Entretien

Tina Arena : interview exclusive !!!

23 juin 2015
Par Manue
Tina Arena : interview exclusive !!!
©dr

C’est dans le très beau cadre des bords de Marne, à Nogent que nous avons eu le privilège de pouvoir partager un moment unique avec Tina Arena. A l’occasion de la sortie de son nouvel album « Love and loss », un album de reprises, nous voulions en savoir plus sur ce qui avait motivé ses choix et ce qu’elle avait bien pu faire depuis « 7 vies », son dernier album sorti en 2008. Découvrez l’artiste et aussi la femme dans une interview exclusive…

C’est dans le très beau cadre des bords de Marne, à Nogent que nous avons eu le privilège de pouvoir partager un moment unique avec Tina Arena. A l’occasion de la sortie de son nouvel album Love and loss, un album de reprises, nous voulions en savoir plus sur ce qui avait motivé ses choix et ce qu’elle avait bien pu faire depuis 7 vies, son dernier album sorti en 2008. Si vous ne connaissez pas bien Tina Arena, cette entrevue devrait rémédier à cette lacune. Découvrez une artiste hors norme et une femme spontanée, sincère, vive, intelligente et d’une gentillesse débordante. L’entrevue devait durer 30 minutes, elle a duré plus d’une heure et quart. Je tiens donc à vous remercier, ici, Tina, pour votre disponibilité et votre confiance.

tina-arena-Love-&-loss

Fnac – Vous avez sorti, en France, votre dernier album « 7 vies  » en 2008. On vous a vue dans des projets comme l’album de duos de Gérard Lenorman, les albums caritatifs des « Ricochets », les « Enfoirés« .  Qu’avez-vous donc fait entre « 7 vies » et « Love and loss » ?

Tina– Oh, plein de choses ! Je suis retournée à la télévision, il y a 4 ans, dans l’émission où j’ai commencé ma carrière, à 8 ans. Ils ont refait une saison de « Young Talent Time » et m’ont invitée à être juge. Il y avait 2 juges, moi et Chucky Clapow. Il a travaillé avec Mick Jagger et les Rolling Stones, a fait les chorégraphies de High School Musical, les 2 films pour adolescent, avec Zac Efron. Ça a duré 3 mois et demi. C’était super sympa. Ça m’a permis de me baigner, à nouveau, dans la télévision.

J’ai fait de nombreuses tournées symphoniques qui ont super bien marché en Australie.

Surtout, j’ai passé plus de temps avec ma famille. C’était un choix. C’était l’heure de rentrer, pour moi, après plus de 20 ans de voyages extraordinaires. C’était le moment de me reconnecter, de retrouver mes racines. J’ai été, pendant toutes ces années, déracinée avec toutes ces choses que j’ai vécues, même si c’était formidable et que j’ai eu une chance extraordinaire.

Je n’ai pas voulu passer à côté de la famille.  Je n’ai qu’un fils que l’univers m’a donné et ça je ne voulais absolument pas rater ce moment. C’était très, très important.

FOui, contrairement à Kylie Minogue, votre compatriote, qui est passée, sans doute, à côté de ça et qui je pense doit le regretter.

T – Ce n’est pas facile. C’est plus douloureux que ce que les gens pensent. Beaucoup plus. On en a parlé ensemble et sans rentrer dans les détails personnels, c’est une femme qui est une très belle femme avec une très belle sensibilité. On a eu toutes les deux des enfances extraordinaires. On vient de familles très présentes. Nos bases familiales sont solides et la famille est donc très importante pour nous.

F – Vous aviez envie de recréer cela avec votre fils ?

T – Est-ce que j’ai envie ? Le plus possible.  Avec toutes les contraintes d’un avenir pas simple et un monde très, très compliqué. Cela nécessite de s’impliquer et je le fais, j’essaye.

C’était l’heure aussi de réécrire, de me remettre dans la créativité.  Je suis une artiste, je suis une vraie artiste. Je m’en suis aperçue à plus de 40 ans. Ça a mis longtemps de me dire, oui c’est ça que je suis. J’ai donc fait des tournées symphoniques qui ont eu du succès. Ça commençait par quelques dates et puis les tournées s’agrandissaient. Ça m’a remise dans une configuration complexe mais très, très belle, avec beaucoup d’enjeux. Ça a été une vraie éducation pour moi et une stimulation artistique ; une stimulation artistique dont j’ai besoin malheureusement ou heureusement, ça dépend de la manière dont tu le vois. J’ai besoin de challenge sinon je m’ennuie.

