Après l’essai en 2024, La gosse de Nadia Daam devient une bande dessinée. Avec Cati Baur au dessin, ce récit personnel sur le quotidien d’une mère célibataire et de sa fille adolescente, devient universel.
Comment est né ce projet d’adaptation en bande dessinée ?
Cati Baur : À la sortie du livre de Nadia, je me souviens m’être précipitée en librairie. J’ai vraiment adoré ce bouquin qui a résonné chez moi sur plein d’aspects.
Nadia Daam : Je fais partie du fan-club de Cati depuis longtemps. Quand il a été question de faire une adaptation avec les éditions Rue de Sèvres, c’était évident pour moi de lui demander si elle était partante. Ma fille, donc “la gosse” en question, m’a traînée à ses rencontres et signatures quand elle était plus jeune. Elle était fan absolue de sa saga Quatre sœurs. Elle m’a dit : “C’est Cati qui doit faire la BD, c’est même pas négociable !”, comme si c’était elle qui pouvait négocier. Heureusement, ça s’est fait. La boucle est bouclée.
Nadia Daam, comment avez-vous appréhendé cet exercice du dévoilement, de vous livrer sur des sujets aussi intimes que votre vie de famille ?
N. D. : La gosse n’avait pas vocation à être publié. Ce sont des textes que j’ai écrits pour moi, après la disparition du père de ma fille, il y a près de huit ans. Quand il a été question de publier ces textes, c’est là que sont arrivées ces questions du dévoilement. Qu’est-ce que je raconte ? Est-ce que j’en dis trop ? Ou pas assez ? Mon souci principal était de le raconter avec sincérité. Mais il n’était pas question de dévoiler trop de choses sur l’intimité de ma fille. Je raconte simplement quelques années dans la vie d’une mère et de sa fille.
C’est un récit autobiographique, très personnel. Cati Baur, ce récit a-t-il résonné avec votre propre relation mère-fille ?
C. B. : À l’exception de la partie du deuil, évidemment, tout le reste m’était très familier. Ma fille a deux ans de moins que celle de Nadia, donc on est sur la même temporalité de parentalité. On a connu les grandes étapes du passage de l’enfance à l’adolescence à peu près en même temps. Ça m’a permis de m’approprier les personnages, presque comme si je racontais cette histoire à la première personne.
N. D. : Cette adaptation l’éloigne encore un peu plus de moi. Et c’est tant mieux ! Ce n’est plus simplement mon histoire, ça devient quelque chose, je l’espère, d’universel.
Cette bande dessinée fait la lumière sur le quotidien d’une mère célibataire. Elles représentent 82 % des familles monoparentales en France. Pourtant, elles sont rarement les héroïnes, que ce soit en littérature, en bande dessinée ou au cinéma. Cette absence de représentation vous a-t-elle manqué ?
N. D. : Il y en a quelques-unes, mais elles sont rares. La seule représentation à la fois pop et ancrée dans le quotidien, c’est la série Gilmore Girls. On est fan avec ma fille. Les familles monoparentales manquent encore de représentations, en particulier quand ce sont des femmes, et encore plus spécifiquement dans le schéma qui est le mien, c’est-à-dire le parent unique d’un enfant unique. C’est un quotidien qui est invisibilisé ou caricaturé.
Dans La gosse, la mère apprend beaucoup de sa propre fille, sur les relations amicales et amoureuses, mais aussi sur le féminisme. En cela, cet album résonne avec votre précédente bande dessinée, Marcie, avec la fille ado qui pousse sa mère à sortir de ses retranchements…
C. B. : L’adolescence, c’est l’un de mes thèmes de prédilection. C’est une période de la vie tellement intense et riche. Il y a mille choses à raconter. Que ce soit Quatre sœurs, Le club des Inadapté.e.s, Pisse-Mémé, Marcie ou La gosse, mes livres se répondent entre eux.
Côté dessin, c’est à la fois hyper coloré et plein de douceur, à l’image de la tendresse qui se dégage de cette relation mère-fille… Est-ce ainsi que vous l’avez imaginée ?
C. B. : J’ai vraiment réfléchi à la palette de couleurs. Par exemple, j’ai délibérément décidé d’évacuer le noir. Le point de départ du livre, la mort du père, est très sombre. Je me suis alors demandé comment je pouvais adoucir tout ça. J’ai donc joué avec les nuances de bleu et de violet. Et, au fil des pages, la lumière vient illuminer les planches.
Aviez-vous un regard sur le lectorat de l’essai ? Pensez-vous que la bande dessinée touche un autre public ?
N. D. : Je n’ai malheureusement pas de portrait-robot du lecteur de l’essai, en l’occurrence de la lectrice. Mais des rencontres que j’ai pu faire et des retours que j’ai eus, il me semble que ce sont essentiellement des mères. Pas que des mères célibataires, pas que des mères d’ados ou de filles, mais essentiellement des femmes à plusieurs étapes de leur vie de mère. J’ai eu quelques messages, mais trop peu à mon goût, d’adolescentes.
C. B. : La bande dessinée est peut-être moins intimidante que l’essai. Là, ça peut traîner sur la table basse, être feuilleté par tous les membres de la famille. Avec La gosse, on espère ouvrir le dialogue entre mères et filles, entre adolescentes ou entre mères.
N. D. : J’ai l’image d’une mère et de son enfant, en train de lire en même temps l’adaptation de Cati. C’est ce qui pourrait arriver de plus joli, parce que c’est un livre sur la transmission.