À la fois thriller psychologique et drame sociétal, la nouvelle série de HBO se révèle aussi addictive qu’inattendue. Entre jeux de pouvoir et chronique des invisibles, Privilèges s’impose comme une immersion captivante dans le monde du luxe.
On ne va pas se mentir : l’annonce d’un programme sur un palace parisien nous a laissés perplexes. Trop lisse ? Trop décorative ? Trop éloignée du réel ? Pourtant, le résultat est sans appel : Privilèges est une très bonne série, et surtout, une série très addictive. En six épisodes, la production installe une tension qui ne se relâche jamais, et rend l’abandon presque impossible. Diffusée depuis le 27 mars sur HBO Max, l’œuvre de Marie Monge et Vladimir de Fontenay (qui avaient déjà collaboré sur Vampires, produite par Netflix) a par ailleurs déjà séduit l’industrie sérielle en étant sélectionnée dans la compétition officielle de Séries Mania.
L’envers du décor
Tout commence au Citadel, palace parisien fictif où le vernis impeccable dissimule une mécanique bien plus brutale. Adèle, incarnée par Manon Bresch (Mortel), y débarque via un programme de réinsertion. La jeune détenue obtient un poste de bagagiste grâce à Édouard Galzain, directeur tout-puissant campé par Melvil Poupaud (L’amour et les forêts).

Un pacte tacite se noue entre eux, et l’intrigue prend rapidement des airs de jeu d’échecs. Employés ambitieux, clients influents, réseaux parallèles : chacun avance ses pions. Adèle, d’abord en position fragile, apprend à composer avec ces forces contraires, jusqu’à devenir elle-même une pièce maîtresse, tantôt imprévisible, tantôt inquiétante.
Privilèges impressionne d’abord par son écriture. Les personnages ne sont jamais figés. Ils évoluent, se fissurent, se contredisent. On passe sans cesse de la méfiance à l’empathie, de l’agacement à l’attachement. Une instabilité émotionnelle qui devient le moteur même de la série.

Le casting, mêlant noms prestigieux et nouveaux talents prometteurs – Manon Bresch, Melvil Poupaud, Eva Huault (L’affaire Laura Stern), Nina Zem (La petite cuisine de Mehdi), Anne Azoulay (Criminal: France), Sandor Funtek (Suprêmes), Stéphanie Atala (Farah) – contribue largement à cette réussite. Il est rare de voir une telle homogénéité : chacun trouve sa place, sans jamais écraser les autres. Tous participent à cette sensation d’ensemble, presque chorale, où les trajectoires s’entrecroisent avec fluidité.
Le prix de la liberté
Mais ce qui saisit le plus, c’est sans doute l’attention portée aux coulisses. Privilèges réalise un fantasme discret : observer, de l’intérieur, le fonctionnement de ces lieux où tout semble parfait. Derrière les dorures, une armée de travailleurs s’active. Femmes de ménage, cuisiniers, concierges : autant de métiers invisibles que la série remet au centre.

La réalisation capte avec précision ces différentes facettes. D’un côté, l’apparat, les suites impeccables, les clients triés sur le volet – pop stars, figures politiques, héritiers fortunés. De l’autre, des espaces saturés de tension, où tout se joue à un rythme effréné. Cette coexistence nourrit une réflexion plus large sur la démesure du luxe et ceux qui gravitent autour.
Au fil des épisodes, le rythme s’accélère. Les situations se complexifient, les risques augmentent. On se surprend à enchaîner les chapitres, happé par une intrigue qui gagne en intensité à mesure qu’elle avance. L’attachement à Adèle grandit, presque malgré soi, au point de redouter chacune de ses décisions.

Sous ses airs de thriller élégant, l’œuvre pose une question simple et redoutable : jusqu’où serait-on prêts à aller pour notre propre liberté ? À cela s’ajoutent d’autres lignes de fracture – l’argent, la loyauté, l’amitié – qui dessinent en creux une cartographie des rapports de force contemporains. Au fil des épisodes, Privilèges parvient à installer un trouble durable. Celui d’un monde où l’ascension a un prix, et où les règles du jeu ne sont jamais celles que l’on croit.