Enfin, suite à la sortie de Reset en Australie, fin 2013, j’ai eu l’opportunité de participer à l’émission « Danse avec les stars » en Australie. La production m’a beaucoup, beaucoup sollicitée. Après avoir insisté, j’ai dit : « ok, tu sais quoi, d’accord je vais le faire ». Ce n’est pas quelque chose au départ que je voulais vraiment faire au fond de moi mais encore une fois, j’ai commencé mon métier à la télévision, c’est un média que je connais et le challenge était extrêmement intéressant. J’ai accepté parce que je me suis dit que j’avais quelque chose à prendre et à apprendre. C’était super dur. That’s the most challenging job, I ever had in my life !

F – Mais vous l’avez réussi et haut la main !!!

T – Je suis arrivée en finale. Qu’on soit troisième, deuxième, premier, ce n’est pas grave, le but c’est d’arriver à la fin. Au début, je n’aurais jamais pensé que j’irais aussi loin. Ça a changé des choses. Ça m’a reboostée, même spirituellement car tu deviens un athlète. Tu bascules dans un art qui prend des années de perfectionnement. J’ai un profond respect pour les gens qui font ce métier. C’est pour ça aussi que je trouve cette émission brillante. C’est pour ça qu’elle dure : it’s a brilliant show.

F – On est en 2015 et vous avez donc sorti, il y a peu « Love and loss », un album magnifique de reprises. Comment le définiriez-vous ?

T -Je le définirais comme un hommage aux artistes qui m’ont aidée à me construire comme être humain. Chaque chanson a une signification : soit le moment où la chanson est sortie, le sentiment de la chanson, la connexion de la chanson avec mon histoire, si je m’y vois moi-même.

F – Est-ce que vous pouvez pour chaque chanson nous dire pourquoi vous l’avez choisie ?

T – Ouh, je vais essayer.

F- Look of love

T – La beauté dans la simplicité d’une mélodie. Sa sensibilité.

F – I only want to be with you

TL’honnêteté de cette chanson. Je l’ai retravaillée car elle était « up tempo  » On ne s’est jamais rendu compte du texte. C’est quand je l’ai ralentie qu’elle m’a touchée profondément. C’est un sentiment basique. Il y a une poésie dans la simplicité : I only want to be with you. C’est direct et beau.

F – Do you know where you’re going to ?

T – C’est la question éternelle. Où allons-nous ? J’espère que c’est une question que l’être humain se pose.

F – Peut-être pas tous ?

T – Peut-être pas. C’est ça la beauté de la musique, permettre de prendre conscience des choses comme cette simple question ! J’espère en tout cas.

F – The windmills of your mind

T – Ah, Michel Legrand ! Un standard. Brilliant (en anglais dans le texte). Brilliant melody, brilliant lyrics, même en anglais. C’est un hommage à un auteur français qui a percé dans le monde anglophone, ce qui n’est pas facile (et vice versa). Il y a une poésie et une classe. Le moulin de mon cœur, c’est de la belle dentelle, une dentelle que tu ne peux même pas définir. Il y a une telle complexité et beauté. La refaire en bossa nova, ce n’était pas évident. C’était mon choix comme pas de mal de choses quand je fais un disque. Je m’implique dans tout, artistiquement, au niveau du son, de la production. Cette chanson, au fond de moi, je l’ai entendue en bossa nova. Je pense que j’ai bien choisi. Par contre, pour suivre le rythme, là je me suis bien flinguée. Dans le studio, je m’arrachais les cheveux et je me disais mais pourquoi j’ai choisi ça, c’est trop complexe. En même temps, je trouve tellement de joie dans la complexité. De pouvoir m’en sortir et de voir que les gens peuvent se dire, waouh, that’s cool, that’s really nice, que les français ne soient pas déçus. Michel Legrand est un monsieur comme je le disais tout à l’heure qui a percé, touché le monde anglophone avec une touche française. C’est comme les titres Comme d’habitudeAvec le temps. L’époque de ces standards était une belle époque pour la musique. Aujourd’hui, ça devient régional. Hier, c’était universel. On se partageait des artistes. Les uns reprenaient les chansons des autres. On est moins riche à cause de ça et ce, même si on a tout au bout de nos doigts. Même avec Internet, je pense qu’on reste toujours un peu moins riche. Je reste peut-être vieille école.

