Cillian Murphy brille une nouvelle fois dans le rôle de Tommy Shelby au sein d’un film marqué par la guerre et le conflit familial. Peaky Blinders, l’immortel est à découvrir sur Netflix le 20 mars 2026.
Peaky Blinders a toujours été une histoire de famille et un récit induit par la guerre. Dans la série, il s’agissait de la prise de pouvoir de Tommy Shelby dans les rues de Birmingham sur fond de traumatisme de la Première Guerre mondiale.
Dans Peaky Blinders, l’immortel, il est question d’une transmission de pouvoir durant la Seconde Guerre mondiale. Le film s’inscrit ainsi dans la continuité parfaite de la série et arrive à offrir un dernier tour de piste au personnage culte de Thomas Shelby, incarné avec une sincérité bouleversante et un charisme indéniable par le grand Cillian Murphy.

En 1940, Thomas Shelby s’est retiré du monde impitoyable des Peaky Blinders et de la politique britannique. Marqué par son passé (des traumatismes de la guerre aux nombreuses pertes rencontrées sur le chemin), il vit reclus dans un manoir isolé et essaie de mettre sur papier sa vie, entre les regrets et les triomphes. Dans les rues de Birmingham, les Peaky Blinders sont, quant à eux, dirigés par Duke (le fils « caché » de Tommy), avec encore plus de violence et d’imprévisibilité que son père.
Alors que l’Europe s’embrase, le gouvernement allemand cherche à déstabiliser l’économie britannique en introduisant de la fausse monnaie dans le pays. Pour se faire, les nazis s’approchent de Duke et des Peaky Blinders, qui acceptent le marché. Face à la montée du nazisme, Thomas Shelby reprend du service dans l’espoir de sauver son fils et son pays.
Tommy, l’immortel
Thomas Shelby n’a « jamais été un mortel ordinaire ». Pendant six saisons, Peaky Blinders a montré l’ascension d’un homme solitaire et violent, traumatisé par la Première Guerre mondiale, jamais satisfait et à l’ambition « sans limite ». Derrière le gang et les actions des Peaky Blinders, Thomas Shelby devenait une figure inaccessible et insondable. Un roi des gitans aux nombreux coups d’avance, mué par une résilience sans faille et une volonté de tout obtenir. Malgré les nombreux ennemis rencontrés en chemin, les tentatives d’assassinat récurrentes et les tensions au sein même de sa famille, Thomas Shelby a toujours été proche du précipice, sans jamais tomber. Comme dit à la fin de la sixième saison, « le seul homme capable d’éliminer Thomas Shelby est Thomas Shelby lui-même ». Peaky Blinders, l’immortel poursuit cette thématique.
Derrière le terme immortel se cache ainsi deux idées : l’homme que personne ne peut tuer et l’homme qui traverse sa propre histoire sans fin, condamné à être seul et à voir les siens mourir un par un. Le film pose presque Tommy Shelby comme un fantôme, un spectre entre la vie et la mort, qui n’appartient à aucun des deux mondes. Une notion fascinante à voir tant Cillian Murphy apporte au rôle. La plupart du temps dans la retenue et adoptant une posture stoïque, il dévoile aussi une violence et une colère, le rendant aussi sensible qu’effrayant.

Thomas Shelby est un personnage ambiguë. Un « anti-héros » que l’on aime autant qu’on le déteste. Peaky Blinders, l’immortel joue aussi avec la figure de l’ancien roi qui revient affronter la nouvelle génération. Devenue une sorte de légende ou de mythe pour certains, tombé dans l’oubli pour d’autres, le retour de Tommy ne passe pas inaperçu. Le film utilise cette notion avec brio, surtout lorsqu’il est confronté à des plus jeunes qui apprennent, à leurs dépens, qui est véritablement Thomas Shelby, le leader des Peaky Blinders.
Présenté comme la conclusion du personnage culte, Peaky Blinders, l’immortel rend autant hommage à Tommy qu’à son interprète, Cillian Murphy. Steven Knight, créateur de la série et scénariste du film, offre un éloge incroyable à son protagoniste, faisant de l’anti-héros un monument de la télévision, magnifié par l’ambition du long-métrage.

Le père contre le fils
Si Tommy Shelby est au centre du récit, Duke — superbement joué par un Barry Keoghan imprévisible —, est le cœur de la thématique du film. Le fils contre le père, la nouvelle génération contre l’ancienne, et deux visions opposées du monde. Peaky Blinders, l’immortel a une portée symbolique : Tommy est le roi Arthur, Duke est Mordred, le fils illégitime et caché qui menace le royaume construit par son père et s’empare de la couronne.
Le film développe la même thématique que la série : quelle place pour la famille, entre loyauté et trahison, entre remise en question et adoration. Qui peut tenir tête à Thomas Shelby si ce n’est lui-même ou sa progéniture ? En opposant la figure du fils à celle du père, le long-métrage crée un sentiment de grandeur sur l’ensemble de l’œuvre. Deux ou trois générations de Shelby qui ont évolué et évoluent selon l’histoire du XXe siècle.
La guerre comme idée récurrente
Cela guide tout Peaky Blinders comme un fil conducteur. Les deux guerres mondiales impactent le récit et les personnages, et avec L’immortel, Steven Knight boucle la boucle. Peaky Blinders débute par le traumatisme de la Première Guerre mondiale tandis que L’immortel aborde l’impact de la Seconde sur les protagonistes.
D’une guerre à l’autre, Tommy Shelby ne peut y échapper. Le film présente une sensation de fin pour le personnage et pour l’histoire des Peaky Blinders telle qu’on la connait depuis plus de dix ans. Entre sa musique émouvante et les clins d’œils plus ou moins cachés à la série mère, Peaky Blinders, l’immortel est à la fois dans la continuité de l’original tout en allant constamment de l’avant, sans jamais être statique ou tourné vers un passé qui n’existe plus.

Cillian Murphy l’avait dit : il ne reviendrait dans un film Peaky Blinders que si le scénario tenait la route. Avec Peaky Blinders, l’immortel, le pari est réussi : l’univers de la série est toujours aussi présent et tangible, entre contemplation et brutalité, au service de personnages ambigus mués par les transitions de l’époque et les conflits qui ravagent l’Europe.
Éloge d’un personnage culte, L’immortel est le grand final espéré pour tous les fans de Peaky Blinders et de Tommy Shelby. Une conclusion douce-amère qui entérine deux vérités bien connues par les spectateurs de Peaky Blinders : Tommy Shelby a eu tout ce dont un homme peut rêver. Presque tout. Et Tommy Shelby n’est pas un mortel ordinaire.