Entretien

Raconte-moi un dessin : Zep, Titeuf, 27 ans d’histoire

03 avril 2019
Par Pauline1

Il y a 27 ans, Zep imaginait un héros à tête d’œuf et à mèche blonde. Paraît aujourd’hui le 16e album des aventures de Titeuf, Petite Poésie des saisons, une aventure éphéméride qui fait revivre de doux souvenirs de cours de récréation. Il revient pour nous sur la genèse du personnage et sur la façon dont ce héros emblématique de la BD jeunesse a influencé sa vie.

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« Je suis un peu soumis à la torture à devoir dessiner sous vos caméras »

Zep : Je me suis dessiné moi en train de dessiner Titeuf, comme je suis un peu soumis à la torture à devoir dessiner sous vos caméras ! C’est moi, superbe, en train de dessiner un Titeuf tout pourri, qui est un dessin d’enfant, mais on l’identifie quand même parce qu’il a une mèche. En fait, c’est aussi l’avantage de ce personnage, c’est qu’il est tellement simple qu’on dessine une patate avec un trait jaune dessus, c’est Titeuf. 

« Titeuf est né en 1992 »

Titeuf est né de l’observation de la cour d’école qui était en bas de mon atelier. Je crois que c’est ce bruit, ce vacarme du préau qui a fait revenir ma propre enfance. J’avais oublié. J’avais 24 ans à l’époque, c’est revenu et je me suis rappelé de ce qu’avait été vraiment l’enfance. Il me restait quelques souvenirs entretenus par mes parents qui me racontaient des épisodes, mais les émotions de cet âge-là, je les avais un peu oubliées. J’ai eu envie de raconter ça, parce que ça me semblait être assez loin de ce que racontaient la bande dessinée et la littérature pour la jeunesse.

« Il avait une tête en forme d’œuf, je l’ai appelé Titeuf »

J’ai commencé à dessiner ce qui avait été mon quartier d’enfance, mon école, mes copains, ma maîtresse et, au moment de me dessiner, je me suis dit que j’allais avoir cette espèce de barrière de censure de l’autobiographie : j’allais pouvoir raconter 2/3 trucs, je n’aurais pas su si c’était vrai ou si c’était faux, puis je n’aurais peut-être pas assez de souvenirs, en fait… Je ne pensais pas du tout à une série quand j’ai commencé, je n’aurais pas imaginé, 25 ans après, être en train de vous raconter ça… À la place de mon personnage, j’ai dessiné ce petit bonhomme avec une mèche sur la tête que j’avais trouvé pour un autre projet quelques jours plus tôt. Il avait une tête en forme d’œuf, je l’ai appelé Titeuf, voilà.

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« Titeuf, ce ne sont pas des histoires autobiographiques »

Titeuf, c’est ma part d’enfance, mais ce ne sont pas des histoires autobiographiques. Il y en a quelques-unes dans le premier album, mais elles sont très vite épuisées. C’est plus ma faculté à me mettre dans le costume de Titeuf, et à m’imaginer enfant aujourd’hui. Je n’essaie pas de raconter des histoires comme si j’étais un adulte qui s’adresse à des enfants, mais j’essaie de tenir une sorte de journal intime d’un personnage que je ne suis pas.

« Titeuf est lié à ma manière de dessiner, à ma manière de raconter »

Mon dessin de manière générale évolue toujours, j’espère. Moi, je le ressens, mais ce n’est pas forcément spectaculaire. Je pense que sur les quatre premiers albums, Titeuf évolue. Il s’est arrondi un petit peu, il était plus pointu au début. Après, assez vite, je l’ai eu en main. C’est plus facile de faire évoluer un personnage qui est très simple qu’un personnage qui a un dessin très compliqué. Titeuf, il a tellement peu de détails. C’est un bonhomme pas très haut, avec une mèche sur la tête. Il peut être dessiné par quelqu’un d’autre, c’est toujours Titeuf… Mais il est lié à ma manière de dessiner, à ma manière de raconter.

