Lucky Luke revient sur Disney+ dans une version chorale et profondément humaine. Alice Taglioni, Jérôme Niel et Victor Le Blond nous ont ouvert les coulisses de cette relecture. Rencontre avec trois comédiens solaires et sincères, heureux de défendre un Far West où les légendes révèlent enfin leurs failles.
Quel est votre rapport personnel à Lucky Luke ? Est-ce une œuvre qui a bercé votre enfance ?
Victor Le Blond : Quand j’étais petit, je lisais énormément de bandes dessinées, donc Lucky Luke a vraiment marqué mon enfance. J’avais toujours un album entre les mains.
Alice Taglioni : Je voyais aussi ces albums sur les étagères à la maison ; mon père et mes frères les lisaient beaucoup. De mon côté, j’étais plus attirée par des BD avec des vannes plus enfantines. Ce qui est génial avec cette série, c’est qu’on y retrouve justement cet humour très percutant, mais aussi une vraie place pour les femmes.
Jérôme Niel : Pareil. C’étaient surtout les BD de mon père qui traînaient à la maison. Et puis, avec mes frères, on ne ratait jamais les dessins animés sur France 3. C’était notre porte d’entrée, sans doute la plus accessible.
Dans la série, on retrouve des figures iconiques, comme Billy the Kid ou les Dalton. Comment avez-vous réagi en apprenant que vous alliez les incarner ? Avez-vous ressenti une certaine pression à l’idée d’être à la hauteur du mythe ?
J. N. : Pour moi, c’était un mélange d’excitation et d’honneur. On ressent forcément une pression à l’idée d’incarner un tel rôle, mais la série est construite comme un projet choral, avec énormément de personnages importants. On s’est rendu compte qu’on s’accompagnait tous les uns les autres, et ça nous a beaucoup aidés à désamorcer ce stress. On n’était pas seuls à porter cette production. Quand je voyais que Billie Blain, qui joue Louise, avait plus de jours de tournage que Lucky Luke lui-même, je me disais que, si j’avais la pression pour mes 20 jours en Joe Dalton, elle devait en avoir encore plus ! Je répétais : “Tout le monde a son bagage, donc avançons ensemble.”
A. T. : Sauf Jolly Jumper, qui nous rappelait sans cesse qu’il avait une pression énorme, et Rantanplan qui se sentait un peu mis de côté… [Rires]
Alice, vous incarnez Charlie, un personnage qui n’existe pas dans la BD. Comment avez-vous appréhendé ce défi ?
A. T. : Étonnamment, je pense que ce sont les personnages qui n’existent pas dans l’œuvre originale qui avaient le plus de pression. Avec Billie, on se demandait comment on pouvait faire exister des héroïnes qui n’avaient pas de passif dans la BD. Je devais rendre cette Charlie immédiatement attachante et intéressante pour qu’elle soit acceptée dans cette famille. C’est ce défi-là qui m’animait : réussir à faire entrer mon personnage dans l’univers de Lucky Luke.

Ce Lucky Luke est entouré de femmes badass – et ça fait du bien. Pensez-vous que les récits de notre enfance manquaient de figures féminines aussi libres et iconiques que leurs homologues masculins ?
A. T. : On a été élevés avec des contes dans lesquels les femmes attendaient que le prince charmant vienne les délivrer. Dans cette série, on n’attend personne pour faire les choses à notre place. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’ai adoré incarner Charlie : c’est une femme qui ne se laisse pas impressionner et qui n’hésite pas à sortir les armes s’il le faut.
Jérôme, votre Joe Dalton est tout aussi fou, mais plus doux que l’original. Victor, votre Billy the Kid se montre plus vulnérable. Est-ce plus difficile d’incarner une légende ou de la fissurer ?
V. L. B. : C’était passionnant de pouvoir insuffler de l’humanité et de la sensibilité à ce cow-boy. On le fait exister autrement qu’en simple desperado dangereux. Je pense que c’est aussi ce qui plaît au spectateur : il peut plus facilement s’identifier et s’attacher. Cette fébrilité rend le personnage plus réel.
J. N. : Je suis totalement d’accord avec Victor. Interpréter un personnage qui a des failles – que ce soit un homme, une femme ou même un chat ou un chien –, c’est super excitant en tant qu’acteur. C’est ça, la complexité humaine. C’est ce que disait Alice : dans la série, il n’y a pas vraiment de méchant, mais beaucoup d’humains qui ont des fêlures.
A. T. : Aucune légende ne se construit sans failles. Que ce soit dans les contes ou chez les super-héros, c’est l’humanité qui rend les gens attachants.
J. N. : Sans leurs fêlures, les personnages deviendraient rapidement ennuyeux !

Billy the Kid est confronté à l’angoisse d’être oublié. Est-ce que cette question de la trace qu’on laisse vous préoccupe personnellement ?
A. T. : C’est une question qui touche de près les artistes. Ce sont sans doute les plus sensibles à ce désir d’être aimés, de marquer les esprits. Le métier d’acteur ou d’actrice est très difficile de ce point de vue, car la pression est constante. Il faut réussir à accéder à ce milieu, il faut réussir à en vivre et c’est parfois dur de se sentir oublié·e. On peut vite se sentir comme un objet consommable et jetable.
J. N. : Cette sensation s’est amplifiée avec les réseaux sociaux. Les influenceurs deviennent des personnalités et ont cette peur de disparaître. Ils postent du contenu et des photos tous les jours pour exister. Tout se mélange. Personnellement, je pense qu’on n’est que de passage, donc il faut y aller à fond sur le laps de temps qui nous est imparti. On ne marquera sans doute personne sur le long terme, on ne sera pas tous des Scorsese dont on se souviendra dans 100 ans, et c’est très bien comme ça. On va tous mourir et on sera tous égaux à la fin. Donc, autant profiter de ses proches et faire ce qu’on aime vraiment.