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99,5 % des requêtes web européennes passent par l’étranger, et c’est un problème

13 mars 2026
Par Pierre Crochart
99,5 % des requêtes web européennes passent par l'étranger, et c'est un problème
©olesia_g/Shutterstock

Les éditeurs des moteurs de recherche français Qwant et allemand Ecosia interpellent les chefs d’État européens sur notre dépendance à l’étranger en matière de souveraineté numérique.

Alors que l’état du monde se dégrade et que les alliés d’hier risquent de devenir les adversaires de demain, l’heure est à la remise en question du modèle européen. Pourquoi tardons-nous tant à concevoir des produits compétitifs et à réduire notre dépendance immense aux pays étrangers en matière de numérique ? C’est l’alerte que donne l’European Search Perspective (EUSP), coentreprise formée par Qwant et Ecosia, dans une lettre ouverte adressée à l’ensemble des pays membres de l’Union européenne.

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La quasi-totalité des recherches web européennes partent à l’étranger

Dans cette lettre, les partenaires dressent un constat édifiant : 99,5 % des recherches web européennes transitent par l’étranger. Dans le détail, 96 % sont assurées par des index américains (Google et Microsoft Bing) et 3,5 % par Yandex (Russie). Autant dire qu’en cas d’aggravation des relations entre l’Union européenne et les États-Unis, la situation pourrait être tout simplement catastrophique. Un problème qui, d’ailleurs, se pose également avec le réseau bancaire Visa.

Pour Clubic, qui cite la lettre de l’European Search Perspective, il est urgent que l’Europe renforce sa souveraineté numérique au risque de devenir « aveugle » du jour au lendemain si les relations géopolitiques prennent un tournant critique. Si les entreprises américaines ferment le robinet de l’accès à Google ou à Bing, ce sont autant de commerces qui se retrouveront isolés, de commandes qui ne pourront être honorées, de rendez-vous médicaux qui ne pourront être pris, et plus encore. Il est urgent d’agir, répètent Qwant et Ecosia.

Pour les deux éditeurs, connus pour leurs moteurs de recherche respectifs, chaque État membre de l’UE devrait se doter d’une infrastructure numérique respectant ces trois critères :

  • un index du Web national, protégé par la juridiction européenne ;
  • un algorithme de classement des résultats propre à chaque pays ;
  • une infrastructure capable de soutenir à la fois les services publics et les intelligences artificielles qui fouillent le Web pour synthétiser des résultats de recherche.

« Sans index de recherche souverain, l’Europe ne contrôle pas la porte d’entrée de sa propre économie numérique », avertit Wolfgang Oels, directeur de l’European Search Perspective et COO d’Ecosia.

Où en est l’index européen ?

Si EUSP se permet justement d’interpeller les dirigeants de l’Union européenne, c’est que la coentreprise œuvre depuis plusieurs années déjà à la création d’un index européen, qui pourrait réduire considérablement la dépendance des 27 aux pays étrangers – et notamment aux infrastructures américaines. Mais où en est le projet exactement ?

Il progresse, et même plutôt bien – même si cela se fait dans l’indifférence générale, il faut bien le dire. L’été dernier, EUSP lançait Staan, son infrastructure d’indexation web. Ce n’est pas un moteur de recherche pour le grand public, mais une plateforme technique qui fournit aux moteurs et aux outils d’intelligence artificielle un accès souverain et éthique aux données du Web, leur permettant de s’affranchir de la dépendance envers les géants américains.

Une API, donc, sur laquelle peuvent se brancher les entreprises spécialisées pour proposer et exploiter des données et résultats 100 % européens. Les moteurs de recherche de Qwant et Ecosia utilisent déjà cet index pour certaines requêtes, et espèrent couvrir au moins 30 % des requêtes en France d’ici la fin de l’année 2026.

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Article rédigé par
Pierre Crochart
Pierre Crochart
Journaliste