Attendu le 28 janvier au cinéma, Nuremberg revient sur le procès historique qui s’est déroulé entre 1945 et 1946. Enjeux internationaux et responsabilité humaine… James Vanderbilt offre un film à l’américaine aussi troublant que passionnant. Critique.
Pour son deuxième long-métrage en tant que réalisateur, James Vanderbilt a choisi de filmer les coulisses du procès de Nuremberg. Pour cela, le scénariste américain, connu pour son travail sur les derniers films de la saga Scream, White House Down (2013) ou encore The Amazing Spider-Man (2012), a décidé d’adapter l’essai Le nazi et le psychiatre : à la recherche des origines du mal, publié par Jack El-Hai en 2014, retraçant la relation ambiguë entre Douglas Kelley, un psychologue de l’armée américaine, et le numéro 2 du parti nazi, Hermann Göring (incarné ici par Russell Crowe), au moment de son emprisonnement dans l’attente du procès de Nuremberg.
En proposant une analyse psychologique des principaux accusés de ce procès historique, mais aussi une plongée dans le droit international entourant sa mise en place en 1945 ou encore les questions liées à ses vertus juridiques, Nuremberg apparaît comme un film aussi déroutant que dense. En effet, il étonne par son point de vue – notamment vis-à-vis de l’analyse et de la préservation de la santé mentale des détenus –, tout en présentant une œuvre dialectique et pédagogique autour d’un des moments clés post-Seconde Guerre mondiale.
Les hommes derrière les monstres
En choisissant de suivre Douglas Kelley (Rami Malek), un psychiatre chargé par l’armée américaine d’éviter que les prisonniers de Nuremberg ne se suicident avant le procès, le long-métrage de James Vanderbilt nous plonge dans les coulisses inédites de l’affaire en filmant le duel de deux hommes persuadés de pouvoir s’apprivoiser. Il en ressort une relation ambivalente que James Vanderbilt montre parfaitement grâce à des effets de caméras bien sentis et une mise en scène parfois très inventive.

Outre son analyste, Douglas Kelley va ainsi rapidement devenir le confident de Göring, ainsi que son messager entre sa femme et sa fille. De ce fait, une relation trouble se dessine entre les deux personnages, quitte à présenter le militaire comme un être humain, loin du monstre qui a participé à la mise en place de la « solution finale ».
Pour cela, James Vanderbilt a fait appel à Russell Crowe, aussi effrayant que charismatique dans le rôle du dignitaire allemand. Si l’acteur oscarisé pour Gladiator (2000) avait déjà incarné des personnages troublants et dangereux – notamment dans Enragé (2020) –, il dévoile ici un jeu pervers et incarne un homme à l’ego surdimensionné, persuadé de pouvoir échapper à la justice ainsi qu’à la pendaison. Toutefois, le point de vue choisi par le réalisateur en fait, parfois, un personnage « sympathique » malgré des travers de véritable psychopathe. Nuremberg cherche alors à sonder l’homme derrière le ministre de l’Aviation du IIIe Reich, au risque de déstabiliser son spectateur.

Cette démonstration nous pousse à nous interroger sur la réelle nature humaine ou sur les exactions les plus terribles dont est capable la race humaine. En nous mettant face aux pires crimes de guerre, Nuremberg questionne la responsabilité de l’humanité. Les camps de concentration, la solution finale, la guerre… ne sont finalement pas l’œuvre de monstres ou d’hommes dérangés, mais bien celle d’hommes, tout simplement. Ces derniers, humiliés après la Première Guerre mondiale, ont nourri l’idée d’une grandeur allemande et ont justifié un État totalitaire au moyen de propagande et de discours xénophobes.
Si on peut y voir un parallèle avec l’Amérique autoritaire de Donald Trump – ceci offrant encore une fois une grille de lecture intéressante au film –, Nuremberg impressionne également par sa pédagogie. Malgré certains écueils dus aux rouages d’une production hollywoodienne « classique », le long-métrage donne à voir les interrogations auxquelles une cour internationale doit répondre face à un événement aussi unique que le procès de Nuremberg.
Les hésitations des procureurs américains personnifiés par Michael Shannon, le rôle des Alliés, les notions de droit international mises en jeu… Nuremberg nous plonge dans le volet juridique du procès, les doutes et la préparation inhérente à un tel sujet. Bien que le film souffre de certains raccourcis scénaristiques et que l’on pourrait se questionner sur la légitimité d’une telle adaptation sur grand écran, le long-métrage aura le mérite, grâce à un casting convaincant et une mise en scène rythmée, d’expliquer les principaux enjeux de ce procès légendaire.
Tout en présentant une démonstration inédite, qui vise à disséquer la psyché d’une personne dans laquelle on n’oserait pas plonger, Nuremberg bouscule, dérange – les spectateurs découvriront également de vraies images des camps extraites du film documentaire Nazi Concentration Camps présenté par l’accusation américaine le 29 novembre 1945 –, mais impressionne aussi par son découpage et une démonstration surprenante mêlant la petite à la grande histoire, l’intime au juridique, dans une œuvre essentielle.