F – Everybreath you take

T – Summer, Sting, …. The Police, c’est sans doute l’un des groupes dans le milieu anglophone le plus important de ces 50 dernières années. Ils ont marqué la musique collectivement et Sting continue de la marquer seul. Je trouve ça d’une beauté, « Every breath you take, every move you make ». Ce personnage est quelqu’un de tellement intense dans son amour. Il est dit, dans cette chanson, des choses avec une poésie brute. Il y a comme un mystère dans ce titre. Même avec l’âge, il n’a pas vieilli. Il ne vieillira jamais, je pense.

F – Il est intemporel

T – Exactement. Il est complètement intemporel dans la sensibilité, les harmonies.  Il y a de la mélancolie, de la rage, dans cet amour de folie. C’est un tableau.

F – The man with the child in his eyes

T – C’est une référence. Vous avez Barbara, nous avons Kate Bush (rires). Bien dit ou pas (rires). Il n’y a rien à dire. Elle a un charisme indescriptible. C’est une vraie artiste. D’ailleurs, je pense qu’on abuse un peu trop du terme artiste. Tout le monde n’est pas artiste. Barbara était une artiste. Kate Bush est une artiste.

F – Vous, vous ne vous considérez pas comme une artiste ?

T – Maintenant oui, je me considère comme une artiste mais pas depuis longtemps, non. Ce n’est pas un terme que j’ai adopté facilement. Il faut le gagner, il faut travailler pour ça. You earn that tittle. Nous sommes très libéraux avec les termes qu’on emploie aujourd’hui. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être pour la facilité.

Pour revenir à Kate Bush et cette chanson, la première fois que je l’ai écoutée, j’avais 13 ans et j’ai pleuré comme une madeleine. Je ne savais pas pourquoi. Parce qu’à 13 ans, on ne comprend pas forcement les subtilités de cette chanson. Quand je pense à cette phrase «  the man with the child in his eyes », je vois Dieu. C’était presque religieux pour moi. Et pourtant je ne suis pas quelqu’un de particulièrement religieuse mais cette chanson a quelque chose de très spirituel.

F – Everybody hurts

T – C’est vrai, everybody hurts. On ne peut pas ne pas être affecté par ce texte. Il y a une telle vérité ; everybody hurts sometimes. Tout le monde a du mal. Ce thème est tellement d’actualité et ça l’est peut-être même encore plus que quand Michael Stipe l’a écrite.

 

F – Never tear us apart

T – Je connaissais Michael, une belle âme. Rendons hommage à un homme qui était toujours gentil avec moi, qui ne disait pas des conneries, qui était juste d’une honnêteté, d’une beauté, d’une simplicité dans sa complexité parce que quand tu es brillant, tu as une simplicité et aussi une complexité. C’est cette complexité qui l’a pris car il ne pouvait pas vivre avec cette douleur qui l’entourait à l’époque. Et je peux comprendre, je peux absolument comprendre. C’est un hommage à un homme qui était un très beau peintre.

F – Close to you

T – Faites-vous plaisir, allez fouiller dans le catalogue de Carole Carpenter. Elle avait la capacité de vous arracher les cordes sensibles. A stunning woman. Elle est d’une beauté pas possible.

F – Nights in white satin

T – Romantique, psychédélique. Ça a été écrit dans une période d’expérimentation. S’il y a une époque où on a expérimenté dans pleins de domaines, c’était les années 60. Si tu avais une vingtaine d’années à cette époque-là, oooooooooohhhhh. C’était une époque assez riche d’informations, d’expérimentations, de curiosités. Il y avait une ambiance. Everybody was excited. Cette chanson est un bon reflet d’une époque. J’aurais peut-être aimé être une ado. Moi, je suis née en 1967. J’ai eu le privilège d’avoir accès à toute cette musique. C’était magnifique. Ce n’est pas que ce n’est pas magnifique aujourd’hui. Il y a de belles choses aujourd’hui ce n’est pas pour critiquer notre époque mais aujourd’hui les priorités ne sont pas les mêmes. Ce n’est pas juste la musique.

F – So far away

T – Carole King est une grande observatrice ! C’était une femme avec un intellect assez élevé pour l’époque et qui ne faisait pas partie du stéréotype de la femme de cette époque-là. Elle était juive, avec quelque chose à dire, forte dans ses convictions et qui, on le sent, s’est battue.

