Critique

Marty Supreme avec Timothée Chalamet : smash gagnant ?

15 février 2026
Par Pablo Patarin
Timothée Chalamet dans “Marty Supreme”, en salle le 18 février 2026.
Timothée Chalamet dans “Marty Supreme”, en salle le 18 février 2026. ©Entertainment Film Distributors

Portrait d’un champion aussi doué que toxique, Marty Supreme marque les débuts en solo du talentueux Josh Safdie (Uncut Gems). Un film haletant et nerveux, où la quête de gloire vire à l’autodestruction, porté par un Timothée Chalamet convainquant.

L’heure est enfin venue de découvrir Marty Supreme en salle. À l’affiche depuis mi-décembre outre-Atlantique, le film événement a connu plusieurs retards dans sa distribution internationale. Entre-temps, il est devenu le plus grand succès de l’histoire du studio A24, devant Everything Everywhere All at Once (2022) et Civil War (2024) d’Alex Garland. Porté par une promotion d’envergure – ballon dirigeable au-dessus d’Hollywood, vestes portées par des célébrités et autres happenings étonnants –, le long-métrages’annonce même comme l’un des favoris pour les Oscars, avec neuf nominations.

Marty Supreme est la première réalisation solitaire de Josh Safdie, jusqu’ici connu pour ses collaborations avec son frère Benny (Heaven Knows What, Good Time, Uncut Gems). Depuis leur séparation, chacun s’est lancé dans son propre biopic sportif : The Smashing Machine (2025) pour Benny, consacré à un champion de MMA interprété par Dwayne Johnson, et donc Marty Supreme pour Josh. Une biographie inspirée de la vie du joueur de tennis de table Marty Reisman, ici rebaptisé Mauser, incarné par la superstar Timothée Chalamet – que l’on n’avait pas vu sur grand écran depuis son Un parfait inconnu (2025) dans lequel il prêtait ses traits (encore) à une figure bien connue de l’Amérique, Bob Dylan.

Timothée Chalamet dans Marty Supreme.©A24

Timothée Chalamet en anti-héros

Au milieu des années 1950, Marty Mauser est un pongiste doté d’un talent rare, que seuls les Japonais et leurs techniques venues d’ailleurs semblent capables de faire vaciller. Le décor : un New York grouillant, cher à son réalisateur, qui aime filmer ses tumultes, ses commerces et ses marges. Mais la véritable histoire se joue en coulisses. Car Marty est arrogant, excessif, intrépide, parfois amusant, mais profondément égocentrique. Avide de reconnaissance, il évolue dans une Amérique où le tennis de table reste marginal. Compétiteur se refusant à devenir une bête de foire, Marty se donne les moyens de réussir dans son sport à tout prix. Quitte à en devenir ignoble.

10€
12€
En stock
Acheter sur Fnac.com

Son égoïsme le conduit inexorablement à la souffrance : la sienne, mais surtout celle de ceux qui l’entourent. Narcissique, convaincu d’avoir un destin plus grand que ceux qui tentent de l’aider sans jamais rien recevoir en retour. Les personnages féminins, interprétés par Gwyneth Paltrow – ici une actrice déchue, femme d’un milliardaire – et Odessa A’Zion – son amour d’enfance –, en portent la trace : elles peinent à exister, à l’image de la place que Marty consent à leur laisser.

Gwyneth Paltrow dans Marty Supreme. ©A24

Sans jamais faire sombrer ses personnages dans la caricature, Josh Safdie pointe aussi la détresse de son antihéros. Marty est un individu biberonné à la culture du chacun pour soi, persuadé que l’ascension vers la gloire justifie tout. Un parcours à l’image de « l’American dream », souvent voué à l’échec. Marty est infect, mais se fait aussi le représentant d’une classe sans autre capital que son honneur et son rêve, aussi superficiel soit-il. Face à lui, ceux qui détiennent le pouvoir ont déjà tout, et sauront s’en servir pour l’humilier. Le ping-pong devient un outil politique, aussi montré comme indissociable de la géopolitique du XXe siècle : Safdie évoque les camps de concentration, mais aussi les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki.

Safdie Supreme ?

Manière de rappeler que si le tennis de table n’est qu’un jeu, ce qui s’y projette, comme dans bien des sports, dépasse largement ce cadre. Si la reconnaissance commerciale, voire institutionnelle semble déjà acquise – Timothée Chalamet ayant remporté le Golden Globe et le Critics Choice Award pour sa performance –, Marty Supreme ne doit rien à l’effet de mode. Le film s’inscrit dans une trajectoire artistique rigoureuse, questionnant la réussite individuelle, la masculinité, la pression du capitalisme urbain…

À partir de
38,93€
En stock vendeur partenaire
Acheter sur Fnac.com

Tout au long du film, le réalisateur distille ses obsessions et son savoir-faire. Dès le générique d’ouverture, où le microscopique raconte déjà une histoire – comme dans Uncut Gems –, jusqu’à ce scénario conçu comme une accumulation de désastres. Chez Safdie, lorsqu’une rédemption semble possible, elle est toujours annihilée aussitôt. Et dès que le rythme retombe, un nouvel uppercut vient relancer la machine. Dans les matchs comme dans les scènes de poursuite, la caméra épouse la frénésie du personnage, accentuant une tension parfois suffocante.

La bande-annonce de Marty Supreme.

Film plaisant et résolument pop (en témoigne une bande originale anachronique convoquant notamment Alphaville), Marty Supreme n’en reste pas moins un film d’auteur. À l’image de son anti-héros, aussi haletant qu’irritant ou déstabilisant, le premier long-métrage solo de Josh Safdie ne saurait se réduire à un simple divertissement. Marty Supreme s’impose comme une œuvre cohérente, confirmant Safdie comme l’un des cinéastes les plus intrigants du cinéma américain contemporain.

À lire aussi


Article rédigé par