Anemone – Les racines du mensonge signe le retour de Daniel Day-Lewis au cinéma après neuf ans, dans un drame contemplatif et lourd, réalisé par son fils, Ronan Day-Lewis.
Cela faisait neuf ans que les cinéphiles n’avaient pas aperçu Daniel Day-Lewis sur grand écran. Pour son retour depuis Phantom Thread (2017) de Paul Thomas Anderson, l’acteur britannique a choisi de tourner avec son fils, Ronan Day-Lewis dans Anemone – Les racines du mensonge. Il y incarne Ray Stoker, un ancien militaire reclus dans une forêt qui, des années auparavant, a abandonné femme et enfant. Isolé du monde, Ray va toutefois recevoir la visite de son frère Jem (Sean Bean). Des retrouvailles qui vont faire ressurgir de vieux traumatismes : après une décennie de silence, Ray va devoir se confronter à ses secrets et ses regrets.
Écrit par Ronan Day-Lewis aux côtés de son père, Anemone explore la figure paternelle dans ce qu’elle a de plus ténébreux. Violence, abandon, traumatismes… Le film aborde avec noirceur cette ombre autoritaire, malsaine et brutale. À travers des monologues ciselés, interprétés avec brio par Daniel Day-Lewis, le long-métrage déploie des images fortes dans lesquelles le poids des traumatismes prend tout son sens. On découvre ainsi une enfance souillée, des regrets enfouis profondément et une culpabilité presque transmissible.
La figure du père
Car, à travers la figure du père, le réalisateur parle forcément de la transmission, d’une hérédité presque funeste, dans laquelle les traumatismes intimes ou ceux de la guerre – en l’occurence, le film aborde en filigrane la guerre indépendantiste irlandaise face à l’IRA – influencent les générations suivantes.
Dans cette démonstration, Ronan Day-Lewis touche du doigt plusieurs thèmes, à commencer par les agressions sexuelles et les viols commis par l’Église – encore une fois, la figure du père rode au-dessus du personnage principal comme un bourreau. De cet acte, on retiendra le monologue vengeur de Daniel Day-Lewis face à un Sean Bean pantois. Une séquence aussi hallucinatoire qu’effrayante qui permet au drame de se dépasser, au point de prendre des airs de film d’épouvante.
Par la suite, Ronan Day-Lewis fouille de façon intime les relations entre frères, le poids de l’armée sur leur vie et les traumatismes liés à la violence d’un pays fracturé. Cette accumulation de thèmes offre au film sa force dramatique. Toutefois, il peine à convaincre par sa forme et son rythme. En effet, Anemone prend (trop) son temps, les éléments de tension étant beaucoup trop éparpillés pour le rendre pleinement prenant.
Le jeune cinéaste préfère à cela la contemplation lancinante, au point de perdre parfois le spectateur. Il semble également s’enfermer dans une démonstration outrageusement radicale, sous couvert d’une sorte d’intellectualisme métaphorique. Un choix de mise en scène qui ne permet pas vraiment de s’attacher aux personnages, malgré l’interprétation magistrale de son duo d’acteurs.
Day-Lewis vs. Bean
Sean Bean fait face à Daniel Day-Lewis. Ensemble, ils incarnent Jem et Ray, des frères que tout oppose aujourd’hui, mais à jamais liés par leurs expériences communes. Car Anemone est aussi l’exploration du lien fraternel à travers une ambiguïté assez fascinante, à mesure que leur intimité se dessine. L’acteur du Seigneur des anneaux (2001) et de Game of Thrones (2011) signe une prestation tout en humilité et sobriété, là où celui de There Will Be Blood (2007) revient avec force et émotion dans un rôle difficile.
Leur relation représente l’un des points forts d’un film qui, malgré un aspect beaucoup trop contemplatif et un rythme redondant, marque. Par ses thèmes et une mise en scène aussi inventive que surprenante, Anemone – Les racines du mensonge signe les débuts d’un cinéaste tout en sonnant le retour de l’un des acteurs les plus talentueux d’Hollywood. Il témoigne ainsi de la capacité de Daniel Day-Lewis à aller vers des projets toujours plus personnels et versatiles, à l’image de sa filmographie.