Décryptage

The Beauty : les nouveaux monstres féminins cassent-ils vraiment les normes de beauté ?

21 janvier 2026
Par Marion Olité
“The Beauty”, le jeudi 22 janvier 2026 sur Disney+.
“The Beauty”, le jeudi 22 janvier 2026 sur Disney+. ©FX/Disney+

Après The Substance, les monstres poursuivent leur ascension à Hollywood. Attendue le 22 janvier sur Disney+, The Beauty, la nouvelle série de Ryan Murphy, s’attaque à l’industrie de la mode et à ses standards de beauté. Critique opportuniste ou véritable révolution en cours ?

Bienvenue dans l’univers impitoyable de la mode, où « The Beauty », un traitement sexuellement transmissible mis au point par un milliardaire pressé de toucher le gros lot, commence à faire des ravages en raison d’effets secondaires indésirables. Tandis que tout le monde veut mettre la main sur ce médicament miraculeux, qui modifie génétiquement son sujet pour le rendre physiquement attractif, Byron Forst (Ashton Kutcher), le milliardaire CEO, fait face à une vague de décès alarmants et Cooper Madsen (Evan Peters), un agent du FBI, ne tarde pas à venir enquêter pour stopper l’épidémie en cours.

Une mystérieuse substance qui rend beau et un ton horrifique ? L’influence The Substance, le film de Coralie Fargeat qui a fait sensation en 2024 en remportant le prix du scénario au Festival de Cannes, semble planer sur The Beauty. Pourtant, Ryan Murphy, cocréateur de cette nouvelle série avec Matt Hodgson, est plutôt du genre à dicter les tendances à Hollywood qu’à les suivre. Pour cette nouvelle fiction, attendue le 22 janvier sur Disney+, le showrunner s’est dit inspiré par la tendance de l’Ozempic, ce médicament d’abord destiné aux personnes diabétiques et dont l’usage a été détourné en masse pour perdre du poids très rapidement.

Une impossible quête de jeunesse éternelle

Ryan Murphy s’intéresse aux monstres créés par la société et à la chirurgie esthétique depuis bien longtemps. L’une de ses premières séries, Nip/Tuck (2003-2010), racontait l’obsession pour les corps jeunes et correspondant aux standards de beauté occidentaux, à travers le quotidien de deux chirurgiens esthétiques à Miami. Avec un ton thriller et une prédilection pour les sujets tabou, le programme s’attaquait notamment à la peur du vieillissement, en particulier celle des femmes dans une société qui leur demande de rester jeunes à tout prix.

Vingt ans plus tard, le constat n’a malheureusement pas changé. À l’ère des réseaux sociaux et des routines beauté toujours plus complexes et onéreuses, le rapport des femmes à leur image s’est même intensifié. Mais elles ne sont pas les seules. La pression pour atteindre le Graal de la beauté et de la jeunesse éternelle atteint également son paroxysme chez les hommes gays.

Pas étonnant qu’ils se soient emparés de ce sujet dans l’art. The Beauty doit quelque chose au roman fantastique Le portrait de Dorian Gray écrit par Oscar Wilde, un autre homme gay. Le jeune éphèbe Dorian Gray y vend son âme dans un pacte faustien : il reste jeune tandis qu’une peinture vieillit à sa place et affiche ses péchés et ses cruautés.

La résurgence du body horror au féminin

La thématique du monstre a toujours animé cette recherche de la beauté et de la jeunesse éternelle, mais la nouveauté réside dans sa représentation. Ces dernières années, le body horror a repris en main cette thématique toujours aussi séduisante et impossible. Popularisé par La mouche de David Cronenberg, ce sous-genre horrifique se focalise sur des transformations physiques spectaculaires. Par l’exagération et le spectaculaire, il visibilise ce que les autres films se refusent à montrer : nos multiples sécrétions corporelles, la peau et les os qui vieillissent…

Grave.©Petit Film/Rouge International/Frakas Productions

Avec Grave (2016) et Titane (2021), Julia Ducournau a lancé une tendance aux multiples ramifications : le body horror au féminin. Ses films, ainsi que Saint Maud (2019), Swallow (2019) ou Night Bitch (2024), explorent diverses facettes de la féminité souvent passées sous silence, comme les aspects sombres de la vie conjugale et de la maternité, les pulsions violentes ou le rapport au genre et à la fluidité.

