L’artiste est de retour dans les bacs avec un nouvel album studio qui sert de bande originale au film « Hurlevent ».
Deux ans après le succès incontournable de son album Brat, Charli XCX est de retour et change complètement de style avec Wuthering Heights, composé pour accompagner le film « Hurlevent », avec Margot Robbie et Jacob Elordi.
Entre l’expérimentation musicale, le regard sur une histoire gothique et le besoin d’être une bande originale autant qu’un album d’hyperpop, Wuthering Heights surprend, avec ses hauts et ses bas.
« Hurlevent » est un projet atypique. Nouvelle adaptation du classique de la littérature d’Emily Brontë, le film d’Emerald Fennell se démarque des précédentes adaptations par une approche volontairement modernisée, sans pour autant être contemporaine.
Véritable film d’époque à l’allure gothique, mais aux décors et aux costumes faisant parfois référence à un style plus moderne, « Hurlevent » s’éloigne de ce que l’on pourrait attendre d’une adaptation des Hauts de Hurlevent, jusque dans sa bande originale. En confiant la musique de son long-métrage à Charli XCX, Emerald Fennell fait encore une fois le choix de la modernité et de l’originalité.
Exister sur deux tableaux différents ?
En partant du postulat que Wuthering Heights est autant un album propre à Charli XCX qu’une bande originale de film, il devient difficile de dissocier les deux. Ainsi, l’album peut-il s’écouter sans être ramené au long-métrage dont il est tiré ? L’appréciation de la musique, orpheline de ses images, est-elle la même ? Ces interrogations offrent déjà une certaine originalité à ce Wuthering Heights.
L’album se conçoit différemment selon qu’on l’écoute avant ou après avoir vu le film. En existant sur deux tableaux distincts, le disque de Charli XCX pourrait avoir du mal à trouver son identité. Mais, dans la discographie riche et innovante de l’artiste, Wuthering Heights apparaît comme une nouvelle proposition expérimentale d’une chanteuse qui n’a jamais voulu s’enfermer dans un seul genre musical.
Dès lors, les qualités de Wuthering Heights (constamment dans l’entre-deux) sont aussi ses faiblesses. Pas assez d’hyperpop et d’electro d’un côté, et pas assez de musique symphonique de l’autre pour véritablement correspondre à une bande originale. Charli XCX ne va pas dans une seule direction, mais cherche à atteindre un équilibre entre les deux. Il y a de la pop, des sons dissonants et de l’expérimentation, tout comme il existe une mélodie symphonique en arrière-plan, plus subtile, mais bien présente. Le premier morceau de l’album, House Featuring John Cale, pose l’intention. Inquiétante, dissonante, presque agressive, la chanson s’inscrit dans un mélange de chant, de narration, de musique symphonique et d’électropop. L’approche gothique de « Hurlevent » se fait ressentir.
Tout l’album illustre ensuite le côté sulfureux d’une romance vue par Emerald Fennell, selon des codes contemporains de la new et de la dark romance – ce qui lui a d’ailleurs valu de nombreuses critiques. Charli XCX, sur les premiers morceaux, et jusqu’au single Chains of Love, s’inscrit dans ces thématiques : l’amour impossible, la romance sulfureuse, la séparation et les retrouvailles, sans forcément faire écho aux thèmes du roman original.
Les mêmes qualités et défauts que le film ?
Et si « Hurlevent » n’était qu’un clip XXL de plus de deux heures ? En écoutant Wuthering Heights, on ne peut s’empêcher de se faire (encore) la réflexion. Passé la découverte ainsi que les premiers morceaux réussis, une sensation de déjà-vu s’installe.
L’album peut-il exister en dehors de sa condition de bande originale ? Certaines chansons, très courtes, plus anecdotiques, ne parviennent pas à convaincre, comme Out of Myself ou Seeing Things. Sur la fin du disque, Charli XCX retrouve l’inspiration et propose à nouveau quelques titres qui fonctionnent indépendamment.
Dans le genre de l’album conceptuel, Charli XCX répond à l’exercice sans pour autant faire de miracle. Des morceaux vont incontestablement dépasser leur condition de BO, tant ils constituent de nouvelles trouvailles audacieuses, avec des rythmes addictifs et une envie de relancer la piste dès qu’elle se termine. À l’inverse, l’ensemble apparaît trop contenu ou très timide, créant l’étrange sensation que Charli XCX s’est contentée de prendre une seule idée comme thématique (l’histoire d’amour révisée par Emerald Fennell), sans oser aller plus loin.
L’album est victime, autant que le film, de cette sensation étrange que tout n’est fait que pour alimenter des vidéos TikTok et des Reel Instagram, malgré les bonnes idées et le talent incontestable de Charli XCX pour proposer des sons percutants. Finalement, on aurait préféré que l’artiste propose sa propre version, en musique, du roman d’Emily Brontë, avec ses thèmes complexes et sa mise en avant importante de la vengeance sur plusieurs décennies. Limité au film « Hurlevent », Wuthering Heights de Charli XCX est un entre-deux qui ne libère pas tout son potentiel.