Lucky Luke reprend du service sur Disney+ dans une relecture aussi moderne qu’humaine. Alban Lenoir, Camille Chamoux et la jeune Billie Blain redonnent vie aux icônes du Far West, loin des clichés de l’invulnérabilité. Le trio nous a confié les coulisses de ce “buddy movie” au grand cœur. Rencontre.
Lucky Luke est un monument de la pop culture. Quel est votre rapport à cette œuvre ? Est-ce une lecture qui a bercé votre enfance ?
Alban Lenoir : Oui, totalement. C’est un personnage qui m’a marqué très tôt. En réalité, j’ai grandi avec des BD comme Astérix ou Lucky Luke.
Billie Blain : C’est un personnage que je connais depuis toujours grâce aux dessins animés et aux BD que je voyais à l’école. Je ne les ai pas forcément lues, c’est surtout mon père qui était fan. C’était l’une de ses BD favorites quand il était petit.
Camille Chamoux : On a les mêmes goûts que tes parents. [Rires]
Dans la série, on retrouve des personnages iconiques, comme Lucky Luke et Calamity Jane. Avez-vous ressenti une pression particulière à l’idée d’être à la hauteur de la légende ?
A.L. : Forcément, c’est la première chose à laquelle on pense. On se demande si on correspond au rôle, si ça va marcher… Et après, on décide de s’enlever cette pression pour avancer. Ce qui a aidé, c’est que la série prend le personnage à un moment de sa vie que l’on ne connaît pas dans les albums. Alors je me suis dit : “Ok, on y va, et on verra bien”.
C.C. : Je ne dirais pas vraiment qu’il y avait une forme de pression de mon côté. Calamity Jane n’est pas une pure héroïne de BD à l’origine, donc je n’avais pas la même “fanbase” à rassurer que pour Lucky Luke. Pour moi, c’était surtout de la joie : le bonheur de jouer une icône éternelle de la badasserie féminine.
B.B. : Pour moi, la pression ne venait pas des fans, mais plutôt du défi de créer un personnage qui s’intègre bien dans cet univers. Il fallait que Louise ait une personnalité assez forte pour exister dans le monde de Lucky Luke, tout en apportant une touche de modernité.
Alban et Billie, votre complicité crève l’écran. Comment s’est construite cette relation père-fille derrière la caméra ?
B.B. : On a passé tous les jours du tournage ensemble, donc forcément, on a appris à se connaître très vite. [Rires]
C.C. : Ils s’engueulaient vraiment comme un père et sa fille ! [Rires]
B.B. : On s’était déjà rencontrés lors du casting. J’avais adoré travailler cette scène avec Alban ; on se retrouvait bien dans nos rôles. J’ai tout de suite senti que ça marchait et que l’aventure allait être cool.
A.L. : Dès les essais, c’était une évidence pour le réalisateur, Benjamin Rocher, mais aussi pour nous, que Billie était notre Louise. J’ai adoré construire ce buddy movie avec elle.
C.C. : Billie possède un mélange rare de fragilité et de confiance dans son jeu. C’est exactement ce qu’il fallait pour le personnage de Louise.

Alban, votre Lucky Luke est plus vulnérable. Camille, votre Calamity Jane est plus égoïste. Est-ce plus difficile d’incarner une légende, ou de la fissurer ?
C.C. : C’est beaucoup plus intéressant de la fissurer ! Ce n’est pas plus difficile, c’est surtout plus amusant de bousculer un peu les légendes.
A.L. : Je ne dirais pas mieux. C’est exactement ça !
Dans la série, toutes ces figures héroïques se révèlent finalement très humaines et vulnérables. Préférez-vous les super-héros indestructibles avec lesquels on a grandi, ou ceux qui ont des failles ?
A.L. : Je préfère clairement les deuxièmes ! C’est toujours plus riche d’entrer dans la psychologie et les failles des personnages. Pour le public, c’est aussi un moyen de s’identifier et de se reconnaître dans ces héros qui semblent intouchables.
C.C. : Par définition, l’héroïsme, c’est l’invulnérabilité. Pourtant, je pense qu’on est dans une époque qui a besoin de héros vulnérables.
B.B. : On connaît tellement bien ces héros qui sont sur la scène culturelle depuis une dizaine d’années – voire beaucoup plus, Lucky Luke a 80 ans ! –, que ça fait du bien de voir ces personnages à travers un prisme plus humain.
Ce Lucky Luke est entouré de femmes badass – et ça fait du bien. Est-ce là que réside la modernité de cette adaptation ?
C.C. : Oui, c’était l’intérêt d’injecter la trajectoire de Louise ou de convoquer des figures féminines comme Calamity ou Ma Dalton dans la série – même si elles étaient déjà super intéressantes dans la BD. Cependant, on ne peut pas dire que le Far West regorge d’héroïnes dans l’imaginaire classique. Ici, Benjamin Rocher a créé un univers mixte où tout le monde peut être brave, stupide ou égoïste. La modernité, c’est que le caractère ne dépend plus du genre.

La série insiste sur l’idée que le plus grand défi n’est pas de sauver le monde, mais d’apprendre à faire équipe. Est-ce une morale qui vous semble plus actuelle que celle du héros solitaire ?
B.B. : Je pense, oui. On vit dans un monde où l’entraide est devenue primordiale.
C.C. : C’est même tout l’intérêt de cette réécriture ! La série s’ouvre avec ce héros solitaire un peu blessé, et nous montre finalement un type qui va beaucoup mieux parce qu’il est entouré.
La série respecte les codes du western sans tomber dans la violence gratuite : il y a très peu de morts, et ça fait du bien ! Néanmoins, quelle a été la scène la plus difficile à tourner, d’un point de vue physique ou émotionnel ?
A.L. : Je me suis fait une grosse frayeur à cheval sur une scène ! Mais sinon, mis à part la météo, je ne sais pas si j’ai vraiment été confronté à quelque chose d’affreux…
C.C. : Les scènes dans la mine ont été très dures !
A.L. : Ah oui, les conditions étaient compliquées. On avait du mal à respirer.
C.C. : Il y a aussi eu des scènes très techniques, je pense notamment à mon duel avec Alban. C’était difficile, mais très marrant à faire. Et justement pour les raisons que tu évoques dans ta question : on retrouve les codes du western – le face-à-face, la tension –, mais sans les conséquences dramatiques habituelles. On garde le plaisir du jeu avec les armes à feu tout en étant très respectueux de la vie humaine. J’adore cette scène de duel au tout début de la série : elle est très kiffante, mais en même temps, elle se termine sur des pichenettes ou des situations un peu cocasses et ridicules.

Justement, la BD de Goscinny et Morris maniait l’humour et la critique sociale. Avez-vous la sensation que cette dimension politique est toujours présente dans la série ?
A.L. : Plus qu’une dimension politique, je dirais que c’est une philosophie de vie. Les auteurs ont voulu aborder des sujets d’aujourd’hui sans tomber dans l’anachronisme.
C.C. : Exactement. Ils reprennent le système de la BD, qui utilisait des personnages historiques pour parler du présent. Par exemple, ma Calamity Jane est une sorte d’Instagrameuse : elle invente complètement sa légende et crée son histoire de toutes pièces. Ce qu’on appelle le storytelling aujourd’hui est appliqué au Far West, et c’est d’une modernité folle.