The Substance et la “botox horreur”

En 2024, Coralie Fargeat secouait Hollywood avec The Substance. Porté par la géniale Demi Moore, le film suit la descente aux enfers d’Elisabeth Sparkle, animatrice fitness d’une cinquantaine d’années, qui accepte de prendre une substance pour devenir « la meilleure version d’elle-même », c’est-à-dire une version plus jeune. Avec cet ovni radical et ultrastylisé, la réalisatrice dénonçait les normes de beauté en vigueur dans la société. Dans une interview, elle explique que son idée était de « projeter aux yeux de la société la violence que les femmes ont trop longtemps intériorisée ».

The Substance.©Working Title

La même année, le film Shell (2024), réalisé par Anthony Minghella, avec Elisabeth Moss et Kate Hudson, reprenait une idée proche. La première incarne Samantha, une actrice qui se laisse tenter par un essai gratuit d’une entreprise de cosmétique, qui promet rien de moins que la jeunesse éternelle.

Ce thriller aux vibes années 1980 tourne autour de cette même idée que notre société, et en particulier l’industrie du divertissement (télé dans The Substance, cinéma dans Shell), lance des injonctions intenables aux femmes. Et, quand ces dernières, éduquées à vouloir être parfaites, tentent de les atteindre à coups de bistouri, elles en deviennent des monstres que plus personne ne veut voir.

Dans The Substance, Elizabeth finit par devenir un véritable monstre gluant, amalgame de diverses parties de son corps et de celui de Sue placées au mauvais endroit. Finalement, elle se liquéfie en une flaque, qui vient s’évaporer sur une étoile de Hollywood Boulevard. Un final à la fois grotesque, pathétique et jusqu’au-boutiste qui n’a pas plu à tout le monde, mais qui a le mérite de mener le film au bout de son idée.

Le paradoxe Hollywood

Écrite par Ryan Murphy, grand défenseur des monstres, à qui l’on doit la série horrifique American Horror Story, The Beauty s’inscrit dans cette tendance féministe à dénoncer les normes de beauté inatteignables et la pression constante exercée par les industries de la mode et de la beauté sur les corps féminins. Hollywood semble donc accueillir les monstres qu’elle a elle-même créés… tant qu’ils lui rapportent de l’argent.

The Beauty.©FX/Disney+

On ne peut s’empêcher de se demander : un pyromane peut-il véritablement éteindre un feu ? Hollywood et les autres industries qui génèrent de la représentation (publicité, médias, mode, réseaux sociaux) et s’auto-alimentent les unes les autres portent une responsabilité dans la perpétuation de ces injonctions à des standards de beauté.

Les actrices (et acteurs, même si une plus grande diversité de corps est admise) sont sommées d’être belles, jeunes et minces pour avoir la moindre chance d’atterrir en haut de l’affiche. Ces récits dénoncent les normes de beauté, tout en recrutant des interprètes comme Demi Moore, Kaia Gerber ou Bella Hadid, conformes en tous points à ces normes. On est donc loin d’une remise en cause structurelle.

The Beauty.©FX/Disney+

On note un changement dans la manière dont les récits récents abordent la figure du monstre : il n’est plus diabolisé et l’intrigue nous explique comment il en est arrivé là. Mais tant que les corps réellement non normés restent absents des écrans, le monstre reste ce qu’il a toujours été : une métaphore et une catharsis temporaire. Un moyen de se purger de notre rage intériorisée sans remise en cause des hiérarchies en place. Et si la prochaine étape n’était pas d’enlaidir des corps de mannequins, mais de changer nos regards ?

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