Critique

Tralala, une comédie musicale en manque de clarté

12 octobre 2021
Par Tom Demars
©Pyramide Films

Présenté hors-compétition au dernier Festival de Cannes, le nouveau film des frères Larrieu s’essaie au genre de la comédie musicale et nous entraîne dans le périple d’un guitariste de rue, de Paris à Lourdes.

Par quel bout prendre Tralala ? Peut-être par sa qualité première : son originalité. Les réalisateurs se sont en effet mesurés au genre de la comédie musicale, ce qui est particulièrement rare dans le paysage cinématographique français. Le film d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu a aussi le mérite de placer son action dans la ville de Lourdes, en la filmant par le prisme de ses boutiques de souvenirs et de ses hôtels de luxe – chose inhabituelle pour cette ville dont l’aspect spirituel prédomine dans l’imaginaire collectif. Les deux réalisateurs ont aussi réussi à intégrer à leurs images la pandémie et le port du masque de manière pertinente. Seulement, une fois passée la surprise de ces particularités, que reste-t-il de Tralala ? Si le film détonne parmi les sorties récentes, il semble aussi ne pas savoir sur quel pied danser.

Mathieu Amalric incarne Tralala, un guitariste de rue en quête d’une jeune inconnue.©Pyramide Films

Retour à la case départ

Tralala est le surnom d’un artiste de rue qui vagabonde dans Paris pour performer. Un jour, devant la gare Montparnasse, une inconnue toute vêtue de bleu apparaît devant lui. Émerveillé, le guitariste est alors persuadé d’avoir enfin trouvé son inspiration, sa muse. La conversation va pourtant très vite tourner court, alors que la jeune femme disparaît comme elle est apparue, de manière fantomatique. Ses derniers mots seront : « Surtout, ne soyez pas vous-même. » Une remarque aussi énigmatique que leur brève rencontre. Mais la mystérieuse inconnue a oublié un briquet à l’effigie de la Vierge de Lourdes. Tralala se met donc en tête de la retrouver et prend le premier train en direction de la cité pyrénéenne.

Cette intrigue se déroule sur deux heures, et Tralala donne l’impression d’allonger inutilement certaines scènes : les dialogues et les regards s’étirent dans le temps, et nous font lentement sortir d’un récit, qui ne cesse de se compliquer. Une fois à Lourdes, Tralala se met en quête de la mystérieuse inconnue. À peine arrivé, il affronte diverses déconvenues, dont la perte de sa guitare et le manque de moyens financiers. Alors qu’il passe la nuit dans un hôtel désaffecté, il rencontre une femme – incarnée par Josiane Balasko – qui le prend pour Pat, son fils disparu depuis une vingtaine d’années. Tralala navigue alors de mensonge en mensonge pour faire croire à la famille et aux amis de Pat que ce dernier est bel et bien de retour parmi eux.

Des électrons privés de leur liberté

Alors que les personnages se croisent et font face à des événements qui semblent devoir les faire évoluer, la majorité d’entre eux semble pourtant stagner du début à la fin. Certains sont même réduits à leur fonction narrative, comme le personnage de Denis Lavant, tristement sous-exploité, en dépit de l’immense talent de l’acteur. D’autres, comme le personnage interprété par Maïwenn, ne trouvent pas leur occasion pour être développés. Seul le frère de Pat, joué par Bertrand Belin, connaît une réelle évolution. Alors qu’il tentait en effet de combler le vide laissé par son défunt frère, l’apparition de Tralala lui permet d’en apprendre plus sur lui-même et de trouver le courage de s’accepter. Mis à part cette évolution, l’irruption de Tralala dans leur quotidien semble n’avoir que très peu d’effet sur les autres personnages. Elle ne constitue finalement qu’une parenthèse nostalgique aux conséquences minimes.

Et pourtant, les frères Larrieu ne manquent pas de créativité – en témoigne la scène de la discothèque, dans laquelle Bertrand Belin se lance dans un solo de guitare d’anthologie, tandis Josiane Balasko se retrouve derrière les platines pour mixer. Quelques minutes d’une sincérité rare, quelques minutes qu’on aimerait pouvoir faire durer. Malgré son synopsis original et son casting intrigant, on regrette que Tralala n’exploite pas entièrement les moyens qu’il s’était donnés.

Article rédigé par
Tom Demars
Tom Demars
Journaliste
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