Décryptage

Pourquoi le concept idiot de WarioWare fait-il toujours autant recette ?

03 novembre 2023
Par Valérie Précigout (Romendil)
Préparez-vous à vous ridiculiser dans “WarioWare: Move It!”, dès le 3 novembre sur Switch.
Préparez-vous à vous ridiculiser dans “WarioWare: Move It!”, dès le 3 novembre sur Switch. ©Nintendo

Vingt ans déjà que la série WarioWare fait figure d’ovni sur les consoles de Nintendo avec ses microjeux consternants d’idiotie. Pourquoi les joueurs en redemandent-ils et comment expliquer l’efficacité d’un concept dont le génie défie la logique ? La sortie de WarioWare: Move It! ce 3 novembre sur Switch nous aide à mieux comprendre cet étrange pouvoir d’attraction.

Il est sans doute le personnage le plus détestable jamais créé dans un jeu vidéo. Depuis 1992, Nintendo fait tout pour nous le rendre antipathique et insupportable, mais rien n’y fait : il revient inlassablement hanter nos consoles. Wario a dévoilé son horrible faciès pour la première fois dans Super Mario Land 2: 6 Golden Coins en tant que nouvel antagoniste du plombier.

Son initiale en forme de M inversé ne trompait personne : il est né pour incarner tout ce que Mario ne pourra jamais être, véritable incarnation du vice et de l’avarice. Dès l’année suivante, il lui vole carrément la vedette en prenant sa place en tant que personnage jouable dans le bien nommé Wario Land: Super Mario Land 3. Ce n’est alors que le début de sa folle ascension.

Laid, cupide et viscéralement mauvais, Wario se présente au monde dans cette publicité de Super Mario Land 2 : 6 Golden Coins.

Car l’horrible bonhomme est d’une cupidité navrante et n’existe que pour nous faire remarquer que, si le plombier collectionne les pièces d’or depuis des années, il n’a jamais cherché à s’enrichir. Tout le contraire de Wario, donc, qui trimballe des sacs entiers de pièces de monnaie dans la série à succès Wario Land.

Trop, c’est jamais assez

Mais le double maléfique de Mario se sent rapidement trop à l’étroit sur la petite GameBoy de Nintendo et vise déjà plus haut. Être le héros de sa propre série de jeux vidéo ne lui suffit plus. Il veut renverser la table et s’affranchir des règles du jeu de plateforme pour voir son nom associé à un concept vraiment inédit. Son souhait se concrétise dès l’année 2003 avec un véritable ovni vidéoludique intitulé WarioWare, Inc.: Minigame Mania Mega Mini-Jeux.

Le premier WarioWare est un pionnier dans sa manière de renouveler le concept des minijeux.

Nous sommes alors sur GameBoy Advance, et Nintendo croit toujours dur comme fer au potentiel de son antihéros. La série des Mario Party a beau être en plein essor, son caractère enfantin ne parle pas à tout le monde. On lui reproche aussi ses sessions de jeu parfois interminables, à cause de ses plateaux à l’ancienne, inspirés du traditionnel jeu de l’oie.

Pour apprécier toute la convivialité d’un Mario Party, il faut avoir du temps, de la patience et bien sûr des amis. Alors Nintendo imagine de quelle façon le concept des minijeux pourrait être réinventé si Wario en était tout à coup le chef d’orchestre. Et le résultat va se révéler aussi simpliste que révolutionnaire.

Éloge de l’absurdité

Issue d’un brainstorming dont seuls les concepteurs japonais ont le secret, la formule WarioWare se propose de faire mieux que tous les autres party games : il lui faut plus de minijeux, des défis ultrarapides qui se bouclent en quelques secondes et un cachet résolument unique. Avec Wario pour chapeauter l’expérience, on se doute qu’il faut s’attendre à tout, mais la collision avec ce premier WarioWare est plus violente que prévu.

Car la petite cartouche GBA comporte bel et bien des centaines d’épreuves différentes qui s’enchaînent à une vitesse surréaliste et l’on n’avait encore jamais vu ça. C’est bien la consternante simplicité du concept qui le rend aussi génial. Sa formule tient sur un post-it, mais on ne parvient pourtant pas à décrocher.

©Nintendo

Alors, que se passe-t-il exactement dans la fabrique de WarioWare ? Il y a d’abord la mise en situation de ces microjeux dont le caractère idiot doit être immédiatement compréhensible pour le joueur. Chaque défi ne durant qu’une poignée de secondes, le contexte visuel doit nous indiquer instantanément ce que l’on doit faire. On y répond alors par simple réflexe.

