Critique

Debout les femmes ! : rencontre avec les femmes de l’ombre

27 octobre 2021
Par Marie Pénicaut
<i>Debout les femmes !</i> : rencontre avec les femmes de l’ombre
©Gilles Perret/Les 400 clous

Après J’veux du soleil (2019), pour lequel ils étaient allés à la rencontre des gilets jaunes, le député François Ruffin et le documentariste Gilles Perret collaborent à nouveau pour Debout les femmes ! Ce « road-movie parlementaire » puissant et émouvant se concentre sur les métiers du lien et les femmes qui les exercent.

En décembre 2019, la Commission des Affaires économiques désignait François Ruffin, député La France Insoumise, et Bruno Bonnell, député La République en Marche – tandem improbable s’il en est – à la tête d’une mission d’information sur les « métiers du lien » : auxiliaires de vie sociale, assistantes maternelles, accompagnantes d’enfants en situation de handicap, animatrices périscolaires et agentes d’entretien. Des métiers aussi essentiels à la société que dénigrés, invisibilisés et sous-payés. Des métiers d’avenir, surtout, dans un pays à la population vieillissante. Et des métiers qu’il ne sera pas possible de délocaliser ni de robotiser. Tourné en partie pendant le premier confinement français, Debout les femmes ! montre combien nous devons à ces femmes de l’ombre qui ne se sont jamais arrêtées de travailler, malgré l’absence totale de mesures de protection contre le Covid-19.

Faire entendre la voix des femmes

Pendant six mois, François Ruffin et Bruno Bonnell ont auditionné les parties prenantes des métiers du lien en vue de proposer un projet de loi visant à les revaloriser. On ne rencontre, dans la première partie du film, que des hommes – employeurs, délégués syndicaux, élus municipaux – qui parlent de ces métiers pourtant exercés à 90 % par des femmes. Petit à petit, François Ruffin et Bruno Bonnell s’effacent, laissant la place à celles dont il est question, celles qu’on est venu entendre et voir : les femmes.

On les suit dans leur journée de travail, lors de leurs visites à domicile, dans leur voiture aussi – les temps de trajet sont souvent très longs et ne sont pas rémunérés. Face caméra, avec pudeur et dignité, elles témoignent de leurs difficiles conditions de travail, de la force physique et psychique dont elles doivent faire preuve. Elles rendent aussi compte de leurs difficultés économiques : leurs salaires les placent en effet en dessous du seuil de pauvreté, et elles n’ont souvent d’autre choix que d’enchaîner les contrats précaires. Comment vivre, avec 500 ou 700 € par mois pour les plus « chanceuses » ?

« L’urne et la rue, l’urne et la rue »

Debout les femmes ! est loin d’être seulement un film politique. On rit et on pleure avec les femmes qui participent au film ; on a la chair de poule, aussi, quand elles investissent l’hémicycle de l’Assemblée nationale et chantent l’hymne du Mouvement de libération des femmes (MLF). Surtout, on a envie de les aider. À l’avant-première du film en présence de ses réalisateurs, François Ruffin a été interrogé quant aux prochaines étapes de son projet. Sa réponse : « L’urne et la rue, l’urne et la rue .» Il a ainsi invité le public à se mobiliser pour faire pression sur les politiques et soutenir la lutte qui vise à revaloriser les métiers du lien.

Debout les femmes est l’un des titres attribués à l’hymne du MLF, chanté à l’Assemblée nationale par les femmes filmées.©Gilles Perret/Les 400 clous

Debout les femmes ! de François Ruffin et Gilles Perret, 1h25, en salle le 13 octobre 2021.

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Article rédigé par
Marie Pénicaut
Marie Pénicaut
Journaliste