur qui encourage évidemment à la contemplation des décors en aquarelle, mais qui nous replonge aussi dans le rapport si différent qu’on entretient avec le temps qui passe lorsque l’on est un jeune enfant, pour qui des vacances de quelques semaines semblent durer une éternité. Un rapport au temps complètement différent de celui de jeunes parents actifs, qui offre souvent une connexion particulière avec les grands-parents. Un rapport privilégié, propice à des discussions, à des découvertes, et surtout à la curiosité.

Un jeu à lancer pour la soirée

Vous l’aurez sans doute compris, c’est davantage pour son histoire et les réflexions personnelles qu’il entraine inévitablement que Dordogne mérite d’être parcouru. Son gameplay, probablement avant tout pensé comme une couche supplémentaire au parcours contemplatif, se limite à de très simples interactions.

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Entre deux exécutions de tâches simples, se préparer un thé, se brosser les dents, qui ont néanmoins leur intérêt pour renforcer l’immersion, on prend surtout du plaisir en déplaçant notre Mimi, qu’elle soit jeune ou moins jeune, au travers des magnifiques tableaux qui servent de décors. La maison, son jardin, la rivière ou le village sont autant de sublimes représentations de la Dordogne, de sa nature et de ses couleurs.

Quelques énigmes, qui demandent toujours de faire preuve d’observation, viennent enrichir un peu l’expérience, mais sont malheureusement trop peu nombreuses. On aurait adoré en profiter un peu plus, ce qui aurait par la même occasion augmenté un peu la durée de vie du jeu, dont on voit le bout entre 3 ou 4 heures. Néanmoins, sa courte durée permet à Dordogne d’être un jeu qui ne se lance qu’une seule fois, sans avoir besoin d’y revenir, tout en restant, pour quelques jours au moins, dans un coin de notre esprit, rangé entre deux souvenirs de grands-mères ou de vacances d’été.

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Dans l’ensemble, Dordogne est une très jolie expérience, tant pour la beauté de ses décors que pour son histoire, dans laquelle chacun pourra trouver un bout de sa propre enfance ou de sa propre famille. Par les thématiques qu’il aborde, Dordogne est un jeu qui s’adresse probablement plus à des trentenaires ou à des jeunes parents, plus sensibles à l’idée de se replonger en enfance, et plus à l’aise avec la mélancolie, et les fins pas toujours heureuses.

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Article rédigé par
Valentin Boulet
Valentin Boulet
Conseiller fnac.com jeux vidéo et high tech