Entretien

Oli : “Karma est un album plus libre, plus adulte et plus brutal”

13 mars 2026
Par Agathe Renac
“Karma”, nouvel album de Bigflo et Oli, le 13 mars 2026.
“Karma”, nouvel album de Bigflo et Oli, le 13 mars 2026. ©Bigflo & Oli

Le 13 mars, Bigflo et Oli signent leur retour avec Karma. Pour ce cinquième album, les Toulousains livrent 13 titres d’une sincérité désarmante qui nous ont (vraiment) conquis. Malgré une promotion saturée, Oli nous a accordé un entretien empreint de sa bienveillance légendaire, se confiant avec autant de cœur que de générosité. Rencontre.

Votre dernier album, Les autres c’est nous, est sorti il y a maintenant quatre ans. Qu’est-ce que vous avez expérimenté de nouveau, que vous vouliez raconter dans Karma ?

On voulait raconter énormément de choses liées à notre identité profonde et à ce que nous sommes devenus. Le thème général est très introspectif. Dans des morceaux comme Osaka ou Tu me manques, par exemple, on aborde notre rapport à une certaine tristesse intérieure que l’on cache parfois : moi sur un deuil que je n’ai jamais vraiment fait, et Flo sur une forme de déprime d’artiste torturé.

Plus globalement, je pense qu’on peut faire un parallèle entre le titre de l’album [Karma, ndlr] et notre carrière. Ça fait dix ans qu’on plante des graines un peu partout, et on est heureux de pouvoir récolter ce qu’on a semé. Le karma, vu de manière positive, c’est ça : l’idée que l’univers renvoie ce qu’on lui donne. On a le sentiment que le public nous a toujours rendu notre énergie. Alors, en retour, on lui a offert quelque chose de plus libre, de plus adulte, libéré des formats attendus, que ce soit dans la musicalité, les refrains ou les changements de production parfois soudains. C’est un album de liberté.

L’un des personnages principaux de votre discographie reste Toulouse, qui apparaît dès le premier titre, Family Business. Pourquoi la ville rose vous inspire-t-elle autant, encore aujourd’hui ?

Écoute, je vais peut-être te décevoir, mais je pense que si on était nés à Dunkerque, on citerait tout autant Dunkerque dans nos chansons ! [Rires]

En tant que Toulousaine, je ne peux pas accepter cette réponse ! [Rires]

Non, mais c’est surtout un mélange de chauvinisme et d’un amour profond pour l’endroit dans lequel on a grandi. Le bonus, c’est que Toulouse est pour nous l’une des plus belles villes du monde et qu’on s’y sent vraiment bien. Quand tu es artiste et que tu connais un succès aussi puissant très jeune, tu as besoin de t’attacher au lieu qui t’a connu avant la célébrité. Toulouse, c’est notre madeleine de Proust, mais une madeleine qu’on a mangée tous les jours. Ce n’est pas un souvenir nostalgique vers lequel on revient de temps en temps : on y vit encore. C’est le théâtre de notre vie et ça continue de l’être.

Dans Les autres c’est nous, vous racontiez déjà votre histoire familiale avec des textes très forts. Vous réitérez dans Karma. Pourquoi est-ce si important pour vous de transmettre ces récits de vie et de générations ?

C’est important parce qu’on se dit qu’il y a peut-être deux frères, quelque part, qui vont se reconnaître dans nos mots. Ce qui nous touche le plus, c’est le fait de nous dire que ça pourrait ouvrir une case dans leur esprit pour rêver ou imaginer leur propre chemin. Et puis, c’est notre ADN, notre histoire. On en est fiers.

C’est aussi une forme de catharsis, une thérapie par les mots. C’est un peu comme lors d’un repas de famille où, avec le temps et l’expérience, tu te sens enfin assez solide mentalement pour aborder des sujets dont on n’avait jamais parlé. C’est notre manière de revisiter nos souvenirs.

À l’écoute, j’ai aussi eu la sensation que Karma était plus spectaculaire, avec une influence américaine beaucoup plus marquée que dans les précédents albums…

Absolument. J’ajouterais même que c’est un album plus brutal. C’est ce qui crée cet effet étonnant, avec des choix de production plus radicaux. Il y a beaucoup de basses, de kicks… Pendant longtemps, on s’interdisait ce côté un peu bourrin dans la forme, parce qu’on avait peur que ça nuise au fond. On pensait que, pour porter de jolies chansons, il fallait forcément un écrin feutré.