« Si je ne le dessine pas, Titeuf me manque »

Je ne me suis pas imaginé dessinateur de série, parce que ça me semblait déjà incroyable de publier un album. Quand on m’a proposé de faire un deuxième album de Titeuf j’étais vachement content. Aujourd’hui, c’est le 15e album qui sort (À fond le slip !), je suis assez stupéfait moi-même d’en avoir fait autant. Mais j’aime bien, c’est un personnage qui m’éclate. Si je ne le dessine pas, si je ne le raconte pas, Titeuf me manque. Pendant longtemps, je me disais : est-ce que je trouverai toujours des trucs à raconter avec Titeuf ? Maintenant, je me dis : est-ce qu’un jour j’arriverai à vivre sans faire Titeuf ? Je ne suis pas sûr. Mais je ne suis pas sûr non plus que j’arriverai à raconter des histoires liées à l’enfance toute ma vie. Mais ça ne m’inquiète pas tellement, parce que, ce personnage, les lecteurs le connaissent et connaissent son univers, les personnages qui l’accompagnent. C’est assez jubilatoire aussi d’imaginer de le dessiner un jour vieux, à 90 ans, ou papa… Ça m’amusera assez de le faire, je pense.

Titeuf

« À fond le slip ! c’est Titeuf qui réagit au monde qui l’entoure »

C’est un album de gags. C’est un album de Titeuf plus traditionnel que le précédent. Le précédent, c’était une histoire longue, mais ce qui est le plus titeufien c’est un album de gags, parce que Titeuf est à un âge où on saute d’un thème à un autre tout le temps. On pose une question métaphysique à ses parents et pendant qu’ils cherchent la réponse, on demande ce qu’il y aura à bouffer le soir. Titeuf, il est là-dedans. Le nouvel album mélange des thèmes d’actualité. C’est Titeuf qui réagit au monde qui l’entoure : il y a des pages sur les attentats, sur les réseaux sociaux, sur les manifs anti-IVG, sur les questions autour d’une sexualité qui va arriver mais qui n’arrive jamais pour lui, cette adolescence qui est censée arriver, sur le mystère des filles, qui reste une des préoccupations centrales pour Titeuf… Tous ces thèmes sont mélangés et se succèdent dans l’album. Il y a des trucs importants et des trucs complètement potaches qui s’intercalent, comme dans l’enfance.

« Titeuf est plus fort que moi, j’arrive à m’effacer derrière lui »

J’essaie de rester dans la peau de mon personnage, de ne pas être un adulte qui va utiliser Titeuf pour faire passer des idées ou une espèce d’analyse d’adulte. Je pense que ce qui fait l’intérêt du personnage, c’est le fait que son émotion est enfantine. Quand je dessine une histoire où Titeuf a peur de la puberté qui arrive, au moment où je le dessine, j’ai vraiment peur de cette puberté qui arrive, alors qu’objectivement, je n’en ai plus peur ! Je pense que cet état-là est important et c’est ce qui, pour moi, fait l’intérêt du personnage, qui est un peu mystérieux. Il est plus fort que moi ce personnage, j’arrive à m’effacer derrière lui. Ce n’est pas toujours le cas. Quand on fait un personnage, il y a toujours la tentation de l’utiliser pour dire quelque chose qu’on aimerait dire nous-même, mais qu’on n’ose pas, donc on l’utilise comme porte-parole.

« Titeuf me fait régresser, mais il me fait aussi grandir »

Titeuf a des valeurs peut-être plus évidentes que moi, parce qu’elles sont liées à l’enfance où on croit des choses assez fortes. Je retrouve en fait ces choses-là d’enfance. Titeuf me fait régresser, mais il me fait aussi grandir, parce que, d’une certaine manière, il me rend plus grand que ce que je suis, parce qu’il a une opinion sur tout, comme un enfant. Il fait feu de tout bois, il est curieux de tout, il a envie de tout savoir, alors que quand on devient adulte, on accepte en fait l’absurdité de beaucoup de choses. On hausse les épaules et puis on dit « c’est comme ça, ma foi ». On perd cette curiosité aussi, qui est géniale et qui n’accepte pas de réponse qui ne tient pas debout. Et, effectivement, en tant qu’adulte, on a beaucoup de réponses qui ne tiennent pas debout.

Titeuf tome 16

Parution le 3 avril – 48 pages

Titeuf, Tome 16 : Petite Poésie des saisons, Zep (Glénat) sur Fnac.com

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