Un chien vous tend la patte ? Prenez-la ! Quelque chose vous fonce dessus ? Débrouillez-vous pour l’éviter ! Une main s’approche d’une aiguille ? Glissez le fil à l’intérieur ! À partir d’un unique mot indiqué à l’écran, du style « saute », « évite », « attrape » ou « mange », il faut être capable de réagir dans la seconde pour résoudre des problèmes aberrants de stupidité. Le rythme du jeu s’accélère toujours plus, jusqu’à atteindre une vitesse supersonique qui représente un défi bien réel pour n’importe qui.

Pourquoi craque-t-on à chaque fois ?

Une fois la formule éventée, peut-elle toujours fonctionner avec autant d’efficacité ? L’avalanche d’épisodes sortis dans la foulée de ce premier opus prouve que tel est bien le cas. Même sans forcément se renouveler drastiquement d’un jeu à l’autre, le concept de WarioWare captive par sa dimension frénétique et l’absurdité de ses situations.

Qu’il soit néophyte ou confirmé, n’importe qui peut s’y lancer à armes égales avec d’autres joueurs et c’est toujours la crise de rire assurée. Les fans de jeux rétro ont aussi pris l’habitude d’y retrouver des épreuves directement inspirées de leurs jeux préférés. Et le fait de pouvoir s’y adonner également en solo est non négligeable pour pouvoir s’entraîner à l’abri des regards indiscrets.

©Nintendo

L’une des clés de la pérennité de la série réside tout de même dans sa capacité à tirer parti au maximum du support sur lequel elle fonctionne. On ne s’étonne évidemment pas de constater que le jeu Wario Ware: Do It Yourself profitait par exemple très largement des capacités tactiles de la Nintendo DS pour rendre sa proposition encore plus intuitive.

C’est cependant sur Wii que la série a le plus cartonné, Wario Ware: Smooth Moves s’étant classé en quatrième position des jeux les plus vendus aux États-Unis en 2007, toutes catégories confondues. Forcément, la reconnaissance de mouvements est un atout précieux pour une série qui mise à ce point sur l’incongruité de ses situations. C’est justement cet aspect-là que l’on retrouve poussé à son paroxysme dans le dernier volet de la franchise sur Switch.

Réflexes, coordination et sang-froid exigés

Tout comme la Wii, la Switch de Nintendo est une console calibrée pour les titres grand public et conviviaux. Ses deux manettes Joy-Con sont ainsi capables de détecter nos mouvements pour nous obliger à faire partie intégrante de l’expérience.

Pire encore, WarioWare: Move It! compte bien nous mettre dans les situations les plus compromettantes possibles pour nous ridiculiser devant nos partenaires de jeu. Il va donc falloir aussi s’investir physiquement pour surmonter les centaines de nouveaux défis au programme. Un seul mot d’ordre : se bouger.

La reconnaissance de mouvements est la clé de cet épisode.

Le titre de WarioWare: Move It! n’a évidemment pas été choisi au hasard. C’est à travers des poses assurément ridicules que le jeu compte nous obliger à abandonner toute fierté pour espérer triompher de ses défis. En matière d’intuitivité, difficile de faire plus limpide. Mais encore faut-il accepter l’idée de passer pour un demeuré aux yeux des autres en exécutant les mouvements idiots attendus par la console.

Êtes-vous prêt à prouver que vous êtes capable de vous trémousser aussi vite qu’une algue qui ondule au fond de l’eau ? Saurez-vous faire le grand écart pour éviter de percuter un rocher en pleine séance de ski nautique ? Serez-vous capable d’astiquer votre carapace de tortue sans vous froisser un muscle ? Voilà le genre d’extrémités auxquelles nous pousse WarioWare: Move It! sur Switch.

©Nintendo

Cet épisode mise également sur différentes formules multijoueurs et autorise même la coopération. Dans ce dernier cas, il ne faut plus seulement se montrer réactif, mais aussi savoir synchroniser ses mouvements avec ceux de son coéquipier dans des épreuves toujours plus idiotes les unes que les autres.

Un mode Fiesta permet aussi à quatre joueurs d’entrer dans la ronde pour des compétitions délirantes. Ce nouvel opus embarque plus de 200 microjeux inédits et nous invite à prendre des poses délirantes pour lancer les hostilités. Il ne vous reste plus qu’à réveiller l’infâme Wario qui sommeille en vous pour rejoindre le clan des inconditionnels de la série.

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