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Canada : voyage littéraire au Québec et en Ontario

06 novembre 2017
Par France
Canada : voyage littéraire au Québec et en Ontario

Pour ce second arrêt sur la route vers l’Ouest, voici le Québec et l’Ontario, poumons économiques du pays. Ces deux provinces forment, avec la Nouvelle-Écosse et le Nouveau Brunswick, le Canada de 1867 au moment de la naissance du pays le 1er juillet. Riches d’une histoire mouvementée et constituées d’une histoire culturelle et sociale très riche, l’Ontario anglophone et le Québec francophone sont un peu les frères ennemis parmi les 10 provinces.

Québec

Avec sa population majoritairement francophone et son identité distincte, la province offre une diversité culturelle qui lui est propre. Très dynamique, la littérature québécoise se construit une identité littéraire propre, revisitant l’Histoire tout en ayant une ouverture sur le monde apportée par la diversité culturelle et sociale de sa population.

The-main

TrevanianThe Main


Même s’il n’est pas montréalais d’origine, le mystérieux Trévanian signe ici un véritable roman noir, à la limite du roman social, qui se déroule dans l’ancien quartier chaud de la métropole québécoise. La Main, c’est la frontière physique entre l’ouest anglophone et riche et l’est francophone et pauvre, une zone tampon où l’on croise une faune sociale diverse et bigarrée. On y suit Claude Lapointe, vieux policier qui arpente le quartier, son territoire, depuis de très longues années. Il y connait tout le monde, des mafieux aux prostituées en passant par les petites frappes. Lorsqu’un meurtre s’y produit au fin fond d’une ruelle, il mène sa propre enquête, usant de méthodes peu orthodoxes au grand désespoir du jeune policier qui lui sert d’équipier.

Les-lettres-chinoises

Ying ChenLes lettres chinoises


Récit d’une immigration. L’auteure ayant elle-même immigré de Chine pour construire sa vie en Amérique, puise dans son expérience pour ce roman très personnel. Les deux épistoliers sont d’origine chinoise, comme l’auteure de ce recueil. Yuan quitte sa Chine natale pour émigrer au Canada, sa fiancée doit le rejoindre plus tard. Tout au long de la correspondance, on voit émerger les doutes et incertitudes auxquels Yuan doit faire face dans son parcours de nouvel arrivant. Il y évoque l’ivresse de la grande liberté qu’il découvre en arrivant à Montréal comparé à l’étau social chinois. C’est aussi les doutes de Sassa au moment de quitter à son tour son pays natal.

Solomon-Gursky

Mordecai RichlerSolomon Gursky


L’un des grands écrivains anglo-québécois avec Mavis Gallant et Leonard Cohen, Mordecai Richler mena une vie de bohème avant de se poser et de créer un cycle romanesque se déroulant dans le Mile End, le quartier montréalais de son enfance, offrant aux lecteurs le pendant anglais des Chroniques du Plateau Mont-Royal de Michel Tremblay. Roman exigeant, Solomon Gursky, souvent présenté comme son chef-d’œuvre, est autant une fresque sociale qu’un roman d’aventures. Sous sa plume, le Canada se transforme en un immense territoire d’explorations, un vaste terrain de jeu. Il nous entraine des bas-fonds de Londres du XIXème siècle aux explorations polaires, à la vie dans les territoires du Nord-Ouest au côté des Inuits, pour arriver dans le riche Westmount et le plus populaire Mile End.

Kamouraska

Anne HébertKamouraska

Dans l’œuvre d’Anne Hébert, Kamouraska occupe une place à part, puisque c’est grâce à celui-ci qu’elle obtient la reconnaissance du public. On y retrouve toute sa puissance narrative et la finesse psychologique de ses personnages. Au milieu du XIXème siècle, un sombre fait divers occupe le devant de la scène québécoise : le meurtre du seigneur de Kamouraska par son médecin. Anne Hébert reprend les éléments de l’affaire pour en faire un triangle amoureux. Pendant qu’elle veille son mari mourant, la narratrice se souvient de la nuit fatale qui a marqué sa jeunesse alors qu’elle était mariée au seigneur de Kamouraska, homme violent et noceur.

Chroniques-du-Plateau-Mont-Royal

Michel TremblayChroniques du Plateau Mont-Royal


En 1940, le plateau Mont-Royal est un quartier ouvrier familial français. S’inspirant de son enfance, Michel Tremblay relate, à travers la vie d’une famille, la vie dans ce quartier ouvrier et francophone montréalais. S’il ne s’y passe pas grand choses, le talent de conteur et la magie de la langue en font un des grands cycles littéraires du Québec. Et rend ses lettres de noblesse au parlé québécois qu’il a su si bien transcrire dans ses chroniques.

