Bientôt la fin du doomscrolling ? L’Europe, en tout cas, se saisit du sujet et appelle les plateformes en ligne à agir contre le design addictif de leurs applications.
Alors que les gouvernements de tous bords agissent pour interdire les réseaux sociaux aux plus jeunes, la Commission européenne veut prendre le fléau de l’addiction à ces plateformes à bras le corps. Politico révèle qu’en fin de semaine dernière, la Commission a invité TikTok à procéder à des changements de design conséquents. La plateforme chinoise est en effet l’arbre qui cache la forêt : elle a été la première à valoriser à ce point le défilement vertical infini. Une pratique copiée, depuis, par tous ses concurrents ou presque.
Rendre TikTok moins addictif
S’il y a une chose que les entreprises de la tech aiment encore moins que payer des impôts, c’est qu’on leur dise quoi faire, et en particulier si c’est l’Europe. Autant dire que la missive de la Commission européenne n’a pas été reçue avec un grand sourire chez TikTok. D’après Politico, l’Europe s’attend à ce que ByteDance (la maison mère du réseau social) désactive le scrolling infini, déploie un limiteur de temps d’écran par défaut et modifie son système de recommandations. Autant d’éléments qui font de TikTok un réseau particulièrement addictif, juge la Commission.
Des accusations formulées dans le cadre du Digital Service Act (DSA), adopté l’an dernier par les pays de l’Union européenne, qui permet de tordre le bras aux géants de la tech étrangers en imposant des restrictions ou modifications spécifiques au territoire. C’est notamment dans le cadre du DSA que l’Europe met souvent plusieurs mois avant de découvrir les mêmes fonctions d’intelligence artificielle que ses voisins américains – qui ont, eux, lâché la bride en termes de régulation sur le sujet.
Un nouveau casse-tête pour TikTok, qui a déjà annoncé son intention de défendre son business model et ses choix de design. Pour gagner du temps, d’abord, puis, dans un second temps, pour échapper à une douloureuse amende d’un montant pouvant atteindre 6% de son chiffre d’affaires si l’entreprise ne se plie pas aux desiderata de la Commission européenne.
Quels impacts pour les autres réseaux sociaux ?
Comme on l’écrivait plus haut, TikTok n’est que l’arbre qui cache la forêt. Dans les faits, Instagram (avec ses Reels) et YouTube (avec ses Shorts) pourraient également devenir les prochaines cibles de la Commission européenne, en cela qu’elles ont largement adopté les codes de « design de l’attention » de TikTok. Le bras de fer entre leur concurrent et l’Union européenne va ainsi être scruté de très près par les lobbyistes afin de savoir sur quel pied danser dans les prochains mois.
Les changements attendus par la Commission pourraient prendre diverses formes au sein de TikTok et des autres applications, et les observateurs ne s’attendent pas à ce que les plateformes se montrent parfaitement en règle immédiatement. Elles vont naturellement essayer d’arrondir les angles, de donner le change, tout en essayant de ne pas dénaturer le fonctionnement actuel de leurs applications sur lesquelles les internautes passent parfois des dizaines d’heures par jour.
Cette demande de la Commission européenne arrive au terme d’innombrables enquêtes, auditions et class actions judiciaires soulignant le caractère dangereusement addictif des réseaux sociaux – en particulier pour les plus jeunes.