Critique

Lucky Luke : le lonesome cowboy est-il encore un as de la gâchette ?

22 mars 2026
Par Boris Szames
“Lucky Luke”, le 23 mars 2026 sur Disney+.
“Lucky Luke”, le 23 mars 2026 sur Disney+. ©Disney+

Moins de 20 ans après Jean Dujardin, Alban Lenoir prête ses traits à Lucky Luke dans une série sur Disney+. Entre hommage à la BD de Morris et Goscinny et clins d’œil au western spaghetti, cette nouvelle adaptation produite à grands frais bande les muscles au lieu de mitrailler les bons mots.

Adapter, c’est tromper ? Tromper qui, quoi, au juste ? Le matériau originel ? Son auteur ? Ou le public ? Insoluble dispute dont l’écho résonne à travers les vallées perdues du discours critique. Forcément, ce Lucky Luke revu et corrigé rouvre la boîte de Pandore, peut-être malgré lui. À première vue, tout y est, ou presque, intact : le cowboy à mèche noir de jais, son cheval à crinière jaune, les crépuscules rougeoyants… D’où vient alors ce sentiment étrange de contempler le gouffre béant qui sépare la BD de Morris de sa transposition à l’écran ?

L’ombre d’un héros

Incapable de dégainer son Colt à la vitesse d’un pur-sang à cause d’une blessure à la main, Lucky Luke n’est plus que l’ombre de lui-même. Une jeune fille de 18 ans, Louise, le sort de cette mauvaise passe à condition de l’aider à retrouver sa mère, institutrice évaporée dans la nature après la mise à sac du domicile familial sur ordre, apprendra-t-on, d’une puissante figure locale. Chemin faisant, le lonesome cowboy et sa fougueuse coéquipière démêleront les fils d’un complot aux multiples ramifications.

Camille Chamoux dans Lucky Luke.©Disney+

On ne divulgâchera pas davantage les soubresauts d’une intrigue relativement bien troussée, à cheval entre le passé et le présent. Signalons cependant la présence d’illustres figures de l’Ouest sauvage, à l’instar de Calamity Jane, Billy the Kid, sans oublier les inénarrables Dalton et Rantanplan, ici un berger allemand réduit à une présence fugitive.

À rebours du film désastreux de James Huth sorti en 2008, la série « en hommage à Morris et Goscinny » louche moins sur le cartoon barbouillé de couleurs criardes que sur le western craspouille à la Sergio Leone. On ne s’étonnera donc pas de voir le plus européen des cowboys drapés dans un long manteau, clin d’œil indéniable aux cache-poussières d’Il était une fois dans l’Ouest. Après tout, Morris et Goscinny n’hésitèrent pas, eux non plus, à explorer ce territoire de cinéma là, à l’occasion.

Alban Lenoir dans Lucky Luke.©Disney+

Ce qui frappe d’emblée, en revanche, c’est la volonté des showrunners de le viriliser sous les traits d’Alban Lenoir, « action man » du cinéma français musclé : Balle perdue, Antigang… Et anti-gag, osons-le dire. Car, ce qu’il en gagne en deltoïdes, Lucky Luke le perd en décontraction à la Gary Cooper.

Mâchoire taillée au pic à glace façon Jack Palance, l’acteur dépouille le justicier solitaire de la rondeur du trait de Morris et de l’humour pince-sans-rire de Goscinny. Moins Jean-Paul Belmondo, figure tutélaire du cinéma d’action franchouillard, que Daniel Craig, dont la force brute explose comme un bâton de dynamite dans le corps-à-corps entre Luke la chance et sa « némésis » dans l’épisode final.

Alban Lenoir et Camille Chamoux dans Lucky Luke.©Disney+

Lucky Luke devient carrément un bellâtre dans un flashback, bourreau des cœurs hanté par une fêlure intime. Et en manque de tabac (« Un cowboy, ça clope. Je fume pas de la paille. »), régime sec qu’on s’empresserait à tort d’imputer à Disney+, ici diffuseur et non producteur. Car c’est bien au studio Hanna-Barbera, concepteur de la série animée des années 1980, que l’on doit cet interdit, au grand dam de Morris.

L’ombre d’un sourire

Si elle propose un florilège de rebondissements enlevés, la série s’égare au carrefour des registres. Entre deux coups de pétoires, le scénario s’enlise dans des dialogues patauds, hésitant entre les bons mots de Goscinny et la tchatche de la Gen Z. Les auteurs, au nombre de quatre, tirent leur épingle du jeu dès lors qu’ils cèdent du terrain à l’absurde, comme dans ce simulacre de duel mimé, digne des Monty Python. Maître en la matière, Jérôme Niel détonne de folie furieuse dans le rôle de Joe Dalton, certainement l’une des plus grandes réussites de la série.

Jérôme Niel dans Lucky Luke.©Disney+

Morris ne s’y trompait donc pas quand il admettait au micro de Radio bleue, en 1997 : « À force d’être trop parfait, un héros peut devenir ennuyeux, mais je me rattrape avec les Dalton. » Près de 30 ans plus tard, ce Lucky Luke un peu rantanplan donne furieusement l’envie de fourrer le nez à nouveau dans les planches dont on l’a extrait.

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