Mais sur des titres comme 44D ou Focus, on a compris qu’on pouvait avoir des punchlines et un texte profond, tout en ayant une production qui tape fort et qui a une vraie identité. Côté influences, on s’est autorisés à injecter ce qu’on écoute vraiment. Flo est très branché Drake – d’ailleurs, sur Internet, ils l’appellent “The French Drake” et ça le fait marrer. De mon côté, je me suis rapproché d’un Kendrick Lamar, Baby Keem, Eminem ou J. Cole. Pour Karma, on a vraiment cherché cet alliage parfait entre la forme et le fond.

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Lors de votre précédente tournée, j’avais l’impression d’assister à un spectacle imaginé par deux rêveurs, presque deux enfants, prêts à tout pour émerveiller le public. Est-ce que vous avez le sentiment d’avoir gardé cette âme d’enfant dans votre manière de faire de la musique et de monter sur scène ?

Totalement ! Peut-être même trop, d’ailleurs… [Rires] Ça me touche ce que tu dis, parce qu’à l’instar de certains artistes qui font de la musique d’abord pour eux-mêmes – et ce n’est pas une critique –, nous, on fait de la musique pour les autres. On veut régaler les gens. Au début de notre carrière, on voulait tout faire dans nos concerts et ça manquait de cohérence : un solo de trompette, un mec qui fait du beatbox, un passage humoristique, de la vidéo… On allait dans tous les sens, non pas par manque de goût ni par maladresse, mais par un trop-plein de générosité et une envie de partage.

On a encore ce truc de gamin dans les yeux, cette reconnaissance. Après toutes ces années, je m’étonne moi-même de prendre encore autant de plaisir à enchaîner les interviews pour défendre ce projet, comme ce matin. Le jour où cette flamme s’éteindra, ce sera le signe que quelque chose n’ira plus.

Dans Remontada, vous évoquez la violence de vos débuts dans le milieu du rap. Flo l’a récemment rappelé dans une vidéo sur Instagram : c’est “hype” de taper sur Bigflo et Oli, et vous subissez de nombreuses critiques. Comment vous protégez-vous de ces attaques, depuis maintenant dix ans ?

Il y a toujours un peu de maladie dans les vaccins. Au bout d’un moment, on finit par être vaccinés contre les haters. Et puis, c’est le jeu. Pour être honnête, on sait aussi parfois comment réveiller les débats ; ça nous fait marrer et ça nous excite un peu. Flo est brillant en marketing. Par exemple, il y a récemment eu un débat autour de Colors.

C’était un vrai coup de génie !

La vérité, c’est que la veille, Flo me demande : “Comment on va réussir à faire parler d’un morceau jazzy et poétique de 4 minutes ?” Et il poursuit en me disant : “Tu sais quoi ? On va être honnête. On va leur dire qu’on voulait faire Colors mais qu’ils nous ont fait galérer et qu’ils ont finalement refusé. Tu vas voir, le son va être streamé et il va faire beaucoup plus de vues que si on n’avait rien dit.” Au final, ça a marché.

Je ne dirais pas qu’on tend le bâton pour se faire battre, mais on se jette aussi avec plaisir dans ce jeu qui ne nous touche plus aujourd’hui. Cela dit, ça a été très difficile au début. Et, grâce à cet album, les auditeurs vont peut-être réaliser la violence qu’on a pu subir. J’en parle dans Remontada : à 14 ou 15 piges, des types de 30 ans nous crachaient dessus dans des chroniques, sur notre physique ou sur nos vies. Je suis content que les gens le réalisent avec le temps. Ça met un peu de pommade sur ces vieilles blessures.

La question de la transmission est un sujet récurrent dans vos chansons. Qu’est-ce que vous aimeriez transmettre à votre tour à vos proches ?

J’ai l’impression que notre histoire transmet la puissance d’être soi-même. Il faut se rappeler que la vie est bien faite. C’est important de douter, mais, au final, il faut avoir confiance en son instinct profond. J’aimerais que les gens retiennent qu’on a souvent la réponse en nous. Nos plus grands succès et les épisodes les plus forts de notre carrière, on les doit à tous ces moments où on s’est vraiment écouté. Où on s’est dit : “Il faut qu’on parle de ça, il faut qu’on écrive ça.” Faites-vous confiance. Vraiment.

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Article rédigé par
Agathe Renac
Agathe Renac
Journaliste
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