Critique

James Bond, le renouveau peut-il attendre ?

11 octobre 2021
Par Alexia De Mari
Daniel Craig et Ana de Armas. ©Sony/MGM/EON

En pleine crise du Covid, les exploitants craignaient une sortie exclusive du film sur les plateformes. Fort heureusement, après 18 mois d’attente, les salles de cinémas ont (enfin) pu programmer, ce mercredi 6 octobre, le dernier James Bond.

Mourir peut attendre est le 25e opus de la saga James Bond. Il s’agit aussi de la cinquième et dernière interprétation du personnage par Daniel Craig – après les succès de Spectre (2015), Quantum of Solace (2008) et Skyfall (2012). Si Mourir peut attendre réalisait le 6 octobre un des moins bons démarrages de la franchise, il semble qu’après quelques jours d’exploitation, les chiffres soient progressivement en train de gonfler. À l’image de Skyfall qui n’avait pas atteint des records à sa sortie, Mourir peut attendre paraît progressivement bien parti pour exploser le compteur : il dépasse désormais le million de spectateurs.

Une retraite bousculée

Ce nouvel opus est réalisé par Cary Joji Fukunaga (Sin Nombre, Jane Eyre, Ça) – premier Américain à s’affronter à James Bond – aidé à l’écriture par trois autres scénaristes. Après une scène d’ouverture réussie dans un paysage norvégien à couper le souffle, on retrouve le couple Bond. La (très) jeune Madeleine Swann (Léa Seydoux) et l’ancien agent coulent des jours heureux en Italie avant que des événements ne viennent troubler leur idylle. On découvre ensuite un James Bond seul et à la retraite, en Jamaïque. Il est évidemment vite rattrapé par son passé. Son ami Felix Leiter de la CIA sollicite son aide pour sauver un scientifique qui a été enlevé, ce qui le pousse à reprendre du service – une dernière fois. Comme pour le reste des films de la série Craig, l’intrigue se poursuit d’un film à l’autre.

Une nouvelle ère ?

Souvent désigné comme le premier James Bond post #MeToo, le film semble tiraillé entre les codes classiques empruntés à la saga et l’envie d’un nouveau souffle. Ce dernier épisode prône des valeurs plus contemporaines, au risque d’enlever, selon certains, l’essence même du personnage imaginé par Ian Fleming. L’ère Craig semble avoir modifié l’ADN du héros et Mourir peut attendre va encore plus loin dans la volonté de révolutionner le mythe. Mais comment réussir ce changement sans dénaturer la nature même de 007 ? C’est la mission que s’est fixée la nouvelle équipe lors de l’écriture de ce dernier volet. Et c’est dans ce contexte que la plume de Phoebe Waller-Bridge, créatrice de la géniale série Fleabag (2016), tente de dépoussiérer l’univers viril de James Bond sans pour autant y parvenir tout à fait, franchise oblige. On perçoit la volonté de supprimer, chez le héros, toute forme de misogynie. Les jeunes femmes ne tombent plus dans ses bras, il devient plus posé et sentimental. James Bond se révèle même amoureux et sensible : son histoire d’amour avec Madeleine Swann est ici au cœur de l’intrigue et permet de tirer sur la nouvelle corde sensible de 007, sa famille.

Les femmes en action ?

L’ambition est de montrer face à James Bond des femmes fortes et puissantes. Au MI6, sa remplaçante apparaît ainsi sous les traits de Nomi (Lashana Lynch), une jeune femme noire courageuse et sûre d’elle. L’apparition de Lashana Lynch souligne la volonté d’une production plus inclusive, certes, mais ce personnage s’efface rapidement pour laisser Daniel Craig reprendre les rênes. La prestation d’Ana de Armas est celle que l’on retiendra le plus : la pétillante jeune agente n’est visible à l’écran que quelques minutes, mais cela suffit à marquer les esprits. Son personnage faussement ingénu et captivant est plus complexe et intéressant que celui de ses consœurs Lashana Lynch et Léa Seydoux. Belle, mais pas potiche, à la fois pleine d’assurance et de doutes (on reconnaît ici la pâte Waller-Bridge), on découvre enfin un personnage féminin à la hauteur, et qui aurait mérité plus de présence à l’écran.

Bientôt la suite ?

Mourir peut attendre est indéniablement un film divertissant et bien ficelé. Les effets visuels répondent aux ambitions de la franchise, les courses-poursuites sont impressionnantes et les paysages dignes de cartes postales. La fin du film est en rupture totale avec les autres volets de la marque Bond, mais pouvait-il en être autrement ? Le James Bond vieillissant permet de réaliser une transition vers une ère plus moderne. Daniel Craig réussit sa sortie afin de laisser la place à la nouvelle génération. Après Mourir peut attendre, il ne fait aucun doute que le prochain film de la saga fera renaître de ses cendres un héros plus contemporain, voire… une héroïne ?

Article rédigé par
Alexia De Mari
Alexia De Mari
Journaliste