F – Comme Joni Mitchell

T – Absolument. En fait, j’ai choisi un collectif de peintres musicaux qui ont marqué le monde musical. Ce sont des références. En tout cas pour moi. Les français savent ce qu’est une belle chanson. Ils ne sont pas stupides même si ce n’est pas dans leur langue, ils ne peuvent pas ne pas apprécier quelque chose qui est juste une œuvre. Vous êtes éduqués comme ça, vous les français.

F – Wouldn’t it be good?

T – Very talented writer and very underestimated. J’adore ce sentiment que tout simplement, ça serait bien d’être dans tes bras. C’est quelque chose qu’on pense tous à un moment ou un autre. En changeant les arrangements, ça a permis de redécouvrir un texte que je savais déjà beau, de le mettre à poil. C’est là que la force s’est dégagée.

F – Call me

T – Blondie. Debbie Harry, c’est une femme fabuleuse, curieuse, audacieuse. Encore une fois, c’est une femme qui était et qui reste encore très cultivée. Elle a un vrai lien avec l’Europe. A cette époque-là, elle faisait partie de la bande d’Andy Warhol, Georgio Moroder, Grace Jones, Bianca et Mick Jagger, Diana Ross, Nile Rodgers ; tous ces gens avec qui j’ai grandi et qui ont marqué une époque. Elle avait un style, un peu comme Madonna à un moment. Elle a ramené une espèce de glamour dans le rock’n’roll. J’ai adoré son jeu pas seulement musicalement mais visuellement. She turns the all movement of rock’n’roll music into pop fashionista. Elle a ramené de l’élégance.

F – Je crois que vous enregistrez de nouvelles chansons ? Pouvez-vous nous en dire un petit peu ?

T – C’est un album qui va sortir en même temps partout dans le monde. Je ne vais pas préférer un territoire en particulier. C’est sophistiqué et différent de Reset. Je retourne un tout petit peu dans le classic pop. Je suis excitée pour la première fois. En fait, non, j’étais déjà excitée avec Reset parce que j’ai découvert de jeunes auteurs/compositeurs qui sont vraiment brillants. Ils m’ont permis de rentrer dans leur monde et ils ont accepté, eux, de rentrer dans le mien. I really had a great time, a really great time. Je commence à me faire confiance aujourd’hui. Ce n’est pas que je n’ai pas eu confiance dans mes choix auparavant mais aujourd’hui, non seulement j’ai confiance dans mes choix mais en plus je les assume.

F – Puisque vous parlez de la jeune équipe avec qui vous avez fait « Reset », pourquoi cet album n’est jamais sorti en France ? 

T- Il y a plusieurs raisons. Le public ne connait pas beaucoup ma vie en anglais même si j’ai un grand parcours. Il attend aussi un disque en français.

F – Moi, je vous préfère dans votre répertoire en anglais pour être honnête avec vous.

T – Oui, ça ne m’étonne pas. Pour faire un disque en français, il faut être absolument prêt parce que ce sont des risques. C’est pour cela que je prends mon temps.

F – C’est la maison de disque qui vous a imposé, à l’époque, de chanter en français ?

T- La maison de disque m’a demandé si vous voulais essayer. J’ai essayé. Je n’attendais rien de ça.

J’ai eu la chance que le public me suive dans mes différents choix musicaux. Je ne suis pas capable de me répéter. Tu ne vas jamais entendre un autre Aller plus haut. C’est un moment. It’s a photograph, in time.

F – Une tournée prévue ?

T – On est en train d’en discuter. Je peux vous assurer qu’il va y en avoir une. Ça prend du temps de trouver une bonne équipe, LA bonne équipe. Aujourd’hui, si tu n’as pas une bonne équipe tu peux fermer le livre. C’est très facile d’abîmer 40 ans de travail et ça, je ne vais pas prendre le risque. Je crois que vous serez d’accord avec ça. En tout cas j’en ai l’impression.

F – Mot de la fin

T – Thank for continuing to listen. Thank for your support. I appreciate very much.

F – Nous, on apprécie ce que vous faites.

T – Merci c’est très gentil.

F – Et je pense ne pas être la seule.

T – C’est super gentil Emmanuelle.  C’est pour tout cela aussi que je continue et que je n’abandonne pas. The new music is very interesting. A mon avis, tu vas trouver quelques bijoux et tu vas dire waouh !!! Ça m’a fait ça et cela ne m’arrive pas souvent.

F – On attend donc, ce qui sera, à n’en pas douter, encore une pépite musicale dans l’œuvre de Tina.

 

Retrouvez Tina Arena sur : www.tinaarena.com

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Article rédigé par
Manue
Manue
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