Sélection

Romans français : mes coups de cœur de la rentrée littéraire

05 février 2024
Par Sébastien Thomas-Calleja
Romans français : mes coups de cœur de la rentrée littéraire

Le coup d’envoi d’une nouvelle rentrée littéraire est lancé ! Avec sa traditionnelle profusion de nouveautés (466 parutions entre août et octobre, d’après Livres Hebdo), vous allez avoir besoin d’aide pour vous repérer. Vos libraires Fnac sont là pour ça ! Ayant eu la chance de lire en avance pas mal de romans à paraître, je vous ai déniché quelques pépites à ne pas manquer, à commencer aujourd’hui par celles écrites en langue française. Je vous souhaite d’aussi beaux moments de lecture que moi.

Vous ne connaissez rien de moi – Julie Héraclès (JC Lattès)

On commence avec un premier roman. La rentrée est souvent l’occasion de mettre en avant de nouvelles plumes et parfois de découvrir de nouveaux talents. Sans conteste, c’est ce dont il s’agit avec ce livre de Julie Héraclès.
À partir d’une célèbre photo de Robert Capa, représentant une jeune femme tondue en 1944, fuyant les invectives de la foule, son bébé dans les bras, notre jeune autrice va s’employer à faire revivre le parcours et tenter de comprendre le destin de celle qui connaîtra une postérité photographique sous le titre de « La tondue de Chartres ».
Elle s’appelle Simone. Elle est tombée amoureuse d’un Allemand durant l’Occupation et a eu un enfant de lui. C’est vrai, mais c’est un peu plus compliqué que cela. Loin d’en faire une victime payant le prix d’un amour interdit, Julie Héraclès, après plusieurs années de recherches, dresse un portrait en clair-obscur d’une jeune fille un peu paumée dans une époque de guerre, tiraillée par des sentiments contraires. Par instinct de survie, par ambition, par illusion aussi et par séduction devant la force de l’envahisseur, Simone adhère à la cause nazie. 
Grâce à un style enlevé qui fait revivre la gouaille populaire de la jeune fille de façon très crédible, Julie Héraclès nous plonge avec beaucoup d’humanité en plein cœur de la complexité de l’époque, en nous mettant nous, lecteurs, face à un dilemme insoluble : qu’aurions-nous fait à la place de Simone ?
Par sa sensibilité et sa justesse, Vous ne connaissez rien de moi de Julie Héraclès est un coup de maître.

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Pour mourir, le monde – Yan Lespoux (Agullo)

De la Salvador de Bahia brésilienne avec Diogo, à la Goa indienne avec Fernando ou du Médoc français avec Marie, suivez l’épopée du contrôle de la route des Indes dans cette fresque historique foisonnante de 1627 à 1688. Un enjeu stratégique majeur au XVIIe siècle qui entraîne son lot de risques, traîtrises et filouteries. Porté par une écriture dynamique et très documentée, Yan Lespoux fait souffler les vents de l’évasion et de l’histoire d’une même force qui ne pourra que vous emporter loin, très loin sur des rives exotiques. 
Le monde est encore une vaste terre à conquérir qui recèle de dangers mortels. Pour mourir, le monde fait vibrer les existences ballotées par le destin dans ce roman d’aventure de grande envergure.
Après son remarquable recueil de nouvelles Presqu’îles, Yan Lespoux nous revient avec un roman plus abouti à l’inspiration romanesque fulgurante.
À noter, le très beau façonnage du livre en tant qu’objet : jaquette, couverture, je ne peux que vous encourager à venir en librairie le manipuler, il vous sera plus difficile encore de ne pas succomber…

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Les Silences des pères – Rachid Benzine (Seuil)

À la mort de son père qu’il n’a pas revu depuis 22 ans, le narrateur découvre une collection de cassettes audio sur lesquelles son paternel consignait toute sa vie de jeune exilé. Taiseux et en rien démonstratif, c’est la redécouverte d’un homme et de ses origines.
S’adressant à son propre père resté au Maroc, il parle comme jamais son fils ne l’a entendu « enfoncé dans son fauteuil et dans son silence » : l’exil, l’installation dans le Nord de la France, les difficultés de l’intégration, le travail d’ouvrier, les camps de harkis.
Politique et social, c’est une vie de non-dits ayant aussi une portée historique. Comme si l’on retirait les œillères d’un homme mais aussi celles d’un pays. C’est ce qui fait selon moi des Silences des pères un grand roman.
Il arrive parfois que les pères ne sachent pas s’exprimer. Les fils non plus. Comment renouer les fils d’une relation que l’on n’a pas vécue ?
Les enregistrements permettent petit à petit de mettre des mots sur l’histoire de ce grand inconnu.
Le plus dur est de faire le premier pas et savoir entendre la voix de ces silences.
Un livre de Rachid Benzine très touchant et d’une grande dignité.

