Alors qu’il prête ses traits au plus célèbre des dramaturges anglais dans « Hamnet », en salles ce 21 janvier, Paul Mescal ne se contente plus de jouer : il incarne une mutation du cinéma. En l’espace de quelques rôles, l’acteur irlandais a su imposer sa sensibilité à une industrie qui en manquait cruellement. Faille, silence et humanité désarmante, zoom sur le phénomène Mescal.
C’est sans doute le rôle qui synthétise le mieux sa trajectoire fulgurante. Après avoir redéfini l’héroïsme antique dans Gladiator II, Paul Mescal s’attaque au monstre sacré par excellence : William Shakespeare. Incarnant l’auteur anéanti par la mort de son jeune fils, l’acteur de 28 ans poursuit son obsession artistique en explorant les décombres de la masculinité.
Pour comprendre l’ascension de cet acteur phénomène, il faut indéniablement remonter à l’origine du séisme. Lorsque la série Normal People – adaptation du roman de l’autrice irlandaise Sally Rooney – inonde les écrans au printemps 2020, le monde est à l’arrêt à cause de la pandémie. Dans ce contexte anxiogène, surgit alors Connell Waldron, un étudiant amoureux qui devient, presque malgré lui, l’avatar de notre solitude collective.
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Paul Mescal ne joue pas le beau ténébreux, mais incarne une authenticité brute qui fait écho à l’imperfection de tout un chacun. Et l’alchimie palpable de son couple avec Marianne (Daisy Edgar-Jones) fascine. Loin des romances sur papier glacé, leur relation célèbre les maladresses, les hésitations, les moments de vide où l’intimité se construit. Il n’en fallait pas plus aux réseaux sociaux pour s’éprendre de la série.
Cette authenticité, c’est le socle de la méthode Mescal. Prônant le refus de la performance, l’acteur privilégie une approche organique qui trouve notamment son point d’orgue dans Aftersun de Charlotte Wells. Nommé aux Oscars pour son rôle de père dépressif, l’Irlandais y livre une performance tout en intériorité, laissant transparaître, derrière la douceur qu’il destine à sa fille, un mal indicible.
C’est cette même subversion des codes, cette volonté d’injecter de l’humanité partout, que Paul Mescal a su imposer au blockbuster Gladiator II. Son Lucius n’est pas mu par la gloire, mais par le traumatisme. Il ne peint pas un guerrier infaillible, mais met en lumière ses fêlures, quittant l’archétype du héros monolithique pour proposer une figure plus nuancée.
Cette déconstruction du masculin ne s’arrête d’ailleurs pas aux portes de l’arène. Elle rythme sa filmographie et s’affine encore dans Sans jamais nous connaître. Un chef-d’œuvre intimiste (où il partage l’affiche avec Andrew Scott) qui offre à l’acteur une partition de masculinité tendre, prouvant que l’on peut être une icône virale tout en jouant autre chose que des conquérants.
L’anti-star system : du micro-short à la quête de sens
Là où Hollywood fabrique des produits marketés, Paul Mescal propose une normalité radicale, presque militante. Son image publique est une antithèse du glamour. Qu’il s’affiche en micro-short, lors du défilé Gucci à Milan, ou qu’il conserve sa coupe mulet, il envoie un signal fort, s’érigeant face à la machine hollywoodienne.
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Et c’est cette approche qui résonne puissamment avec la Gen Z – une génération qui, selon les sociologues, brise les codes du travail et de l’amour pour privilégier la santé mentale et la transparence. Dans une interview accordée à Vogue, l’acteur confiait d’ailleurs sa quête de stabilité et de bonheur, avouant que la grève des acteurs et scénaristes, qui a paralysé Hollywood (SAG-AFTRA), lui avait permis de se recentrer sur l’essentiel : ses amis et sa famille.
C’est d’ailleurs dans cette même logique de préservation qu’il a eu la clairvoyance de supprimer son compte Instagram avant que ce dernier ne devienne une sorte de façade publicitaire. Comme il le confiait à GQ en janvier 2026, cet acte lui permet de se protéger des commentaires sur son physique : « Les gens ne connaissent peut-être même pas ton travail mais te disent que t’as un putain de gros nez ».
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Mais, disons-le, c’est précisément ce profil intemporel, au nez aquilin et à la chevelure légèrement bouclée, que l’industrie s’arrache aujourd’hui. Cinéma d’auteur comme blockbuster, tous cherchent désormais à retrouver un grain, une vérité physique qui raconte une histoire avant même qu’une ligne de dialogue ne soit prononcée.
Hamnet : désacraliser le génie pour retrouver le père
Avec Hamnet, l’acteur franchit un cap symbolique. Adapter le best-seller de Maggie O’Farrell était un risque immense : comment jouer Shakespeare sans tomber dans la caricature historique ? La réponse de Mescal demeure fidèle à son ADN : il éclipse l’écrivain pour se concentrer sur l’homme.
Devant la caméra naturaliste de Chloé Zhao, Mescal ne cherche pas à être grandiose, il cherche à être vrai. La réalisatrice ne tarit pas d’éloges à son sujet, évoquant dans GQ une « masculinité divine ». Selon la cinéaste, l’acteur s’est totalement abandonné au rôle, offrant sa propre vulnérabilité en pâture à la caméra.
« On se sent en sécurité avec Paul. On a l’impression qu’il peut contenir tout un éventail d’émotions. Comme s’il pouvait nous porter ». Un jeu sans filtre qualifié de « grief porn » par les plus cyniques, mais de catharsis nécessaire par ceux qui y voient une vérité nue.
Pour autant, Mescal ne tire pas la couverture à lui. Il affirme grandir au contact de ses partenaires. De Jessie Buckley à Maggie Gyllenhaal, en passant par Chloé Zhao et Ridley Scott, l’Irlandais sait s’entourer. Et il ne compte pas s’arrêter là ! S’offrant un rôle sur le projet pharaonique Merrily We Roll Along de Richard Linklater, dont le tournage s’étalera sur vingt ans, l’acteur confirme qu’il joue pour la postérité, et non pour la popularité immédiate.
Loin de vouloir être réduit au simple rôle de « l’homme triste d’Hollywood », et devenu bien plus qu’une tête d’affiche, Paul Mescal est l’archétype d’une génération qui ne croit plus aux super-héros invincibles, mais qui cherche à se reconnaître dans des figures empreintes d’humanité.