Les-heritiers-de-la-mine

Jocelyne SaucierLes héritiers de la mine


Dans un hôtel de Val d’or, les 21 enfants de la famille Cardinal sont tous réunis pour la première fois depuis de très longues années. Chacun à son tour, les membres de la fratrie vont prendre la parole pour se raconter. Le fragile équilibre mis en place par les ainés pour protéger un terrible secret est mis en danger au fur et à mesure que les protagonistes arrivent et se racontent. 

la femme qui fuit

Anaïs Barbeau-LavaletteLa femme qui fuit


Quel était ce mystère qui entoure la vie de Suzanne Meloche, la grand-mère de l’auteure, qui abandonna mari et enfants pour vivre pleinement sa vie ? À la mort de celle-ci, Anaïs Barbeau-Lavalette entame une longue enquête pour tenter de comprendre qui était cette femme. Entremêlant des éléments de vie privée et d’histoire du Québec, elle nous entraîne dans le Québec des années 50, celles du Refus Global et des années noires sous Duplessis. À une époque où la place des femmes était au foyer à faire des enfants. 

Ontario

À l’instar de la littérature québécoise, les romanciers ontariens ont su développer une littérature cosmopolite, questionnant la notion d’identité canadienne, explorant les différents thèmes qui construisent l’identité canadienne contemporaine.

oeil de chat

Margaret AtwoodŒil de chat


L’une des plus grande auteures du Canada anglophone. Dans ce roman, peut-être le plus intime de tous, elle se glisse dans la peau d’une artiste peintre revenant à Toronto, la ville de son enfance, à l’occasion d’une rétrospective de son œuvre organisée par une galerie torontoise. C’est l’occasion pour la narratrice de revenir sur les lieux de son enfance et de faire, malgré elle, le point sur son parcours de vie. Au fil de ses déambulations dans la métropole ontarienne, resurgissent des souvenirs et moments clés de son passé qui l’ont façonnée, doublé d’un regard critique sur la ville, qui n’a cessé de muter, passant du statut d’un gros bourg au début des années 40 à la métropole cosmopolite décrite dans le texte et que l’on connait aujourd’hui.

Le-chemin-des-ames

Joseph BoydenLe chemin des âmes


D’origine amérindienne, Joseph Boyden, avec ce premier roman ambitieux, entend décrire la vie des Amérindiens Cree dans le nord de l’Ontario et rendre hommage à tous ceux qui sont partis, volontairement ou forcés, se battre dans l’armée canadienne pendant la guerre de 14-18. Dans ce 1er opus, il raconte le retour sur ses terres d’un soldat Cree, Xavier, meurtri et traumatisé par ce qu’il a vu et subi dans les tranchées. À travers ses personnages, Boyden décrit aussi les conditions de vie d’un peuple que le gouvernement canadien aurait bien voulu assimiler de force. C’est aussi une ode à une culture et à des traditions qui disparaissent dans le plus grand silence.

Fugitives

Alice MunroFugitives

C’est la première canadienne à obtenir le Prix Nobel de Littérature pour un genre aussi mésestimé qu’est la nouvelle. Excellente nouvelliste et résolument féministe, ses écrits mettent en scène des femmes cherchant à s’extraire de leurs conditions sociales ou familiales, que ce soit pour un instant ou pour la vie. Dans ce recueil, les huit nouvelles finement ciselées abordent toutes une facette du thème principal, l’évasion d’un quotidien parfois un peu trop lourd. Et la fuite n’est pas toujours physique. Elle excelle dans l’art de dépeindre ces femmes, souvent issues d’un milieu populaire qui fuient, fuguent, rêvent d’une autre vie, une vie où elles pourraient se révéler.

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Rohinton MistryL’équilibre du monde

Écrivain canadien d’origine indienne, Rohinton Mistry rencontre le succès à la parution de son roman L’équilibre du monde. Un peu à la manière d’un Isaac B. Singer ou d’un Mordecai Richler, Mistry met en scène la vie d’un quartier d’une grande ville indienne dans laquelle on suit quatre personnages d’origines diverses qui vont devoir apprendre à cohabiter ensemble. Grande fresque populaire et sociale, Mistry nous plonge dans le quotidien d’une ville indienne au début des années 1970 alors en pleine terreur et guérilla sociale suite à la proclamation de l’état d’urgence par Indira Gandhi. Le roman, microcosme de la société indienne de l’époque, est une métaphore de la condition humaine. 

Prochain arrêt : les grandes plaines céréalières du Manitoba, Saskatchewan et de l’Alberta.

Visuel d’illustration © Adrien Olichon

Aller + loin : Canada, voyage littéraire dans les Provinces de l’Atlantique

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