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À Dieu vat – Jean-Michel Guenassia (Albin Michel)

Dans les flonflons de la fête qui bat son plein au bord de la Marne après la première guerre mondiale, Irène est la serveuse dans une guinguette. Elle y croise souvent un client qui ressemble furieusement à Rudolph Valentino. Georges est menuisier sur les plateaux de cinéma à Joinville et se rêve en star internationale. L’amour ne tarde pas à les embraser et elle le suivra dans son milieu artistique comme costumière.
De leur union naîtront quatre filles : Arlène, Odette, Françoise et Jacqueline.
Devant les infidélités de son Dom Juan de mari et à cause d’un métier payé au jour le jour, Irène devient femme à tout faire pour de riches familles avec lesquelles elle noue des liens d’amitié. D’ailleurs, elle élève leurs enfants, Daniel et les jumeaux Thomas et Marie avec ses propres filles, jusqu’à ce que la guerre n’éclate à nouveau.
Arlène est très douée en mathématiques et dotée d’une ambition sans limite. Bien décidée à forcer le destin pour briser toutes les couches du plafond de verre alors infranchissable pour une femme, elle se rêvera ingénieure travaillant sur l’atome, enjeu crucial de l’époque.
À Dieu vat est un livre sur la force des destinées qui fait coïncider les hasards de l’existence avec la grande Histoire. 
Des années 20 à nos jours, on danse, on aime, on vibre au gré des amours incertaines, des destins programmés puis bafoués. À travers l’amitié d’enfants de milieux différents, c’est tout le XXe siècle qui défile. 
Jean-Michel Guenassia, auteur notamment du Club des incorrigibles optimistes, réussit encore un tour de force romanesque avec cette fresque d’une grande puissance. Le genre de romans dont vous tournez les pages sans même vous en rendre compte : un indispensable de la rentrée.

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Plexiglas – Antoine Philias (Asphalte)

Ambiance radicalement différente avec ce roman particulièrement réussi d’Antoine Philias tenant presque de la chronique sociologique d’une France populaire : il sait croquer ses personnages à travers des tranches de vie justes et sensibles.
D’une écriture nerveuse mais lucide, telle une bouffée de rage exutoire, l’auteur nous parle d’Elliot un jeune étudiant un peu paumé qui rentre chez lui à Cholet en pleine crise du Covid. Il pose ses bagages, son homosexualité, ses désillusions et sa rage dans la maison de son grand-père. Enchaînant les petits boulots, il se lie d’amitié avec Lulu, caissière cinquantenaire d’un supermarché.
Chronique d’une France confinée, vue à travers la vitre en Plexiglas des caisses, Antoine Philias écrit un roman doux-amer au cœur d’une ZAC en province comme il y en existe tant et dont on parle si peu en littérature. Un roman touchant de tendresse et percutant de lucidité. Caustique et burlesque, un texte plein de fougue et de vitalité à découvrir absolument !

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Ni pleurs ni pardon – Vincent Quivy (L’Observatoire)

Un autre très beau roman sur la relation père-fils, mise à mal ici du fait des engagements politiques paternels dans les années 1960.
L’attente est longue pour ce fils et sa mère réfugiés sur l’île de Majorque sur ordre du chef de famille. Le narrateur, âgé de 17 ans, découvrira l’errance mais aussi le surf et une attraction pour un garçon qui le fascine pour son aisance et sa liberté.
Écrit à la deuxième personne du singulier, le roman prend une tournure différente quand l’enfant devient grand et s’engage dans des choix politiques à l’opposé de ceux de son père.
Ni pleurs ni pardon de Vincent Quivy est un roman troublant et passionnant sur des années de doute, sans pathos ni fioritures. À mes yeux, un immanquable de la rentrée littéraire ! 

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Article rédigé par
Sébastien Thomas-Calleja
Sébastien Thomas-Calleja
Libraire à Fnac Bercy
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