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Deezer érige un rempart contre la musique faite par IA et met sa technologie à disposition de l’industrie

30 janvier 2026
Par Pierre Crochart
Deezer érige un rempart contre la musique faite par IA et met sa technologie à disposition de l'industrie
©Deezer

Deezer dresse un premier bilan de son outil de détection de musique générée par intelligence artificielle, et appelle à plus de transparence dans l’industrie.

Le service de streaming français l’écrit dans son communiqué : « L’IA représente un défi crucial pour l’industrie musicale. » Et pas uniquement parce que la musique générée par IA est de piètre qualité, mais parce qu’elle inonde les plateformes, invisibilise les artistes et tire leurs revenus vers le bas. Deezer s’est rapidement positionnée contre cette technologie et veut aller encore plus loin en donnant à toute l’industrie les armes pour détecter et agir sur la musique générée par des outils comme Suno ou Udio.

60 000 titres par jour générés par IA

Deezer agit, mais la vague est tout simplement trop forte. Ainsi, même en labellisant clairement les titres générés par IA depuis l’été dernier et en les excluant systématiquement de son système de monétisation, l’entreprise française annonce que 60 000 morceaux par jour sont identifiés comme sortant d’un logiciel d’IA. Cela représente 39 % du total quotidien de nouveaux téléchargements sur la plateforme. Pour rappel, c’était 10 % en janvier 2025, et 30 % en septembre dernier.

De la musique explicitement définie par Deezer comme étant frauduleuse : 85 % des streams pour les morceaux générés par IA proviennent de robots, destinés à gonfler artificiellement les chiffres d’écoute afin de récupérer des revenus sur le dos de véritables artistes. Heureusement, les titres « AI Gen » ne comptabilisent encore qu’une toute petite partie du total d’écoutes sur la plateforme, jusqu’à 3 %.

Mais cela pourrait bien changer dans les prochains mois. « La musique générée entièrement par l’IA est devenue presque impossible à distinguer de la création humaine, déclare Alexis Lanternier, PDG de Deezer. Et, avec un flux continu de téléchargements sur les plateformes de streaming, notre approche reste très claire : transparence pour les fans et protection des droits des artistes et des auteurs-compositeurs. »

On en a déjà parlé dans un précédent article : il est de plus en plus difficile pour les fans de musique de faire la différence entre un morceau signé d’un artiste de chair et de sang, et un agglomérat de données régurgité par une IA. La technologie progresse et le rythme de publication ne faiblit pas. Les mélomanes, les artistes et l’industrie dans son ensemble ont donc besoin de s’armer pour y faire face.

Deezer AI
Deezer drese le bilan d’un an à faire la chasse à la musique par IA.©Deezer

Deezer ouvre sa technologie de détection de musique faite par IA

Depuis un an, Deezer a identifié 13,4 millions de titres faits par l’IA. Des morceaux qui ont été étiquetés comme tels et qui ne peuvent donc prétendre à recevoir des royalties pour leurs écoutes. Un chiffre impressionnant, que Deezer attribue à la pertinence de son outil, capable, selon l’entreprise, de « détecter à 100 % la musique générée par l’IA à partir des modèles génératifs les plus prolifiques – tels que Suno et Udio ».

Les mêmes Suno et Udio qui, ces derniers mois, ont remporté une victoire majeure en s’associant, via de juteux contrats, avec certaines majors de l’industrie du disque. Pourtant, Deezer croit en l’humanité de la musique et va dorénavant vendre des licences d’utilisation pour son outil de détection de musique par IA.

Entre les mains d’un label, par exemple, celui-ci permettra de savoir si une nouvelle signature a fait appel à l’IA pour son dernier tube. Le concurrent de Deezer, Qobuz, annonçait dernièrement travailler à un système de labellisation de la musique faite par IA. Peut-être la technologie de son concurrent aura-t-elle un rôle à jouer ?

Espérons enfin que la technologie de Deezer, désormais brevetée, ne sera pas détournée par des promoteurs de l’IA, justement pour apprendre comment passer entre les mailles du filet.

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Article rédigé par
Pierre Crochart
Pierre Crochart
Journaliste