Décryptage

J’ai vu Rosalía à l’Accor Arena et c’était le plus beau concert de ma vie

19 mars 2026
Par Agathe Renac
Rosalia lors d'un concert à Bilbao, en Espagne.
Rosalia lors d'un concert à Bilbao, en Espagne. ©Christian Bertrand

Le 18 mars 2026, Rosalía a livré un concert spectaculaire dans le cadre de son Lux Tour, à l’Accor Arena. Une performance habitée, entre sacré et pop, avant une prochaine date parisienne le 20 mars.

Ces dernières années, j’ai eu la chance d’assister à des concerts exceptionnels. De ces shows à l’américaine, parfaitement huilés. J’étais bouche bée devant la précision de Sabrina Carpenter, saisie par la démesure de Beyoncé, emportée par l’énergie d’Olivia Rodrigo. Et pourtant, aucun ne m’a retournée comme celui-ci. De Rosalía, je ne connaissais pourtant qu’essentiellement son dernier album, Lux, qui m’avait bouleversée dès la première écoute. Mais il suffit de quelques secondes à l’Accor Arena pour comprendre qu’ici, la connaissance du répertoire est presque accessoire.

La chanteuse catalane entre en scène enfermée dans une boîte en bois, en tutu rose pâle et ballerines. Les danseurs l’ouvrent comme un écrin. Et à partir de cet instant, tout bascule. Un concert de Rosalía n’est pas qu’une suite de chansons – déjà remarquables. C’est une expérience totale. Un voyage. On est traversé par toutes les émotions, de l’émerveillement à la surprise en passant par la mélancolie. Mais surtout, on en ressort bouleversé.

Une voix d’une intensité rare

Au cœur de la fosse, un orchestre. Une présence presque inattendue dans une arène pop, mais qui donne au spectacle une profondeur nouvelle. Les cordes, sublimées par les lumières, installent une gravité, une tension presque dramatique.

Et puis il y a la voix. Celle de Rosalía, plus impressionnante encore en live. Là où certains artistes déçoivent hors studio, elle, au contraire, transcende. Sa voix saisit, surprend, s’élève en vocalises presque irréelles. Le divin affleure – et ce n’est pas un hasard : il irrigue tout le spectacle, comme son dernier album.

Polyglotte, elle chante en 13 langues, de l’espagnol au catalan en passant par l’allemand, l’hébreu, le mandarin ou encore l’italien, sans jamais perdre en intensité. Une performance technique qui ne vire jamais à la démonstration. Musicalement, elle brouille tout : pop, flamenco, électro, rock. Une hybridation constante, à l’image du concert lui-même, insaisissable et cohérent à la fois.

La setlist, riche, alterne entre euphorie et mélancolie : Berghain, La Perla, Sauvignon Blanc, Sexo, Violencia y Llantas, Reliquia, Porcelana, Divinize, Magnolias, Despechá, CUUUUuuuuuute, La Noche de Anoche, La Fama, La Combi Versace… On danse, puis on pleure, sans transition.

Un hommage total aux arts

Sur scène, Rosalía ne chante pas seulement. Entourée d’une dizaine de danseurs, elle nous offre une véritable performance scénique digne d’un ballet. La danse, précise et incarnée, prolonge le sens des chansons. Il y a aussi des idées brillantes que l’on ne voit nulle part. Les corps deviennent instruments. Les gestes racontent autant que les paroles. C’est créatif, c’est beau, et ça capte toujours plus notre attention.

Tour à tour, la chanteuse rend hommage à la danse, à la musique, à l’opéra, ou encore à la peinture avec sa reprise de Can’t Take My Eyes Off You, où elle apparaît en Mona Lisa, derrière un cadre doré, devant des fans qui la filment sur la scène, comme des touristes devant La Joconde. Une mise en abyme brillante, ironique et poétique.

D’autant plus que ce spectacle est construit en différents tableaux. De prime abord, la scénographie est épurée : deux escaliers, une plateforme, un piano, et des draps blancs. Mais petit à petit, les danseurs et la chanteuse occupent l’espace et tout devient plus fort. C’est spectaculaire, digne d’un opéra. Mais ce que je retiens surtout du Lux Tour, c’est le fait que Rosalía raconte les histoires comme personne.

La succession des tableaux, les danses, les chansons – dont les paroles, traduites en français, apportent un vrai plus et permettent aux spectateurs franchophones de comprendre encore mieux ce qui se joue sur scène –, mais aussi les costumes nous offrent un récit sensible et qui fonctionne. On assiste à l’éveil d’une femme qui se reconstruit et apprend à se libérer de l’emprise des autres, et surtout des hommes.

Anatomie d’une ascension

Au début, elle est une ballerine enfermée, presque objet. Puis viennent les métamorphoses : amante blessée, figure sacrée, cabarettiste, ange gothique, ange déchu. Jusqu’à la libération finale. Une quête de liberté qui passe, aussi, par la sexualité. Parce que chez la chanteuse, la sensualité n’est pas qu’une question d’esthétique : elle devient un langage, une manière de reprendre possession de son corps.

Elle rend ainsi hommage aux femmes et au sacré, tout en brouillant les frontières : entre spiritualité et sensualité, douceur et provocation. L’imaginaire catholique irrigue aussi le spectacle : encensoir géant, structures évoquant confessionnaux ou retables. Mais Rosalía ne s’y soumet pas. Elle s’en empare. Le sacré devient matière artistique, énergie visuelle.

Une artiste aussi immense que touchante

Et au milieu de cette machine spectaculaire, Rosalía reste malgré tout profondément humaine. Elle parle français, échange avec le public, s’autorise des blagues, répond aux « je t’aime » par des « je t’aime plus plus plus ». Des instants suspendus, presque fragiles, qui donnent au concert une respiration bienvenue. Cette générosité empêche le spectacle de devenir écrasant et nous montre une autre facette de l’artiste, plus authentique et accessible.

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Parce que, dans ce spectacle, tout est millimétré. Mais pourtant, rien n’est froid. Chaque tableau surprend, chaque transition relance l’attention. À peine a-t-on le temps d’encaisser un moment fort qu’un autre surgit. Rarement un concert aura été à ce point à la fois audacieux, beau, sensible et profondément bouleversant. Bref, j’ai assisté au concert de Rosalía et c’est, sans hésiter, la plus belle chose que j’ai vue ces dernières années.

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Article rédigé par
Agathe Renac
Agathe Renac
Journaliste